Collomb, grand Primaire des Gaules

Sources : bakchich.info

TRABOULES / vendredi 14 octobre par LE CANUT

C’est le retour du Canut. Le spécialiste des coulisses lyonnaises décrit pour Bakchich les conséquences du 1er tour de la Primaire citoyenne dans la capitale des Gaules, ville des quenelles et des alcôves.

Avec 34,4% des voix, Aubry est arrivée en tête sur Lyon, devant Hollande avec 33%, et Montebourg avec 19,6%.

Pour Collomb qui avait battu le rappel de ses troupes pour soutenir Hollande, faire à peine un tiers des votants, c’est une vraie claque.

UN RAPPEL GÉNÉRALISÉ

Collomb, en 2007 quand il était pour Ségolène Royal, avait battu le rappel de ses troupes, et au-delà, et avait largement puni tous ceux qui n’avaient pas suivi ses « ordres ».

C’est pourquoi, quand Collomb, revenant en 2010 à ses premières amours, s’était déclaré pour DSK, il avait fait un peu sourire quand il avait déclaré « avoir toujours été pro-DSK ».

Puis la chute de DSK a changé la donne, et Collomb a dû se déclarer pour Hollande, entraînant derrière lui tout son petit monde, et en « rassemblant largement » chez les élus et secrétaires de section (en usant des méthodes habituelles : menaces, promesses, et l’argument classique « Hollande est largement en tête dans les sondages, c’est le seul candidat sérieux ». Le fait que le même argument avait déjà servi en 2007 avec le résultat final que l’on sait n’avait pas semblé émouvoir grand monde.

Certes, dans certaines sections lyonnaises, cela avait fait sourire de voir des responsables qui étaient pour la motion Aubry au dernier congrès brusquement ne plus parler que de Hollande ! Pour ceux-là, expliquer qu’ils avaient échangé d’opinion en moins de deux ans, était assez difficile, même en utilisant la bonne vieille excuse du réalisme lyonnais (« l’appel de la soupe » disaient certains de leurs détracteurs).

LES SOURIRES QUI CHANGENT DE CAMP

Hier encore, Gérard Collomb appelait Aubry à se désister en faveur de Hollande si « l’écart entre les deux candidats était significatif » (il tablait alors sur Hollande à 40% et Aubry à 20% à peine). Il rajoutait même à destination des électeurs : « Vous me faites confiance ? Accordez cette confiance à François Hollande ».

C’est dire si au soir du premier tour des primaires à la fédération PS du Rhône, quand les résultats ont commencé à tomber, les sourires se sont figés dans le clan « Collomb-Hollande », tandis qu’ils s’élargissaient chez ceux du camp Aubry, et plus largement chez tout ceux qui affirment en avoir assez du despotisme et des méthodes de Gérard Collomb sur Lyon et le Rhône.

Annie Guillemot, maire de Bron et mandataire Aubry sur le Rhône, était tout sourire. Elle subit une véritable guérilla dans sa section, menée par la femme de Jean-Jack Queyranne (président de la région Rhône-Alpes, dont la base est à Bron), qui supporte de plus en plus mal de voir Annie Guillemot s’affranchir de sa tutelle.

Nathalie Perrin-Gilbert (maire du 1er arrondissement de Lyon), était en joie, elle qui ne cesse de subir les attaques de Collomb : après l’avoir empêché d’être sur la liste des conseillers régionaux, il l’a rabrouée en plein conseil municipal, et lui a repris publiquement des dossiers qui concernent son arrondissement. Collomb ne lui pardonne pas de l’avoir laissé et de lui résister publiquement, et a décidé de la « tuer politiquement » !

Dans les couloirs et sur le trottoir devant la Fédération PS du Rhône, le contraste était saisissant, et ceux qui sont parfois qualifiés de « petits barons lyonnais » qui suivent Collomb, étaient sonnés. Et, pour une fois, l’ambiance n’était pas aussi feutrée que d’habitude, les proportions n’étant plus favorables à Collomb, les chuchotements habituels faisaient davantage place à des discussions à haute voix. Oh, pas d’éclats de voix, on n’est pas à Marseille, et Lyon reste ville d’alcôve, mais un climat nettement plus revanchard. C’est que quand on parle à voix normale, à Lyon, c’est déjà être agité.

UN LOURD DÉSAVEU POUR COLLOMB, QUI AFFIRMAIT COMPRENDRE LES LYONNAIS.

Ces 33% sont une véritable gifle infligée à Gérard Collomb. Lui qui affirme qu’il a gagné les municipales, la deuxième fois, parce qu’il comprend ses électeurs, qui le soutiennent lui plus que le parti socialiste, vient de se prendre un sévère démenti.

C’est aussi un démenti lourd infligé à Collomb et ceux qui disaient que sur Lyon, la gauche est plutôt centriste ! Comment encore le soutenir, quand les électeurs qui se sont déplacés dimanche soir à la primaire socialiste ont majoritairement voté pour Aubry ou Montebourg , qui sont clairement catégorisées dans une gauche qui s’assume ?

Comment pourra-t-il encore user de ses artifices dans ses reprises en main de la fédération, lui qui, à chaque fois, utilisait les mêmes arguments ? Comment justifier encore les places donnés aux amis centristes (voire de droite), même hâtivement repeints en rose ?

Certains détracteurs ont même été jusqu’à dire dimanche, goguenards, « forcément, avec la médiatisation et les règles imposées, le « bourrage d’urne » n’avait pas pu être possible, contrairement aux votes internes des congrès »… Médisance ou manières d’un autre âge… ?

DES PRIMAIRES OUVERTES, PAS UN CONGRÈS

Mais plus grave encore, c’est la deuxième gifle consécutive infligée à Gérard Collomb : en effet, au dernier congrès, il n’avait pas atteint la barre des 50% !

Malgré ce score, il avait réussi à reprendre en main la fédération. En effet, un congrès, ce sont des rapports de force entre clans, avec des militants et des élus. Collomb, sait gérer ce genre de situation : des pressions adroites, des promesses, des « achats », et des sanctions à ceux qui résistent, et, d’habitude, ça passe. Collomb est même célèbre pour son habileté dans les tractations.

Mais j’annonçais déjà à l’époque que ce faible score de 48% obtenus au congrès annonçait que la « citadelle » Collomb était en train de vaciller.

Et c’est plus encore révélateur lors de primaires ouvertes : là, pas moyen de circonvenir les électeurs, ils s’expriment librement, en fonction de ce qu’ils croient, de ce qu’ils apprécient, et de ce qu’ils rejettent.

Et la gauche lyonnaise vient de se prononcer très clairement : les deux tiers n’ont pas suivi Gérard Collomb !

Lui qui, avec ses troupes, avait déjà clairement fait comprendre qu’au lendemain du succès de François Hollande il reprendrait totalement en main la fédération, plaçant ses sbires partout (et notamment aux places éligibles), se retrouve dès à présent dans une situation très problématique.

Pourtant il avait su éviter qu’Aubry et Montebourg viennent s’exprimer sur Lyon, relégués sur Villeurbanne…

GÉRER L’ÉCHEC

En effet, maintenant, comment gérer cet échec ?

Comment contenir les velléités des dissidents de plus en plus nombreux, qui disent en avoir assez de ses magouilles continuelles, de ses querelles intestines, de ce despotisme, et de cette cour insupportable autant qu’omniprésente ?

Pire encore, comment maintenir derrière lui des troupes qui, de plus en plus, vont réaliser que le soutenir n’est pas forcément de la meilleure manière pour se préserver un avenir ?

Pour Collomb va se poser le problème de la motivation ses troupes : s’il n’a plus vraiment les moyens de les punir, si ceux qu’il a punis survivent et même sont de plus en plus fort, s’il n’a plus vraiment les moyens de motiver, puisque les électeurs montrent qu’ils ont envie d’autre chose que ce que leur propose Collomb, comment garder cette attitude de despote qu’il apprécie tant ?

Enfin, avec à peine un tiers des électeurs de gauche qui sont sur sa ligne « réaliste » (de centriste d’après ses détracteurs), comment aborder sereinement les prochaines municipales ? Les Verts avec qui Collomb est en conflit depuis qu’ils font de bons scores ne vont-ils pas devenir plus forts ? Collomb est-il encore le candidat naturel, lui dont le 2ème mandat est de plus en plus reconnu, chez les électeurs lyonnais, comme bien moins bon que le premier ?

Et comment diable maintenant Collomb pourrait-il aller voir Hollande pour réclamer un ministère, avec un aussi mauvais score ?

Est-ce ainsi la fin des ambitions nationales de Collomb… ?

Il y a quelques ressemblances entre la situation de Collomb localement et la situation de Sarkozy nationalement. Une manière de gérer, un comportement, et une forme de désaveu…

Certains allaient même jusqu’à dire dimanche soir : "il ne manquerait plus maintenant qu’ils expédient Borloo à Lyon". Il est sûr qu’avec une droite centriste crédible, la gauche aurait la partie plus dûre sur Lyon…


 
 
 
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