Guaino... de son prénom Henri : trou noir de l’âme

Un temps économiste au Crédit lyonnais, puis chargé de cours à l’ESCP Europe et à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, en mission à la direction du Trésor au ministère des Finances, adjoint au secrétaire général du Club de Paris, conseiller-maître à la Cour des comptes depuis septembre 2006...

Pendant la campagne de l’élection présidentielle de 1988, il sera chargé de réécrire les interviews de Jacques Chirac.

Plus tard, toujours aux côtés du même homme, on lui devra la lutte contre la fracture sociale.

Durant la campagne de la présidentielle de 2007, il sera le rédacteur des principaux discours de campagne de Nicolas Sarkozy avec (souvenez-vous !) les évocations de Hugo, Jaurès, Blum et Guy Môquet (Non ! On ne ricane pas svp !).

Bientôt, on lui devra aussi, entre autres thèmes, la « liquidation de Mai 68 » et la fin des repentances.

Après la victoire de son employeur en 2007, il sera nommé par ce même employeur conseiller spécial, et là, toujours commis aux écritures, en 2008, au plus fort d’une crise financière qui n’a toujours pas fini de nous en faire voir, il nous gratifiera d’un nouveau discours, discours dit de Toulon, prononcé (d’aucuns diront... énoncé) par un Sarkozy au sommet (1) : « L’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle... (...) L’économie de marché, c’est un marché régulé, le marché mis au service du développement, au service de la société, au service de tous. Ce n’est pas la loi de la jungle, ce n’est pas des profits exorbitants pour quelques uns et des sacrifices pour tous les autres (...) La crise actuelle doit nous inciter à refonder le capitalisme, le refonder sur une éthique, celle de l’effort et celle du travail... Il nous faut trouver un nouvel équilibre entre l’État et le marché... L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laisser-faire, c’est fini. Le marché tout-puissant qui a toujours raison, c’est fini..."

Quand on sait que depuis ce discours, ce même Sarkozy n’a eu de cesse de s’agenouiller devant les banques, les marchés et autres agences de notation, sans contrepartie aucune, et sans l’espoir aussi mince soit-il de reprendre un jour d’une main ferme les rênes de la décision politique, celle d’un Etat à la tête d’une nation encore capable, en grande partie, de décider de son destin même au sein d’une entité supranationale...

Elevé au biberon d’un gaullisme sans partage - « on ne brade pas la souveraineté d’un pays en échange de la promesse d’un gain de prospérité et de pouvoir plus qu’hypothétique » -, sans oublier l’incontournable : « On fait ce que l’on dit ou bien on ferme sa gueule ! »

C’est lui... c’est Guaino, de son prénom Henri !

Mais qui aujourd’hui se souvient encore que cet Henri Guaino a voté non au traité de Maastricht et au traité établissant une Constitution pour l’Europe ?

Ni don Quichotte, ni Prince Mychkine - il ne saurait avoir comme excuse une bonté qui confinerait à la naïveté, jusqu’à l’idiotie car, quand on a été comme lui très tôt dans la banque, on perd vite ses illusions de jeunesse et l’on gagne tout aussi rapidement à comprendre que seules les fins justifient les moyens...

Qui est donc ce Gaulliste qui s’évertue à rédiger pour le compte d’un Président à genoux devant tout ce qui ressemble de près ou de loin à une puissance d’argent ou à une campagne militaire, des discours emprunts d’indépendance, de justice pour tous dans le cadre d’une action politique qui se voudrait digne d’une Nation maître de son destin ?

Diable ! Qui est ce Guaino qui n’a de cesse d’alimenter en bavardage le fossoyeur même de tout ce qui fait Guaino, recul après recul, mensonge, esbroufe, tromperie, manipulation...

Un Guaino à la solde d’un Berlusconi à la française... « En politique tout est permis ; tout et son contraire ! » dont les discours ne sont jamais suivis d’une politique aux effets en lien direct avec ce qui a pu être énoncé (syndrome d’Obama !), tribune après tribune, interventions télévisées, interviews...

Discours dont toutes les options et axes contredisent, dans l’action au quotidien, le fond et les intentions, et la forme aussi, pour une jactance à la longue aussi indécente que perverse d’un Sarkozy promu au rang de Maître baratineur (terme utilisé par l’historien et démographe Emmanuel Todd - voilà les chercheurs du CNRS contraints d’avoir recours au vocabulaire de la rue pour nous parler d’un Président de palais élyséen) en Méphistophélès de cirque certes ! mais diable d’homme quand même ! pour un Guaino en Faust d’opérette condamné à remettre cent fois l’ouvrage sur le métier, et les couverts aussi, discours après discours, d’une plume fiévreuse... selon le principe : « Je sers donc je suis ! »

Après les larbins de la politique... voici venir un nouveau larbinisme : le SER-vage car... après Minc, Attali et tant d’autres... quiconque cesse de servir, meurt !

C’est à croire !

Mais au fait... qui trompe qui dans cette affaire ? Guaino trompant Sarkozy ou bien, Sarkozy Guaino et tous ceux qui restent dupes d’une parole qui semble n’engager que ceux qui l’écoutent, et certainement pas celui qui est chargé de la transmettre, et en dernier lieu, celui qui en est l’auteur ?

Car enfin... comment ce Guaino gère-t-il au quotidien, cet abîme qui sépare les actes de son employeur des discours de sa plume ? Abîme creusé par un loufiat de la politique passeur de plats des puissances de l’argent et des États dominateurs ?

Mais alors...

Et si tous ces conseillers auprès de ceux qui occupent les plus hautes fonctions se vivaient Président par procuration ? En retrait, dans l’ombre d’une jouissance toute secrète... interdite presque, honteuse, le temps d’un discours sur une estrade face à un public déjà conquis, et qui bientôt se lèvera comme un seul homme, comme une seule femme, en liesse, hurlant, extasiés par celui qui s’avèrerait alors n’être qu’un simple porte-voix ventriloque de tous les Guaino conseillers du Prince.

Orgueil à son paroxysme et prétention suprême ? Auto-illusion pitoyable ?

Pour un peu, on en viendrait à regretter les Bartleby de la politique, tous ceux qui s’abstiennent comme d’autres se retiennent, et qui... entre deux « je préférerais plutôt pas » - véritable sésame de tous les objecteurs de conscience politique, morale et éthique, face à ceux qui toujours tranchent et se jettent à l’eau -, ne sont pas dupes : un doigt ? Et c’est la main. Une main ? Et c’est déjà le bras ! Un pied ? Et c’est l’être tout entier qui sombre dans les rouages d’un système pour lequel... vraiment, c’est pas la peine, un système qui n’a ni queue ni tête dans le meilleur des cas, criminel et liberticide dans le pire...

Système entretenu par des conseillers insoucieux du fait suivant : à force de tremper ses mains dans le pipi... on finit Monsieur Toilettes ; et à faire l’âne pour avoir de l’avoine (notoriété, considération)... c’est bourricot que l’on devient, condamné à porter pour les autres, le poids de leur supercherie et de la manipulation des attentes de pauvres bougres qui en espéraient tant, mensonges éhontés sans nombre d’une présidence à l’autre, avec des Guaino passés maîtres dans l’art de l’auto-duperie.

Aussi, finira-t-on sans doute un jour, par y lire, sur leur visage (2) à tous, dans leur regard, et jusque dans les traits tirés de la servitude et de l’abaissement, tel un suicide ontologique, ce trou noir (3) de l’âme qu’est la négation d’une réalité pourtant criante de vérité, là, sous leur nez :

Ni pygmalions ni conseillers mais bien plutôt et plus simplement, larbins et complices d’une vaste entreprise de fumisterie qui n’a pas fini de creuser le lit d’un dégoût du corps électoral pour la politique et son personnel ; amertume et ressentiment jusqu’à souhaiter un jour mettre fin à un régime dit démocratique putain d’une république qui aurait alors pour seul modèle : la soumission à l’argent, la connivence, la collusion, la cooptation, le trafic d’influence, la concussion, l’abus de confiance et les bombes...

Discours après discours, qu’il soit ici permis de rappeler à Monsieur Henri Guaino qu’il n’est pas le dernier à contribuer à l’avènement d’un tel dégoût et à la mise en œuvre d’un tel modèle.


 
P.S.

1 - Sarkozy au sommet dans l’art de baratiner et de pipeauter les foules comme personne avant lui.

2 - Contractions musculaires et involontaires des muscles, soubresauts incessants de la joue, des paupières... et autres tics dits nerveux.

3 - En astrophysique, un trou noir est un corps dont le champ gravitationnel est si intense qu’il empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper ; et dans le cas qui nous occupe, celui de Guaino, on remplacera matière par... scrupules, remords, états d’âme...

 
 
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