LA CRISE DE L’UNION EUROPÉENNE - (Dollar contre Euro)

À PROPOS DE LA MONNAIE

Dans un écrit précédent - La guerre des monnaies - Dollar contre Yuan - 23.11.2011 (1) - nous avons expliqué la nature et le rôle de la monnaie dans une économie capitaliste avancée. La monnaie est un instrument financier imaginé pour assurer le commerce - national et international - de chacun et entre chacun des pays émetteurs d’une monnaie souveraine. Au début du développement capitaliste, avant l’émergence de l’impérialisme, la quantité de monnaie en circulation représentait assez fidèlement la valeur des biens et des marchandises disponibles dans une économie nationale. Ce n’est plus du tout le cas de nos jours et les masses monétaires en circulation outrepassent largement la valeur des biens disponibles.

Le système social capitaliste a connu l’ère de l’acier. Au cours de la première Guerre mondiale la puissance allemande était basée sur les gigantesques aciéries du groupe Krupp, celle des États-Unis sur les aciéries de la US Steel. Après la Seconde guerre mondiale le monde capitaliste fut soumis à l’industrie automobile. Un temps, General Motors fut la plus grande entreprise internationale. Puis, l’industrie informatique acquit ses lettres de noblesse et IBM, le producteur de superordinateurs, monta au faîte du capitalisme. Entre 1980 et 2000, l’industrie pétrolière se démarqua et le monde subit la dictature des entreprises Exxon et Royal Deutch Shell pour ne nommer que celles-là.

Chacun aura noté que ces différents secteurs industriels produisaient des biens tangibles, des marchandises consommables (acier, automobiles, ordinateurs, pétrole, gaz) contenant de la valeur, c’est-à-dire du capital (constant et variable) et de la plus value cristallisée, monnayable sur le marché des valeurs et dans les réseaux financiers.

LA CRISE DE LA MONNAIE DÉMONÉTARISÉE

Qu’en est-il aujourd’hui ? La société Facebook s’est inscrite en bourse et a recueilli 37 milliards de dollars US lors de ses premières émissions d’actions. Google a fait de même avec le même succès quelques années auparavant. Facebook (tout comme Google) offre des services de recherche et de gestion de données sur Internet. Matériellement et concrètement Facebook possède des bureaux administratifs, des ordinateurs, des routeurs, et emploie des informaticiens, des professionnels du marketing et des services conseils ; pas grand chose en termes de biens tangibles ou de marchandises concrètes, bref, rien en termes de force de travail matérialisée et de plus value cristallisée (2).

Comment une société comme Facebook peut-elle lever 37 milliards de dollars de souscription si l’entreprise ne vaut pratiquement rien par elle-même ? C’est que les investisseurs-spéculateurs, qui achètent les actions Facebook, comptent sur leur capacité de pomper la plus value produite dans les industries du vêtement chinois, dans les entreprises d’ameublement brésiliennes, dans les aciéries indiennes, dans les compagnies pétrolières et gazières arabes, dans les plantations africaines, dans les sociétés minières australiennes et canadiennes, bref, dans toutes les entreprises multinationales productrices de valeurs réelles, pour la canaliser vers ces services quaternaires parasitaires non producteurs de plus value et de valeurs réelles. C’est l’essence même du capital financier spéculatif (fusion du capital industriel et du capital bancaire).

Dans des économies impérialistes avancées, comme les États-Unis et la France, entre 75% et 80% de la main d’œuvre s’activent dans le secteur utile des services tertiaires et dans le secteur parasitaire du quaternaire - et moins de 25 % travaillent dans les secteurs primaire (agriculture, mines, énergies) et secondaire (industrie productrice des moyens de production et de biens de consommation) producteurs de plus value, c’est-à-dire de valeur économique monnayable sur les marchés.

Examinons maintenant la plus grande entreprise au monde en 2011. Wal-Mart c’est 2,150 000 employés - 421 milliards de chiffre d’affaires annuel et 16 milliards de profits en 2010 (3). Wal-Mart ne produit strictement rien, aucune marchandise, aucune valeur réelle, aucune plus value ; pourtant, cette firme génère d’énormes profits. Si Wal-Mart ne produit rien, où prend-elle la monnaie pour ses achats, d’où viennent les dividendes qu’elle distribue à ses actionnaires milliardaires ?

La fusion du capital industriel et du capital bancaire pour former le capital financier spéculatif et parasitaire explique cette transformation "de la non valeur" en profits. Sous l’impérialisme - stade suprême du capitalisme anarchique - le secteur quaternaire (spéculateur financier et boursicoteur, service bancaire, service informatique et consultant marketing, etc.) accapare via la bourse et l’actionnariat capitaliste la plus value produite en usine, dans les champs, dans les mines et dans les puits.

Cette gabegie est rendue possible grâce au capital financier démonétarisé - qui ne correspond plus du tout à la valeur des biens réels, tangibles, produits dans les secteurs industriel, agricole, minier et énergétique - ce qui permet aux capitalistes "de faire miroiter de la pseudo valeur", d’imprimer de la monnaie de singe, de spéculer sur cette monnaie fantôme jusqu’à ce que la réalité les rattrape et entraîne l’effondrement de cet échafaudage pyramidal frauduleux. Le système impérialiste anarchique en est là présentement. Voilà la source de toutes les crises économiques de notre époque historique et non pas l’avidité des peuples qui auraient vécu au-dessus de leurs moyens.

Les capitalistes, les magnats de la finance, voient maintenant s’évaporer cette monnaie virtuelle - fantasme boursier spéculatif - et plutôt que de se résigner à leur faillite ils tentent, via leurs sous-fifres politiques, de transférer le fardeau de cette dévaluation de leurs actifs boursiers sur le dos des peuples de la planète toute entière. C’est ce qu’ils appellent le remboursement des dettes souveraines par des contractions financières et l’austérité budgétaire afin de contraindre les peuples qui auraient parait-il "vécu au-dessus de leurs moyens" à payer pour un crime qu’ils n’ont pas commis. Ceux qui nous ont précipités dans la crise sont les mêmes qui prétendent aujourd’hui nous en sortir. Les économistes et les médias à la solde répètent ces insanités à satiété jusqu’à ce que vous le gobiez (4).

LA PSEUDO CRISE DE L’EURO

Une monnaie et une banque centrale sont deux instruments financiers qui fondent une économie nationale, la structurent, servant tantôt à financer l’investissement et le commerce ; et servant tantôt à thésauriser, assurer les régimes de retraite (actuellement menacés d’effondrement) et permettre la reproduction de la force de travail (éducation, soins médicaux, etc.). Chacun connaît cette loi économique triviale qui stipule qu’une monnaie forte nuit aux exportations et à l’emploi national, alors qu’une monnaie faible conforte les exportations et l’emploi. N’oublions pas toutefois que l’effet est exactement l’inverse en ce qui a trait aux emprunts et aux flux financiers spéculatifs. Autrement dit, avec une monnaie forte, comme le Franc suisse, le crédit est abondant et rentable et le gouvernement suisse n’a aucune peine à emprunter.

De cette loi économique il découle que si un ensemble d’États et de gouvernements, l’Europe par exemple, souhaitent se doter d’une monnaie commune ils ne peuvent éviter de se doter également d’une banque souveraine commune, d’une politique de l’emploi et de la formation commune, d’une politique de l’immigration commune, d’une politique commerciale commune, d’une politique financière et budgétaire commune. Les pays européens en sont là présentement et c’est pourquoi ils s’apprêtent à accepter la gestion commune bruxellisée de leurs budgets et de leurs politiques financières nationales (5).

Présentement un consensus rassemble les pseudo experts économistes et chacun annonce, Jacques Attali y compris, la disparition de l’Euro alors que c’est le dollar américain qui s’effondre... La valeur d’échange d’une monnaie est un indice de la vitalité d’une économie nationale ou communautaire (Europe). Au moment de sa création, il y a douze ans, l’Euro valait moins que le dollar (1 Euro = 0,82 $ en 2000). L’Euro serait, parait-il, en cours d’implosion et pourtant il s’échange présentement à un dollar trente cinq américain (1 Euro = 1,35 $ en 2011), soit un renchérissement de 60% en dix ans (6). Comment se fait-il que ces soi-disant experts s’évertuent à disqualifier l’Euro, bien coté, et à sublimer le Dollar dévalué ?

De façon générale, chaque État impérialiste défend les intérêts de toutes ses factions de classe capitalistes nationales ou régionales (Europe) et de façon spécifique, il défend les intérêts de la faction de classe capitaliste qui contrôle temporairement l’appareil gouvernemental. Mais attention, les États impérialistes membres de l’Union européenne et membres de l’OTAN sont à la fois en collusion et en concurrence entre eux. La création de la monnaie européenne unique fut une décision franco-allemande servant les intérêts du couple franco-allemand auquel se joignirent quinze autres pays européens.

Les États-Unis n’ont jamais vu d’un bon œil cette initiative de leurs alliés et concurrents impérialistes européens. Du temps où le Dollar florissant faisait la pluie et le beau temps en tant que monnaie du commerce international et en tant que devise de réserve mondiale, les banquiers américains toléraient ce concurrent encombrant.

En 2006, le Dollar étant menacé de perdre son statut de monnaie du commerce international et de monnaie de réserve mondiale, les banquiers et les boursicotiers de Wall Street amorcèrent une guerre pour empêcher l’Euro de leur ravir le rôle de devise spéculative mondiale. Il semble aujourd’hui que les banquiers américains aient réalisé qu’ils ont perdu ce combat.

Il est vrai que les agences américaines de notation Standard & Poor’s et Moody’s menacent régulièrement de dégrader les cotes des pays européens. Mais cette menace n’est pas fondée sur le manque de vitalité de l’Euro mais plutôt sur le poids de la dette souveraine qui accable chacune des économies européennes depuis la dernière crise boursière-bancaire américaine (2008), dette souveraine que les gouvernements européens ont plus de mal que les autres à faire payer par les peuples européens.

Les traditions de lutte ouvrière, sur le front économique notamment, sont plus solidement ancrées en Europe que sur n’importe quel autre continent. En d’autres termes, présentement nous n’assistons pas à une crise de l’Euro mais à une crise de la dette souveraine européenne.

LE JEU DES AGENCES AMÉRICAINES DE NOTATION

Le sept décembre dernier, l’agence américaine Standard & Poor’s a largement médiatisé - ce qui était l’unique objectif de ce spectacle médiatique - qu’elle songeait à dégrader la cote de tous les pays d’Europe, ce qui signifie en termes concis que l’agence américaine souhaitait que le couple franco-allemand impose la gestion fédérale des bureaucrates de Bruxelles et de la Banque Centrale Européenne (BCE) à chacune des économies nationales des pays de la zone Euro.

En termes encore plus précis, l’agence américaine Standard & Poor’s annonçait publiquement qu’elle déposait désormais ses œufs dans la corbeille de l’Euro puisque le dollar, à l’agonie, n’a plus aucun espoir d’éviter une dévaluation sévère. Menacer les larbins politiques européens d’augmenter le coût de leurs emprunts sur le marché obligataire, c’était leur forcer la main pour qu’ils signent l’accord concocté par Merkel-Sarkozy les jours précédents. Le couple MerKozy n’en demandait pas tant. Hypocritement contrits, ils s’empressèrent les jours suivants, à Bruxelles, de pousser le bouchon jusqu’au fond (7).

LE DIKTAT DE BRUXELLES

À Bruxelles, Merkel -Sarkozy n’ont pas fait le travail commandé par les Américains, ils ont fait le travail commandé par la classe capitaliste monopoliste européenne, allemande et française notamment - ces expressions "nationales" servant de point de repère pour localiser l’origine de ces capitalistes internationaux qui n’ont que faire des frontières nationales -. Merkel - Sarkozy se sont fait assister dans leurs activités de complétion de la construction de l’Union européenne - d’un gouvernement unique - d’une monnaie unique (la monnaie unique étant l’instrument résultant et non l’amorce du processus d’unification impérialiste), par les agences "américaines" de notation internationales Standard & Poor’s et Moody’s, dont le travail consiste à terroriser les gouvernements nationaux européens en les menaçant de décote depuis que ces gouvernements européens se sont rendus vulnérables et ont : 1) renoncé à émettre leur propre monnaie (ce que la Grande Bretagne a refusé d’abandonner, ce qui explique qu’elle bénéficie de l’autonomie requise pour refuser l’accord MerKozy) ;

2) accepté d’emprunter sur les marchés internationaux en devises unifiées (Euro) plutôt qu’en devise nationale et sur leur marché local (en effet, advenant un emprunt obligataire du gouvernement britannique auprès des citoyens britanniques, libellé en Livres sterling, c’est le gouvernement de Grande-Bretagne qui aura une dette envers la population de la Grande-Bretagne, d’où ce pays ne court aucun risque d’implosion monétaire).

Quoi qu’il en soit, cette mise en scène médiatique sur la décote probable des pays européens était frauduleuse. Le "socialiste" François Hollande le soulignait deux semaines auparavant : " La décote de la France a eu lieu sur les marchés boursiers. La France paie déjà les taux d’une cote double A". De même pour tous les autres gouvernements européens. Pourquoi ce spectacle médiatique pour menacer ces gouvernements d’une sanction déjà en application ? L’accord de Bruxelles, dans la nuit du 8 décembre 2011, se résume à ceci : " Les gouvernements européens vassaux, signataires de cette capitulation nationale totalitaire, doivent retourner sur leurs terres et imposer les restrictions de l’austérité, couper, émonder et rogner dans les services destinés à leurs métayers et réorienter l’argent ainsi épargné en direction des banquiers et ne plus pécher par compassion populiste ". Ainsi parlait Sarkozy au nom de ses maîtres et suzerains.

LA CRISE DU DOLLAR

Pour les riches américains il ne reste qu’une solution pour sortir du pétrin et c’est la solution proposée par Standard & Poor’s - l’austérité budgétaire et couper dans les services destinés au peuple américain - rogner dans la recherche scientifique - dans la recherche spatiale et même dans l’armement et l’armée - redéployer les troupes d’occupation vers quelques objectifs stratégiques majeurs ; se désengager de tous les fronts secondaires non essentiels - convertir en Euro leurs avoirs présentement libellés en Dollars ; inonder les marchés de dollars démonétisés (monnaie de singe) ; puis, dévaluer drastiquement le Dollar, donc, voler tous les porteurs de dollars d’environ 50% de leurs avoirs (ce qui comprend notamment tous leurs pays "amis" du Golfe Persique et les autres puissances pétrolières).

Croyez-vous un instant que le patriotisme des capitalistes américains les poussera à se laisser dévaluer et perdre la moitié de leurs biens mal acquis, la moitié de leur propriété privée, par amour du drapeau étoilé ? Ce patriotisme de pacotille est tout juste bon pour les petits porteurs - les pecnots des ghettos mais pas pour Salmons Brothers et pour ses frères de classe qui s’activent déjà à transformer leurs dollars en Euro et en Yuan et ne reviendront au Dollar qu’après la dévaluation planifiée. Cette terrible manœuvre (la dévaluation du Dollar) permettra, pensent les impérialistes américains, de les relancer à la conquête des marchés et de permettre aux USA de revenir dans la course pour la supprématie mondiale.

Pour les impérialistes européens il s’agit de consolider l’Euro sur le dos des petits créanciers (les petits porteurs obligataires toujours ardents défenseurs des riches banquiers qui les auront bientôt ruinés) et sur le dos des peuples désemparés, et ainsi, préparer l’Euro à affronter à la fois le Yuan chinois émergeant et le Dollar états-unien décadent, voilà le fondement de la nouvelle politique économique, financière et monétaire du groupe des puissances impérialistes décadentes du vieux continent EUROpéen (8).

Historiquement, le précédent Führer allemand appliquait la politique national-socialiste des grands capitalistes germaniques. Aujourd’hui, le couple Merkel-Sarkozy applique la politique monétaro-impérialiste des grands capitalistes franco-germaniques. Tous ces capitalistes multinationaux souhaitent une monnaie forte pour remplacer le Dollar mortifié, et l’Euro est la seule panacée qui s’offre à eux en attendant que le Dollar, fortement dévalué, ne renaisse de ses cendres, espèrent-ils... mais rien n’est moins certain car la super puissance chinoise veille.

Cette guerre des monnaies (Dollar-Euro-Yuan) est l’amorce de la troisième Guerre mondiale qui sera effectivement la plus dévastatrices de toutes. Ou bien la révolution mondiale conjurera cette guerre titanesque qui s’annonce, ou bien cette guerre effroyable entrainera la révolution.


 
P.S.
 
 
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