La Culture comme sens et accomplissement…

Plus qu’une effigie identitaire collective, la face de la culture est celle de la nature sociale de l’homme, nature sociale qui imprègne, moule toute la nature humaine. Et pour faire court, disons que la culture est le catégorème du non animal, du non biologique de la nature humaine.

La Culture, cette catégorie de l’acquis qui diffère de l’inné et donc de la nature, du donné cosmique, est, paradoxalement la forme constitutive de la nature des ethnies. Mais ne nous y méprenons pas, la nature en matière ethnique, est une construction des élites, qui évolue à travers l’histoire. La culture est donc au cœur de la définition de soi des ethnies et des sociétés. La marque de manifestation de la weltanschauung d’une collectivité. L’espace de l’identité sociale.

La culture est sans conteste, un sujet éminemment polysémique, un espace où malheureusement les stéréotypes font rage et ravage. Au stade proprement anthropologique, la culture, si elle n’est pas hiérarchisable entre les peuples, constitue une configuration passible du jugement logique et moral de l’humanité. Avec ses conséquences positives ou désastreuses, sa fonction demeurait longtemps pleinement différenciante avant de ne l’être aujourd’hui qu’en partie. Le monde, c’est l’homme ajouté à l’univers. Il implique une vision, une conscience de l’univers auquel l’homme adjoint les artefacts de la civilisation, les acquis donc de la culture. Aujourd’hui la culture populacière propulsée à travers le populisme des médias, s’impose en mode de penser et d’être, une novlangue, avec une morgue balourde, quasi gnomique qui dénature toute la perception que les individus ont d’eux-mêmes et du monde, une véritable illusion par une sorte de taxinomie de fortune refondant le sens au moule des médias, tue les catégories pérennes de l’histoire : le sacré, le profane, le sérieux, le loisir, l’utile le superflu, le rentable et le transcendant non négociable, l’élitaire et le vulgaire… Cette nouvelle taxinomie comporte naturellement comme c’est le cas de toute catégorisation des choses humaines, une axiologie. Axiologie perverse où l’échelle des valeurs logiques et morales est totalement perturbée et vidée de son essence. Ainsi, le mérite change de sens et l’intelligence se réduit à non plus la compréhension pour une adaptation éclairée au monde mais à la reddition de soi au mode économique dont la thaumaturgie hypermatérialiste transforme, réinvente toutes les valeurs et le sens en un seul : la valeur d’échange.

Dans cet univers dénaturant et délétère, la prostitution a pris une stature de gloire où la star - amuseur adulé et enrichi du lupanar social - apporte la paix en créant la diversion collective des consciences, vendant le rêve faux des grands prédateurs et riches parasites du système politique et socio-économique que sont bien des banquiers, des politiciens et des chefs d’entreprises subventionnés par l’État avec l’argent des contribuables. Puis, tous ces zéros faits héros et érigés en icônes de l’ordre en cours participent de cet abêtissement par l’assouvissement d’instincts et de goûts démesurés de la foule pour les prostitués de luxe des grands médias : journalistes one man show, politiciens démagogues et populaires, intellectuels stipendiés, spécialistes vendus et véreux …

Pour la perfectibilité humaine passant par la culture…

Comme l’humanité elle-même, la culture humaine est et doit être perfectible. Elle devrait contribuer à débarrasser l’homme de ses tendances instinctes et primitives au mal, ses pulsions destructrices il lui est dévolu de l’améliorer dans le temps et l’espace. La culture comme émanation de la nature humaine dans le rapport de l’homme à soi, à la nature - que l’homme transforme en monde c’est-à-dire en environnement chargé de l’influence humaine par la gérance de l’univers terrestre immédiat exploité selon les projets et besoins de l’homme, mais aussi sa perception et interprétation du multivers cosmique, son autopositionnement dans ce multivers - doit constamment être mise sur la sellette du sens tant moral que finalitaire de la nature humaine voire de la nature tout court. On ne peut la laisser sévir au nom de la liberté contre la nature humaine et cosmique (environnementale) sans qu’elle mette en péril la terre entière et avec elle, bien-sûr, l’espèce humaine. Si l’arriération évidente d’une culture trop collée à la nature, reflète mal l’une des facultés de la nature humaine qu’est l’intelligence avec son perpétuel dépassement de la nature, la démesure des projets humains sollicitant la nature au nom de la performance et des besoins illimités des sociétés hyperindustrialisées est le revers mortel et barbare de la civilisation trop réifiante de la nature. En pays périphérique, la culture est entre démagogie et déshumanisation. Par exemple, le fait de garder l’identité, autorise certaines sociétés à pratiquer toutes sortes de mutilations et d’excoriations dangereuses dont la plus connue est l’excision mais qui prend des formes diverses chez plusieurs tribus. Ou encore l’identité maintient des pratiques religieuses pour le moins sales telles les potions puantes utilisées dans certains rites et la promiscuité sexuelle que d’autres pratiquent sans oublier la contiguïté de soi disant religions avec des actes de sorcellerie, qui gardent les populations impliquées dans une sorte de paranoïa mystique primitive !

Performance mercantile et Coprophilie publicitaire.

La force de la persuasion publicitaire et l’imposition molle et consensuelle du marché avec ses signes du prestige extrinsèque par la consommation (prestige nécessairement factice) , voilà l’une des plus sûres et puissantes assises idéologiques planétaires du capitalisme…

Les faits sont clairs, la culture, champ paroxystique de l’esprit humain n’est jamais neutre quant à ses conséquences sur les natures humaine et environnementale planétaire. L’homme qui, sans être créateur de la culture, cet englobant qui ne se crée pas, en est néanmoins l’« émanateur » c’est à dire le porteur par son expression sociale et environnementale a encore la capacité de revenir de ses errements de civilisé écocidaire (assassin de l’environnement et de la terre). Seule la capacité de l’homme occidental à réguler le monde qu’il crée à partir de la nature au-delà des pulsions d’abus ; seule son humilité à vouvoyer sans hypocrisie la nature humaine et terrestre, ces ineffables dons de Dieu, rendra digne l’esprit humain dans sa gérance d’un monde qui lui a été donné gratuitement et qu’il risque dangereusement de détruire. Stopper l’écocide - ce nom que je donne au véritable meurtre de l’environnement - ou mourir, tel est le destin de cette génération. Loin du médiolecte actuel, cet ensemble de locutions insensées des grands médias inféodés à l’économisme, il s’agit de reconnaître l’hyperproductivité (la croissance permanente) exigeant la surexploitation de la nature comme crime contre l’humanité et contre l’environnement. Il faut constater que l’obsession compulsive de vendre et de faire consommer est telle que la copromanie est mise à contribution par les publicitaires. Dans cet ordre d’idées, nous en sommes arrivés à l’ère de la publicité coprophile où, par exemple, certains vendeurs de détergents pour toilette n’hésitent pas, en flagrant irrespect de notre droit à l’hygiène du spectacle que nous recevons chez nous, à nous donner à voir les fèces et les microbes grossis que l’on y trouve ! De même, sous prétexte de recherche d’aide, la télévision se sert de la détresse humaine des malades, des miséreux et des infirmes pour recevoir des sommes !

Il faut résilier le pacte faustien avec l’économisme !

Une culture autocritiquée et revenant de ses excès mortels d’exploitation de l’homme et de la nature au nom de l’accumulation au moment où elle détruit tout, peut encore ralentir voire freiner le désastre d’un monde immonde où seul l’argent altérant le sens et l’accomplissement de la nature humaine, domine et détermine les choix politique d’une soi disant civilisation. L’homme s’est perdu sur la route de sa fondation du sens. Toutes crises provoquées par la civilisation humaine sont en fait des crises de sens. Un sens non abouti où les élites fondatrices du sens collectif des sociétés se sont soit fourvoyées en perdant leur route par manque de vision et de prospective, soit adonnées au massacre délibérer de tout bien collectif par délire de pouvoir et volonté cynique de dominer sur la société. Réformer la culture ou s’effondrer, tel sera pour la nature et pour l’homme l’action entéléchique du sens ou l’exaction meurtrière de l’absurde.

L’évènement du pouvoir, cet espace des attributs fondamentaux de l’homme que sont la pensée et l’action, ont engendré la culture dans l’interaction des hommes entre eux, des structures et des hommes et des hommes avec la nature et l’univers. Mais partout, ce surgissement de l’imposition des manières collectives de penser et d’agir, est marqué par la dégénérescence spirituelle et la forclusion morale de l’être humain retourné contre lui-même et contre le monde. Cette aliénation ontologique de l’homme se vérifie partout dans les rapports de l’homme à soi individuellement, socialement, espéciellement et dans son rapport à l’univers et au monde qu’il fait de son univers immédiat, la terre.

L’humanité reviendra-t-elle un jour de ses bestialités qui, s’enfonçant dans son animalité naturelle, laissent libre cours aux pires tares de la bête et rappellent bien la posture des mâles et femelles dominants des hordes et des hardes ! Sauf que dans le cas de l’homme, l’instinct sale et abject corrompant la raison rendue asthénique et percluse dans les torpeurs de la civilisation et aliénant jusqu’à la nature humaine, fait de la soi disant domination de la culture humaine sur la nature et de certains hommes sur leurs semblables, un abysse où vont s’inhumer les plus belles valeurs qui ont mérité à cette espèce, le prédicat humain.

En fait, enracinement et transcendance sont les deux schèmes de la culture. Enracinement dans la nature humaine profonde et transcendance de la nature avec qui il doit avoir un rapport de respect et de bon usager en tant que membre individuel et espéciel. La culture est noético-noématique car elle construit la réalié sociale par la weltanschauung collective imprimée aux individus, en signifiant l’univers. D’ou l’exigence des bonnes clés herméneutiques, essentiellement spirituelles pour éviter la perte ou l’altération du sens.

Ainsi la culture est pleinement une émanation de la nature humaine pensante qui la lui rend en la réinventant, engendrant sans cesse de nouvelles pensées jusqu’à remouler l’homme ! Au-delà des niaiseries, des sensibleries, des fumisteries de la culture populaire véhiculée par le monstre social jouant les vestales, l’angélisme, l’homme contemporain doit désapprendre pour apprendre à vaincre ses faux dépassements et rejoindre sa juste marche vers le sens loin du tintamarre d’une civilisation extravertie sans intériorité qui se pare et se gave des colifichets de la consommation et de la performance où les individus sont loin des derviches tourneurs exprimant un art de vivre mais des danseurs automates du concert idéologique étatico-social.

Contre la lorgnette de l’idéologie de consommation avec sa vision simpliste et étriquée de l’homme, il faut que la culture, cette sphère de transcendance de l’animalité primitive et sylvestre de loi de la jungle, laisse naître le nouvel homme libéré par la spiritualité et ses idéals de fraternité, de solidarité entre les membres des sociétés et entre les peuples tout en favorisant une autre ère de rapport responsable avec l’environnement. Loin d’un solipsisme idéel, l’individualisme en occident a pour fonction d’isoler les individus et de les rendre totalement dépendant du système

Ni rationalité bête de cupidité ploutocratique et impérialiste tel qu’en l’occident ni vision théologique éthérée pour éviter l’affrontement rationnel et libérateur de la lutte des opprimés contre le pouvoir comme c’est le fait de certains establishments du Moyen-Orient, l’heure d’une culture de libération bouleversera le confort des dominateurs de toutes origines, de toutes couleurs, de toutes religions, de toutes ethnies, de toutes nationalités...

Un nouveau faciès culturel est possible si, refusant les aménités des structures du mensonge et refusant les impudences de la presse people vis-à-vis de quoi les citoyens doivent toujours user de discernement intellectuel pour éviter l’avachissement même du concept de culture, les hommes s’élèvent à un peu de moralité spirituelle contre le matérialisme plat et desséchant qui transforme tout en marchandise. Il faut cesser l’essentialisation du règne culturel de telle civilisation donnée avec ses incidences d’ethnocentrisme et de sociocentrisme à tel moment de l’histoire, pour redonner son primat légitime à l’humanité, je veux dire la nature humaine dans ce qu’elle a de grand et d’éminemment transcendant. Identité, ipséité et altérité sont parties prenantes d’une fondation de soi et de l’autre que l’humanité doit englober pour le meilleur et comme force de vie sans en faire le pire ou la mort.

L’une des pires déroutes humaines contemporaines est celle de l’esprit et de sa faculté d’entendement par l’action à la fois systémique et systématique de l’école où le moulage des ignares connaisseurs par la rétention et la répétition remplace le devoir de penser par soi-même de l’intelligence en laissant se construire l’intellect.

Penser, penser, penser, acte définisseur de l’humanité et le penseur averti exercé à l’art de penser par interrogation et exigence de sens, est un hyperconscient qui constate et prend position.

L’ignorance étant en bonne partie l’état naturel de l’esprit, toute la connaissance prend pour l’homme, allure de fécondation de soi pour assumer la nature en élevant sa nature selon la loi de perfectibilité. Et si la pensée et l’action qui en naît, en tant qu’indication de la présence humaine, n’étaient que la métaphore qui exprime notre essence. L’homme est manifestation de du naturel et supranaturel et la vraie culture est l’assumation globale et méliorative de notre nature. D’où l’une des pires déviances de l’homme, ce qui le prive d’humanité et l’amenuise, c’est la dénaturation de la culture avec ces déferlements de mesquinerie, d’agressivité dominatrice des uns sur les autres, qui fait de l’homme un monstre contre l’homme.

Culture, bataclan idéel et historique de l’homme instaurant la civilisation comme habitus et expression !

En attendant une vraie révolution pleinement humanisante, nous sommes, avec la régnante ploutocratie et l’économisme stercoral qu’elle impose, à l’heure des stercoraires anthropomorphes qui dominent en tuant, s’enrichissent en réifiant, produisent en salissant, consomment en polluant et dirigent en réprimant, tout en s’autoproclamant juges et modèles dans la déchetterie qu’ils font de la planète...

Ne jamais oublier que le monde est l’ensemble des artefacts de la civilisation en tant que présence humaine dans le grand univers, la weltanschauung des cultures de l’humanité appliquée à la nature.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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