Féminisme et laïcité : sur le détournement des idéaux - Le cas de Michèle Vianès

Michèle VIANES invitée dans le cadre des « Etats Généraux de la laïcité » organisés à par NPNS avec le soutien de la Ville de Lyon, et l’une des intervenantes à la « Quinzaine pour l’égalité » organisée avec le soutien de la Région Rhône-Alpes, cette dernière n’ayant sans doute pas pris le temps de vérifier le « CV » de chacun-e des invité-es ; désormais, plus personne ne pourra dire « je ne savais pas » : Michèle Vianès, l’escroquerie, ça suffit comme ça !
30 septembre 2011

Féminisme et laïcité : sur le détournement des idéaux
- Le cas de Michèle Vianès -

Michèle Vianès, élue locale de droite (élue sur liste UMP à Caluire-et-Cuire), prétendument experte de la cause des femmes, animatrice de Regards de Femmes, recourt souvent aux tribunes de gauche. Promue intellectuelle, elle a étonnamment étendu son champ d’expertise, devenant spécialiste ès laïcité, islam et Arabes. Insérée dans un discours de type « choc des civilisations » cher à Georges Bush, ex-Président des USA, sa stratégie de déplacements successifs du propos, de généralisations, d’amalgames et de fantasmes induit la stigmatisation d’un groupe spécifique, comme en témoigne une lecture de son ouvrage Les Islamistes en manœuvre. Silence, on manipule (parution 2004) sur lequel nous reviendrons.
Michèle Vianès collabore aussi activement au site « riposte laïque.fr » militant soi-disant « pour la défense de la laïcité et la tolérance mutuelle », site plus connu pour ses dérives extrêmes-droitières, adepte des « apéros saucisson pinard » du meilleur goût, et pour sa promiscuité entretenue avec le « rouge brun » (cf. la description édifiante qu’en fait le dictionnaire en ligne Wikipedia très bien et justement renseigné pour l’occasion !). Il est d’ailleurs possible sur le site « riposte laïque » de visionner l’intervention de Michèle Vianès aux « Assises contre l’islamisation » qui se sont tenues le 18 décembre 2010, au côté notamment des « Jeunesses identitaires », groupuscule néo-nazi particulièrement violent et sévissant à Lyon… et bien d’autres encore, dont la « Ligue du Nord » Italienne…

Madame Vianès, l’escroquerie n’a que trop durée !

Revenons à « l’ouvrage » Les Islamistes en manœuvre. Silence, on manipule (2004). Il abonde d’exemples, de noms célèbres : néanmoins les références à des travaux sérieux sont étonnamment absentes. Comme ce livre aussi curieux qu’inquiétant n’a pas fait l’objet d’une recension sérieuse, nous avons voulu remédier à ce manque criant.

Les Maghrébins, les femmes et l’islam

M. Vianès ne semble pas traiter des populations d’origine immigrée, mais des Arabes comme groupe ethnico-religieux supposé homogène. D’une certaine façon, elle reprends à son compte le précepte des religieux pour qui toute constitution dont serait dotée un Etat dans le monde à majorité musulmane ne saurait déroger à la référence à l’Islam dans ses principes fondamentaux : le débat sera par exemple au centre de la prochaine constitution tunisienne où le processus révolutionnaire en cours montre - oh combien ! - que les peuples de la Méditerranée sont tout aussi attachés que nous à la liberté et à la démocratie, comme l’auront montré la richesse des débats et le pluralisme des invitées de la semaine en « Solidarité avec les femmes dans les révolutions arabes » qui se tient à lyon du 26 au 30 septembre. Le combat des femmes et des militants des droits de l’homme dans ces pays est ainsi nié. Souvenons-nous que ce même débat a eu lieu sur la Constitution européenne où nos religieux (à nous !) souhaitaient y voir mentionner ses « racines chrétiennes ». Cette assertion est récurrente, la France étant elle présentée par le Pape et de nombreux catholiques comme « la fille aînée de l’Eglise »… son Président toujours intronisé Chanoine de Latran sans que la droite ne s’en offusque !
Le soubassement du « système » de pensée de M. Vianès pourrait être : « le problème des femmes, c’est l’islam, barbare et misogyne, les musulmans sont arabes et vice-versa, donc les Arabes de France nous menacent ». Mêlant extensions infondées et affirmations globalisantes, elle oscille sans cesse entre intégristes et musulmans de France. Par exemple : « La tradition musulmane accorde un statut social aux femmes dès la naissance d’un fils » (p. 52). Puis, « Dans le miroir installé par les intégristes, le garçon en reflet, doit être conditionné à sa fonction de tyran domestique » (p. 53-54). L’usage d’expressions vagues comme « il n’est pas rare que… », le manque de références à des études ou à des enquêtes singularisent cet ouvrage. Certes, le quart de couverture est didactique : « Les islamistes en manœuvre ». Les islamistes nous guetteraient et utiliseraient pour cela « cinq piliers » (p. 25) : ressentiment, détournement de l’argent des boucheries hallal, mères reproduisant le modèle patriarcal, garçonnets terrorisant leurs fratries, contrôle de la sexualité des filles. Cette référence explicite aux « cinq piliers » de l’islam est ensuite qualifié de « système d’agression de la civilisation ». Le lecteur est donc projeté dans une confusion que l’on veut établir entre islam et jihadisme.
Que cette institutrice retraitée s’exprime : le droit à la liberté de conscience et d’expression concernant les religions est absolu ! Mais défendre les droits de l’Homme impose de s’élever contre l’incitation à la haine par calomnie ou mensonge. Trop souvent, en effet, notre auteur semble plus se soucier de la portée idéologique de ses assertions que de leur validité. Ainsi, le livre porte le stigmate de l’argumentation lepéniste, quand sont opposés les immigrés européens, qui auraient été aisément intégrés – contre-vérité que rien ne peut étayer – il aura fallu surtout du temps ! - aux immigrés non-Européens, Maghrébins surtout, mal intégrés du fait de l’islam, suppose-t-elle. Mais elle tait l’histoire de l’immigration de ces Africains qu’on a voulu recruter pour la seule exploitation de leur travail et dont le retour était ardemment souhaité.

L’imposture ethnographique et la théorie du complot

M. Vianès prétend briser la terrible omerta (p. 13) sur la vraie vie des Arabes de banlieues. On serait venu l’appeler au secours : elle ferait le travail de maires aveugles aux regards tristes et angoissés des mariées de force (p. 11-12). Sa description de la vie des femmes « arabes » en France tient, en réalité, l’élégance en moins, des confessions de boudoirs du Marquis de Sade. Dans la partie « le Coran, règlement intérieur de la vie sexuelle du couple », on lit : « Dieu est dans le lit conjugal. Les hommes pratiquants accomplissent des prouesses amoureuses avec l’aide de Dieu [...] Manière de dévêtir sa jeune épousée, positions, caresses, rien n’est laissé au hasard ni à l’imagination. Si la femme refuse, elle dirait non à Dieu » (p. 100). Le décor du stupre malsain est campé, mensonger car ces détails ne sont pas dans le Coran. La manipulation consiste à mentionner le Coran dans le titre, pour gloser sur une vague « littérature religieuse orthodoxe » (p. 100). L’auteur affirme souvent, sans donner de sources primaires, et les rares ouvrages sur l’islam cités sont des sources secondaires noyées dans les confusions de ce singulier libelle. Notons les fantasmatiques mœurs sexuelles déviantes, standard de la littérature coloniale : les « mères maquerelles » (p. 104), enseigneraient à leurs filles prépubères à être de parfaites petites putes pour leur futur mari, leur achetant même des strings (p. 106). _ Elle détaille (sans chiffres) comment nombre d’Arabes de France enduiraient le sexe de piment aux premières règles pour dégoûter de son usage (p. 105)… Elle passe sans cesse de l’image misérabiliste de la « Fatma soumise » à celle terrifiante de la matrone exciseuse : « La maison hôtel de passe. Le bordel at home. » (p. 106). Quelle plume ! À la moitié de l’ouvrage, on ignore toujours qui sont ces gens sans sentiment ni conscience : Arabes ou musulmans de France ? Familles d’intégristes ? Cette imprécision transforme de fait ces lignes en stigmatisation ethnique. C_ oït et positions d’accouplement seraient révélateurs : « une femme entre sans frapper dans la chambre où son fils et sa belle fille font la sieste. Elle les surprend en pleine sieste coquine, la femme chevauchant le mari. Hurlements de la mère (…) pour s’indigner des rapports « contre-nature » surpris » (p. 102) : les Arabes feraient l’amour en missionnaire, l’homme devant écraser la femme. Frustrées, les femmes s’adonneraient au saphisme (p. 107), autre classique de la prose coloniale. L’auteur détaille les parades : « Pas un poil de pubis ne doit rester. Le fantasme de la vierge, de la petite fille... » (p. 113-114). Cette plongée imaginaire dans l’intime est émaillée de citations des frères Ramadan, sans doute seuls penseurs de l’islam. Sur une jeune médecin turque interdite d’exercer par sa famille, elle lance : « Bien que médecins, elles ne songent pas à mettre du cyanure dans le thé à la menthe familial. Dommage ! » (p. 60). Ces Turques recevraient donc le conseil d’assassiner leur famille… ? Graves propos pour une militante des Droits de l’Homme !
En rajouter dans l’excès et les assertions globalisantes n’aide en rien les femmes et les jeunes filles d’origine musulmane à s’émanciper de leur carcan familial quand celui-ci est trop pesant, aliénant, ou même parfois dangereux pour elles ; comme il l’est et l’a été pour nos mères et nos grands-mères, (quand ce n’est pas pour nous mêmes !), et ce n’est pas si loin, ne l’oublions pas ! Une fois le dégoût et le mépris installés par ces fantasmes ethnicistes, le lecteur se voit imposer une grille de lecture d’où il est difficile de sortir : tout événement impliquant des gens d’origine maghrébine « prouvera » leur barbarie. Encore faut-il taire des violences semblables sans lien avec eux ...

Le féminisme de droite et son cache-sexe ethniciste

Première cause de mortalité des femmes en France, les violences conjugales traversent tous les milieux sociaux : ce n’est ni le quart-monde ni une altérité culturelle qui expliquent ces violences. Les femmes sont bien plus précarisées que les hommes, les inégalités salariales toujours criantes dans cette société de marché dont M. Vianès se fait, par ailleurs, le héraut. La prévention gynécologique décline, le système de soins britannique est prôné par une droite décomplexée. Mais, certains croisés de la cause des femmes et de la démocratie sont absents de ce terrain, enjeu de l’égalité et du droit. Des associations luttent pour les droits des femmes, contre les mutilations sexuelles et pour l’aide aux victimes, sans susciter l’intérêt de ces « féministes » qui préfèrent les discours de stigmatisation. Un autre combat bénéficierait bien plus aux femmes que ces élucubrations sur les strings : la lutte pour la réparation des organes génitaux mutilés. La majorité des femmes concernées ignore que cette opération est remboursée.

Conclusion

Cet ouvrage de déshumanisation de l’Autre relève d’un dispositif idéologique propre au choc des civilisations. C’est dans une telle ambiance de guerre que sont justifiées bien des abus, dont l’impérialisme et le colonialisme les plus cyniques. Si on calquait le procédé de M. Vianès sur les Occidentaux ou les chrétiens, on pourrait nourrir indéfiniment cet affrontement mortifère et stupide. C’est d’ailleurs ce que font les intégristes. Mais, l’idéologie, que M. Vianès reflète, semble plus acceptable que l’autre : s’agissant des Arabes, l’opinion serait moins prompte à s’offusquer ?

Premières signatures : nous, militantes et militants du Front de Gauche, écologistes, socialistes, féministes, laïcs, antiracistes, militantes et militants des droits humains, syndicalistes, enseignants, universitaires… mécréantes comme croyantes, mécréants comme croyants !

Signataires :
Jean-Vincent Jéhanno, Kenza Aghouchy-Belliard, Loïc Rigaud, Armand Creus, Thomas Rigaud, Jérôme Maucourant, Jean-Michel Drevon, Elèni Ferlet, Marion Athiel, Myriam Plet, Anne Charmasson-Creus, Danielle Carasco, Renaud Moisson, Aline Guitard, Frédéric Schaeffer, Eric Barbot, Lucio Campanile, Marie-France Arnal, Pascal Le Brun, Jean Sintes, Sofiya Aghouchy, Aline Silvestre, Alain Touleron, Françoise Kayser, Marie-Noëlle Frery, Najia Dridi, Françoise Blanchon, Sarah Brochart…

Contact signatures : keroue@orange.fr


 
P.S.

Note : ce texte part d’un premier travail collectif initié par Kenza Aghouchy en l’année 2006.

 
 
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2 commentaires
  • Droit de réponse de Michèle Vianès 21 novembre 2011 19:38

    DROIT DE RÉPONSE DE MICHÈLE VIANES

    Les personnes signataires de l’article ci-dessus ont repris une critique, datant de 2006, d’un de mes essais publié en 2004 Les islamistes en manœuvre Silence on manipule pour m’accuser « d’islamophobie ». Ceci appelle un droit de réponse avec 2 remarques préliminaires :
     D’une part, je rappelle que c’est l’imam Khomeiny qui a, en premier, instrumentalisé ce terme vis-à-vis des iraniens et iraniennes qui refusaient la charia comme loi du pays
     D’autre part, mon essai dénonce précisément les manœuvres des islamistes et ne confond absolument pas islam et islamisme, en rappelant entre autres que les premières victimes des islamistes, en France comme dans tous les pays, sont les femmes et les hommes de confession ou de filiation musulmanes attachées à la séparation entre religion et politique et à l’égalité femmes-hommes. Les signataires, eux, font l’amalgame entre islam et islamisme ignorant les musulmans modernistes, depuis les Mo’tazilistes ou Averroès. Je les renvoie à un autre de mes essais « un voile sur la république dans lequel je consacre un chapitre aux penseurs musulmans qui se sont élevés contre la discrimination femmes-hommes depuis les origines de l’islam jusqu’à aujourd’hui.

    Sur le fond, je suis invitée à intervenir, en France et à l’étranger, sur la manière dont le principe de laïcité, ce formidable outil d’émancipation des individus, est, ou peut être, utilisé par les femmes pour accéder aux droits humains fondamentaux et à l’égalité entre les personnes indépendamment de « leur couleur, religion ou sexe ».

    Je réponds positivement à ces invitations, même si je me trouve parfois à la même tribune que des personnes dont je ne partage absolument pas les idéologies. Ce n’est pas toujours très aisé, parfois dangereux, mais il s’agit de mes convictions et il est de notoriété publique que je ne cède pas devant les menaces des obscurantistes.

    Il est vrai que présenter son opinion à des personnes la partageant est très agréable, nécessaire également pour « recharger les batteries », mais limité quant à la possibilité de faire avancer la réflexion collective et convaincre les autres.

    Je rappelle que la laïcité n’est ni contre les religions, ni inter-religions, mais a-religion. Moyen de faire coexister des femmes et des hommes qui ne partagent pas forcément les mêmes convictions, mais émancipés par une éducation à l’autonomie rationnelle de jugement, l’exigence laïque demande à chacun un effort sur soi. Le lien civique a la prééminence sur tous les particularismes historiques ou religieux, sur les solidarités domestiques, locales ou tribales. La loi est la même pour tous et toutes. Pas de droits différenciés selon le sexe, l’appartenance à une religion ou une idéologie, à une profession.

    La laïcité est garante des droits des femmes et de l’égalité en droits, devoirs et dignité des femmes et des hommes. Contraception, avortement, refus des violences ethnicistes, de l’oppression religieuse et/ou communautariste en sont les applications.

    A toutes les tribunes, j’affirme les principes universels d’égalité en droits, devoirs et dignité des femmes et des hommes. Ni dupe ni complice des obscurantistes et des benêts compassionnels qui les soutiennent, je dénonce toute atteinte aux droits des femmes sous prétexte ethnique ou religieux et récuse l’argument du relativisme culturel qui permet aux fondamentalistes religieux d’opprimer leurs coreligionnaires, à commencer par les femmes.

    J’évoque à ce sujet l’Indienne Hansa Mehta, l’une des deux femmes qui a participé à la rédaction de la Déclaration Universelle. Elle a obtenu que l’expression Droits de l’Homme soit remplacée par Droits humains, afin d’assurer l’accès aux droits fondamentaux universels à toutes les femmes, dans le monde.

    Fin 2010, j’ai répondu, entre autres, à deux invitations sur le thème « Femmes, religions et fondamentalismes », l’une provenant d’Universités italiennes parmi lesquelles une université Vaticane, « Laïcité, instrument d’émancipation des femmes », l’autre à l’invitation de Riposte Laïque sur le thème « Féminisme, laïcité, même combat contre les intégrismes ». La première est, curieusement, passée sous silence. La seconde reste encore aujourd’hui source d’anathèmes alors que le titre et le contenu affichent clairement mon opposition à tous les intégrismes et totalitarismes.

    Certains bien-pensants, qui n’ont jamais critiqué mes interventions face aux représentants du Vatican ou de juifs orthodoxes, se sont offusqués que je sois intervenue aux Assises sur l’islamisation. Lors de cette intervention, j’ai rappelé, entre autres, que les premières victimes des islamistes en France étaient les personnes de confession ou de filiation musulmane à commencer par les femmes. J’ai également souligné, les trafics financiers autour de l’intégrisme et l’absence de contrôle des dons et taxes para-religieuses perçues en France. Devons-nous laisser nos compatriotes de confession musulmane se laisser gruger ?

    La dénonciation féministe du patriarcat théologique serait-elle à géométrie variable ? Doit-on abandonner les filles et femmes de confession ou de filiation musulmanes à la merci des extrémistes religieux, en France et ailleurs dans le monde ? Est-ce parce que je suis toujours aux côtés des jeunes filles menacées lorsqu’elles veulent acquérir leur autonomie que certaines personnes veulent salir ma réputation ? Est-ce parce que je suis une marraine de Ni putes ni soumises depuis la création du mouvement ? Est-ce le soutien à Fatima Zib, assassinée par son frère à Oullins (69) qui a été condamné à 15 ans de réclusion ? Ou le fait que les laïques, femmes et hommes, des pays avec religion d’Etat ou officielle, demandent notre appui qui ont réveillé des propos inacceptables à mon encontre ?
    Michèle Vianès

 
 
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