{id_article}
 

UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS !

Par : Danielle Bleitrach
Texte original publié par UTOPIES :

Il est clair que ni les américains, ni notre Jacques Chirac national ne se
réjouissent de la prise de Kaboul.
La raison est simple, c’est que
l’embrouillamini afghan contredit la real politique. C’était prévisible.
Les voici tous en train de découvrir le mérite d’une solution politique,
voire d’une intervention de l’ONU. Ce pauvre Védrine a été bien seul dans
un gouvernement français complètement inféodé à la stratégie américaine,
son discours à l’ONU est positif mais comme les dirigeants français ont
choisi de ne pas ouvrir le débat au parlement, cette voix est complètement irréelle, elle n’a ni
peuple, ni force politique pour la rendre crédible. 

Lors de la prise de Kaboul, Jacques Chirac était chez les Saoudiens, dont
un récent livre (Ben Laden, la vérité interdite, editions De Noël) révèle
ce que tout le monde sait, à savoir qu’ils sont les bailleurs réels du
terrorisme . Ce que Ben Laden a pu recevoir des saoudiens, de sa propre
famille par le biais d’organisations caritatives représente entre 50 et 100
milliards de dollars. Toutes les enquêtes sur les réseaux financiers ont
été bloquées par le FBI. Le numéro 2 du FBI, coordinateur de la lutte
anti-terroriste, chargé des enquêtes sur Al-Qaeda, John O’Neill a
démissionné pour cette raison cet été. Il sera une des victimes du World
trade Center. 
Partout, en Algérie, comme en Afrique et dans le reste du
monde musulman, les saoudiens ont financé des écoles intégristes et des
réseaux. Alors imaginez notre président qui sait tout cela et va chercher
une solution politique antiterroriste là-bas et déclare sans rire "notre
détermination a été payante"
à l’entrée des troupes de l’alliance du nord
dans Kaboul, entrée qui met son hôte en fureur. Jusqu’au mois d’août 2001, les USA (et derrière eux les grands pétroliers
dont Bush est l’élu) négocient avec les Talibans et interdisent que l’on
inquiète l’Arabie Saoudite. Le livre "la vérité interdite" écrit par des
gens qui gravitent dans les milieux du renseignement (Jean Charles Brissard
et Guilleaume Dasquié) décrivent les négociations de l’administration Bush,
les grands pétroliers texans et les Talibans de février à août 2001, à
propos de Ben laden. On leur fait savoir par l’entremise des Pakistanais :
"Vous aurez un tapis en or ou un tapis de bombes !",
une option militaire
est en effet envisagée dès juin 2001, elle est formulée au Conseil National
de Sécurité par sa directrice Condolezza Rice, membre du Conseil
d’administration du pétrolier Chevron. On peut penser, c’est du moins
l’hypothèse des deux auteurs, que l’attentat à New York est le produit de
cette intéressante négociation tri-partite : pétroliers, gouvernement US et
Talibans. 

Dans le même temps, à cette époque, des rapprochements ont lieu entre la
Chine et l’Inde, puis entre la Chine et les Républiques d’Asie Centrale
(sauf le kazakhstan et son dictateur annexe des pétroliers texans) et la
Russie. Ce qui ne plait pas aux USA, qui poursuivent leurs négociations
avec les Talibans en réclamant l’extradition de Ben Laden, celui-ci est
devenu le maître de l’Afghanistan. Les saoudiens et le Pakistan poursuivent
leur double jeu.

Le 11 septembre change la donne et c’est la guerre aux objectifs
antiterroristes les moins évidents. Faute de traquer Ben Laden, il est
décidé de s’appuyer sur les troupes de l’alliance du Nord, qui jure de ne
pas rentrer dans kaboul. Mais les Talibans se retirent et l’alliance du
Nord est ingérable, pour une part les troupes de Massoud sont des brutes
qui ont déjà commis les pires exactions (savez-vous que le président
communiste Najibullah, bloqué par le blocus d’Elstine et l’aide des USA aux
fondamentalistes a été d’abord châtré vivant puis pendu par le délicieux
commandant Massoud et ses hordes qui pratiquent gaiement le viol et le
pillage.)(1).
 En outre pour les occidentaux, il y a beaucoup trop d’anciens communistes
dans les forces hétéroclites, y compris le successeur de Massoud qui a fini
par se retourner vers les Tadjiks d’Asie Centrale. Et ils sont plus ou
moins soutenus par les communistes d’Asie Centrale Soviétique (le
Tadjikistan qui est considéré comme le Cuba de cette zone), toujours
susceptibles d’entente avec la Chine et avec tous ceux qui veulent
s’opposer au pillage. L’exemple type est Dostoum (ancien membre du Comité
central du Parti Communiste Afghan) que l’on nous présente comme le pire
bandit. Certes ce baroudeur n’est pas le communiste dont nous rêvons tous.
Sa ville Mazar-e-Sharif est célèbre pour fournir le meilleur haschich du
monde, (une sorte de dom Pérignon de cette drogue), il a en outre la
réputation d’aimer un peu trop les femmes et le whisky et, malgré un récent pèlerinage
à la Mecque, de ne croire ni en Dieu, ni en diable. Mais le fait
que Mazar-e-sharif soit une zone de H. est bien antérieur à sa gestion et
lui a tenté de développer la production de gaz industrielle, comme
l’éducation des femmes et il tient à l’indépendance de son pays. 
De
surcroît , la situation de l’Afghanistan de hier et d’aujourd’hui, a toute
chance de produire plus de brutes que de disciples de la non violence. Il
faut donc se méfier de la manière dont les médias et les salons parisiens
nous fabriquent des héros comme Massoud, et des "diables" comme Dostoum. 
Dans le pillage des ressources les USA et les pays occidentaux ont fait la
preuve qu’ils peuvent s’appuyer sur les pires fascistes, dans la mesure où
ils garantissent le pillage, et dénoncer avec des prétextes moraux (les
femmes, la démocratie, la laïcité, etc...) les gouvernements qui tentent de
défendre l’indépendance de ces ressources.
Cela dit , un des événements de la période récente, peut-être la seule
victoire réelle US, est l’alignement de la Russie : voici se déclare
Poutine dans un point de presse du 13 novembre : "le travail en commun
effectué par le Consortium sur le pipeline de la Caspienne (CPC) -que nous
venons récemment de terminer avec nos partenaires américains- ou au
développement à venir du gisement de sakhaline. 
J’ai aussi évoqué le projet
sur lequel nous travaillons avec des partenaires indiens et Exxon". Poutine
accepte de collaborer avec les USA : c’est à dire de dépouiller les
Républiques d’Asie centrale de leurs ressources ? Le kazakhstan aujourd’hui
c’est le nouveau koweit, déjà un annexe du Texas. mais jusqu’ici les
pipelines étaient contrôlés par les Russes, d’où l’aide américaine aux
fondamentalistes Tchétchènes. La seule solution était de passer par
l’Afghanistan, d’où l’entente avec les Talibans. Cet alignement a aussi un
volet militaire, la dénonciation du traité ABM qui "organise l’équilibre de
la terreur", empêchant chacun de se doter d’une défense anti-missile. 
Si
Moscou refuse d’abroger ce traité, les USA le dénonceront unilatéralement
mais dans ce cas l’hostilité européenne pour peu crédible qu’elle soit dans
la vassalité otanesque demeurera. Si les russes sont d’accord, ça isolera
la Chine. Les Russes peuvent alors à terme entrer dans l’OTAN. On retrouve
dans la négociation la même conseillère (pétrolière) Condolezza Rice.

Dans cette situation compliquée rien n’est résolu. La Chine se tait, l’Inde
ne dit pas grand chose (elle est elle-même en proie à de grandes tensions
sociales et politiques). En Russie même l’alignement de Poutine et son
acceptation d’un protectorat américain sur l’Asie centrale, soulèvent de
grands mécontentements y compris dans l’armée. Quant au Pakistan, il se
sent dupe, pris en tenaille et craint une partition Patchoune. 
La "victoire
américaine" ressemble donc à une pre-implosion dans une des zones les plus
peuplée de la planète et de puissances nucléaires. Qui nous dit que le
cow-boy US ne va pas poursuivre dans la voie de ces victoires à la Pyrrhus
en allant porter le fer et le feu dans une autre zone baptisée terroriste ? 

La lutte pour la paix est plus que jamais d’actualité. 

 


 
P.S.

(1) Je signale à ceux qu’intéresse la vérité historique que Najibullah est
resté président d’Afghanistan depuis le retrait des Russes en 89 jusu’en
août 91 et que son Gouvernement de réconciliation nationale avait connu une
stabilité remarquable en particulier dans les villes, ce gouvernement est
tombé non seulement à cause des activités de l’ISI pakistanaise et de la
CIA, sans parler des commandos british soutenant les fondamentalistes et
les Moujahedines de Massoud, mais aussi par un terrible blocus provoqué par
Elstine qui n’avait rien à refuser aux USA.

 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes