La Mort des Valeurs

Je suis venu, j’ai vécu et surtout j’ai vu !

J’ai vu le dédale de la vie et du social

Écrouer l’homme dans son cul de sac

J’ai entendu et compris toutes les aberrations

Et tous les mensonges, montagne d’infamies

D’une génération de peine de folie et de haine

J’ai vu le spectacle des guerres civiles

Et des conflagrations entre nations

J’ai vu des soldats tirer sur des femmes

Qui réclamaient du pain et de l’eau

Et sur des enfants qui pleuraient leurs pères morts

J’ai vu des bombes détruire des pays, des villes et des peuples

Pour défendre l’opulence des cartels et des trusts

J’ai vu des hommes sabrés pour un baril de pétrole

J’ai vu des étoiles d’argent et d’or décorer des sicaires et honorer des généraux maniaques de sang,

Exequatur sinistre, quadrature des espaces, inversion des lanternes,

Charcutiers infâmes toujours inventeurs de charnier !

Hécatombe d’âme et de peur d’une humanité perdue à elle-même !

J’ai vu tout cela mais je n’ai pas vécu

Car on ne vit pas dans la dévale des terreurs qu’engendre la mort des valeurs !

Comment vivre la bête et son vide sanglant au pouvoir, bas-fond intronisé de vacuité dans l’abysse flottant du paraître et des envers

Où savants et hommes d’État inventent la mort au bras du rire !

On n’y fait que tout voir du Léviathan plural, moloch interventionniste !

J’ai vu l’église s’aheurter à défendre et encenser les riches, les puissants et les sordides.

Anthropophage bouche, béatitude ogresse des béances malsaines, fongiformes.

Dieu ! Que d’indulgences fangeuses et de fiente noircissent les curies !

Que d’éternelles idoles bénies, psalmodiées sans pudeur aux balises ténébreuses !

J’ai vu la famille et l’école reproduire Les monstres d’aujourd’hui pour les temps de demain,

Moulure de faux, moulage de mécréance !

Et les mots blasés, délavés, réinventés tentent encore, abîmes profanateurs,

De couvrir l’inanité des institutions de l’immorale pureté des formes.

J’ai vu toutes sortes d’énormités et d’immoralités et d’allure contre nature où les chantres utopistes et élégiaques du marché immolent le sens,

Nihilistes et retors qu’ils sont du désespoir séculaire-séculier, battements de vacuité

Je suis venu, j’ai vécu et j’ai vu

L’Amour-marchandise au comptoir des profanes, éclipser nos mages, nos archimages.

J’ai vu le spectacle des temples brûlés

Des bergers tués

Des autodafés de mots et de préceptes

Le linceul des bassesses s’étendant sur le Beau

Toutes sortes de profanations et de crimes

Des autels dressés contre l’innocence, clarté scalpée où hiberne le jour,

Échafauds d’imposture, de désespérance contre le Véritable,

Soleil Sinistre !

J’ai vu l’absurde surgir des abysses de la désescalade

Car toutes mes visions et mes contemplations blessées de troubles et de malheurs

Signifient la chute de l’homme, sujet-objet du sacré

Et la mort de cette vérité figée, ensevelie au feu de l’expression

De l’être de pensée, de l’être d’action.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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