Marginal contre le tartuffe socio-idéologique.

Dans un monde de prédateurs et de proies, seuls les marginaux refusant les postiches d’intégration et de sens où tous sont à peu près assimilés, ont la prérogative d’être des hommes. CLM

Nous sommes dans un univers social si délétère, si abyssal de déshumanisation que la masse agressive des consommateurs et des snobs en devient invasif de leur vide. Car les minus, les néants, les vaniteux ineptes se cachent derrière leur fonction dans le système, leur travail, leurs objets consommés et toutes les contingences d’origine, de lieu et de temps pour insulter autrui, monter des ignominies de discriminations ! Répugnants inconscients, incapables de se répugner eux-mêmes, ils sont juges et moralistes, législateurs et punisseurs. Les idiots, les serfs intellectuels, les cerfs des prêts-à-penser ruminant leur ineptie collective officielle, les prostitués d’âme, les ombres mimétiques ont la part belle quand il faut accuser et dénigrer. Pour un vil sous-produit social, jouer à l’arrogance, au mépris de qui le dépasse et le dépassera toujours, vu son inaptitude à vouloir la véritable élévation qui vient des valeurs spirituelles et morales et non des apparats rendues effigie et valeurs-postiches, est une manière de prendre de l’importance.

Il est trois champs existentiels de l’homme : l’ontologique qui tient du sacré, des rapports de l’homme au divin ou au néant ; l’organique qui réfère au biologique, au corps et à ses nécessités vitales ; le social qui relève du relationnel interindividuel et entre l’homme et le système social. D’où l’homme a au moins trois grandes libertés à assumer ou à conquérir, l’ontologique, l’onto-matériel la sociale-familiale. L’ontologique est essentiellement par le rapport à soi et à l’univers et tient de l’assumation des origines et des fins dernières. L’onto-matériel est le lieu de la subsistance et de la vie proprement dite, où les besoins matériels et organiques de l’individu doivent pouvoir être satisfaits sans qu’il ait à se vendre ou se prostituer. La sociale-familiale est à la fois individuelle et collective en tant qu’il s’agit de se démarquer du moulage que l’institution sociale veut imprimer et de fait, imprime à chacun, tout en s’assumant comme membre du collectif avec le poids de l’histoire et la contingence du présent. Dans son aspect familial, la conquête de la liberté, sans doute, la plus rude à vivre émotionnellement, doit se défaire de la construction parentale qui nous fait tous. Là où la liberté sociale doit conduire la collectivité hors des conséquences néfastes de l’histoire, la liberté face à la famille nous permettra d’objectiver l’histoire personnelle et d’en relativiser l’emprise. Se défaire, non pas nécessairement tout rejeter ou même, jeter en partie, mais se distancier et apostropher pour choisir en réadoptant librement ou en abandonnant tout pour le tout autre. La distanciation par l’esprit des grandes configurations qui nous déterminent, ne voilà-t-il pas la plus éloquente expression de la liberté ! La lubie sociale quant à elle, génère l’alibi de l’obéissance aux parents et à la famille, ces intermédiaires de l’ordre social dominant, pour confondre et dominer les consciences.

L’Homme, la société et les idiosyncrasies

Désobéir - dans le système injuste où tous, fors les oligarchies prédatrices, sont victimes de l’ordre en cours - porte en soi pour le désobéissant, deux satisfactions avant même d’aboutir sur le plan global de renversement du statu quo : la joie du refus de l’autopunition d’être utile et utilisé par ses bourreaux et le sentiment de non collaboration qui est la non participation au mal systémique régnant.

L’idiosyncrasie est en soi un monde paradoxal parce qu’à la fois de dualités (nature-culture, individu-société) et d’identité. Car l’identité, par définition, se veut unitaire. La procession de l’idiosyncrasie est donc nodale pour le questionnement égologique et sévit en plein cœur du sens et de la liberté de conscience. L’homme n’est pas que social, structuré uniquement par la culture et la société. "Structure structurée puis structurante", pour reprendre ces termes chers à Bourdieu. Si c’était le cas, il y a longtemps qu’on parviendrait à une définition définitive et précise de l’être humain. Bref, on a beau intégrer (structurer) les individus pour l’altruisme dans une société communautariste, plusieurs chercheront toujours à prendre le pouvoir pour dominer et pire, asservir leurs semblables, alors que d’autres seront prêts à se soumettre aux importuns de la domination et donc de l’inégalité sociale, de la fracture de phratrie et de l’intrusion factuelle de classes esquintant la collectivité unifiée. D’où, la transformation personnelle est tout aussi importante que l’environnement collectif. Il incombe à l’homme de se reconnaître Esprit et de vivre en tant que tel, car seuls les effondrés du charnel psychologiques, hélas l’écrasante majorité, peuvent agir comme c’est le cas des majorités, avec tant de haine consciente ou inconsciente de la vie et de l’être, dans la macabre course avérée au néant que l’on constate à l’échelle du monde. Le monde est l’échafaud des suicidés inconscients qui se vautrent dans la camarde par instinct de servitude, inaptitude à la liberté et mort de l’intuition spirituelle. Un triste monde de cécité métaphysique !

Comme exemple de nocuité de la non transformation personnelle, l’avènement de l’autoritarisme dans l’histoire est le fait d’individus mauvais qui du sein du groupe s’allient pour le pouvoir à eux et à leurs proches au dédain du corps social, et ont donc créé des structures pour se donner des privilèges ainsi créés comme celui de régner et décider pour autrui, sacrifiant ainsi l’unité sociétale pour leur propre prépondérance rendue prégnance faussement naturelle par des structures matérielles et constructions psychologiques du pouvoir social. De fait, malgré les classes et leur différentes couches étudiées, il n’y que deux catégories d’hommes dans la société, ceux du pouvoir (qui dans la société actuelle sont pour la plupart des prédateurs) et ceux sur qui s’exercent le pouvoir. Il faut donc l’implantation d’un ordre juste mais aussi l’éducation-conversion permanente du plus grand nombre possible (car il y a plein d’irrécupérables) d’hommes ainsi préservés, épurés des tares et défauts personnels. L’éducation, la conversion et la répression (au sens strict de punition du mal) sont d’ailleurs les vieux outils préposés à cet effet. Naturellement, il faut les utiliser justement et bénéfiquement sans abus ni haine ni manipulation de tous pour quelques-uns.

L’individu existe en soi, indépendamment de la société, même s’il ne vit qu’en société. Cela n’est guère de la robinsonnade mais une des multiples dualités de la nature pluridimensionnelle de l’homme. Et n’oublions jamais que ce que nous pouvons affirmer du mystère de l’homme, c’est qu’il est pluridimensionnel, et la société n’est qu’une infinité d’idiosyncrasies.

Il faut agir et prendre position contre l’univers de dénaturation systématique par les ferments d’une éducation déviée. Prendre position, est en effet, déjà un extrême par rapport à toutes les positions contraires et à l’amorphisme ! Mais encore, faut-il savoir être équilibré dans son extrême pour ne pas sombrer dans le déséquilibre de l’extrémiste désorienté. Le sage est un extrémiste qui sait assumer son extrême sans extrémisme avec sobriété et fermeté. Il attaque et en guerrier stratège, il détruit les amalgames de l’idéologie, ce tartuffe à deux faces contradictoires qui mêlent un peu de vrai et un peu de faux pour imposer ses illusions et aberrations.

La compréhension est un acte souverain de regard propre du comprenant. Ainsi, tout vrai comprenant est marginal qui sait ajuster les codes ou les créer pour saisir par soi-même le visage des choses et situations.

Il n’y a pas beaucoup de domaines aussi autonomes et aussi libérateurs que l’acte de comprendre par soi-même quand tous ou à peu près, sont crachoir sous perfusion du glaviot des instructeurs officiels et page pour l’encre confondante de l’ordre en cours !

La sensibilité marginale, quant à elle, fait de l’entendement, non une page vierge mais un palimpseste où l’homme marginal réécrit la Vérité selon ce que le Christ appelle « le jugement juste ». Jugement à la fois juste par la logique contextuelle de la spiritualité et par l’équité sans complaisance ni compromis aucun avec un quelque autre intérêt que la justice.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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