Pays Infra-idéologiques

Un pays infra-idéologique est un pays non sans idéologie présente mais dans l’incapacité d’assumer aucun des grands courants idéologiques de l’économie politique. Des pays inclassables par leur altération institutionnelle, leur déficience structurelle et leur grave carence systémique généralisée.CLM

Il est impossible de classer un pays qui a été évincé par les forces de l’histoire et précipité dans une sorte de marge paramondaine résumée en un mode de présence territoriale et démographique sans vraiment d’existence économique et structurelle. Toute classification de ces pays est problématique vu leur aventure existentielle catastrophique et en général hors de portée de leur volonté par l’intervention étrangère. Je crois que ces entités étatiques ne peuvent être appréhendées par les classements officiels occidentaux onusiens et autres qui partent du constat de l’État dans ses constitutifs pérennes et des rapports qu’il sous-tend de la société et des acteurs économiques en son sein.

Ce sont des États d’abord broyés par toutes sortes de monstruosités historiques et rescapés de désastre politique récent et de distorsion sociale où s’est altéré jusqu’au sens même de l’étatité (leur essence même d’État), terme que je préfère à étaticité et étatisme qui réfèrent trop à l’idée et aux fonctions d’État dûment établi manifestant ses prérogatives. Ce sont des pays qui reproduisent les schémas mêmes de leur destruction, ne pouvant plus se gérer contre les causes du mal qui les affecte, parce que rendus si faibles et si dépendants des ferments internes et agents externes de leur condition pour tirer conséquence d’un bilan étiologique serein de leurs maux.

Quant un pays est à un seuil de dénuement tel qu’il ne peut qu’appliquer les moindres diktats d’institutions supraétatiques, étatiques, financières et humanitaires, il n’a pas d’orientation idéologique propre, il est en deçà de toute assumation étatico-nationale de soi, il est littéralement un pays infra-idéologique.

C’est exactement le cas d’Haïti, véritable république des Ong, malheureusement comme on le dit, où tout, surtout l’économique et la classe politique, est tributaire totalement des forces étrangères qui orchestrent, maintiennent dans l’ironie de la figuration avec des têtes haïtiennes qui sont là pour donner l’impression et faire effet d’une existence de l’État dans le plus factice des illusionnismes planifiés par les maîtres étrangers exclusifs du jeu.

Distanciation politique comme action du refus…

Seule une grande finesse des figurants sur la scène faisant leur celle du grand acteur qui finit par son jeu, sa prestation et présence scénique par imprimer une sorte de vie à part à son personnage et à la pièce en personnalisant son rôle à travers des interstices qu’il se crée, peut permettre à un pays infra-idéologique chronique comme l’Haïti d’aujourd’hui (et à tout autre pays infra-idéologique selon ses spécificités) de grappiller des parts de pouvoir malgré les maîtres de spectacle, les metteurs en scène du macabre ambiant, pour produire peu à peu à leur façon, leur mimésis insolite inattendue, un autre faciès moins patibulaire et valétudinaire au théâtre de la vie haïtienne. Il incombe donc à des acteurs habiles de transformer ce synopsis de l’horreur en préambule de l’espoir par la distanciation, un peu comme les acteurs de Bertolt Brecht qui ont une vie hors et au-dessus de la répétition du texte à déclamer, hors donc et au-dessus des itérations préréglées et planifiées d’une réalité prédiquée par le malheur à ne pas jouer ni répéter.

Avant d’être un jeu de force et parce que précisément rapport de force, la politique est un jeu de finesse. Et, quand la force est à ceux d’en face, la politique, pour être gagnante, doit être de toute finesse.

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CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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