UN EPISODE OUBLIE DE LA LUTTE POUR L’EXERCICE DU MONOPOLE DE LA MEMOIRE DE LA SHOAH

LA BATAILLE ENTRE JERUSALEM ET PARIS DANS LES ANNEES 1950 AUTOUR DE LA CONSTRUCTION DU TOMBEAU DU MARTYR JUIF INCONNU DANS LA CAPITALE FRANÇAISE

Première partie

« Si Schneersohn ne respectait pas l’accord, Yad Vashem le menaçait de “guerre ouverte” [1]. »

Demeurés jusque-là presque sans effet, les arguments et les initiatives en faveur du combat contre l’oubli du génocide des Juifs d’Europe et de la lutte pour l’attribution du monopole de sa mémoire trouvent un écho chez les dirigeants politiques israéliens en 1953. Cette réaction favorable se traduit à la fois par le dépôt à la Knesset d’un projet de loi mémorielle de portée universelle et par l’engagement d’une épreuve de force avec la capitale française, où un groupe de Juifs issus de l’immigration caressait depuis plus de deux ans l’idée de construire un monument à la mémoire des six millions de victimes juives du nazisme.

Exercé sur le papier, puis dans la pratique par Yad Vashem - le principal mémorial israélien -, ce monopole lui est toutefois contesté de nos jours par le United States Holocaust Memorial Museum - le plus grand musée américain de l’Holocauste ouvert à Washington en 1993 - à la création duquel Israël n’a pas été en mesure de s’opposer.

Le jeune État hébreu avait pourtant réussi en 1953, certes sans jamais parvenir à mettre un terme à l’entreprise monumentale parisienne, à en limiter sérieusement la portée que lui destinaient ses premiers promoteurs. Même réduit à une fonction mémorielle strictement française, le Tombeau du martyr juif inconnu inauguré à Paris en 1956 n’en demeure pas moins le tout premier monument commémoratif de ce genre érigé dans le monde.

La présente étude se focalise, en la replaçant dans son contexte, sur la première grande bataille de la lutte incessante pour l’attribution du monopole de la mémoire de la Shoah : celle qui oppose Jérusalem à Paris dans les années 1950 autour de l’érection du Tombeau du martyr juif inconnu dans la capitale française [2]. Si l’histoire de son édification est relativement bien connue, l’épreuve de force qui s’engage à son sujet en 1953 mérite un nouvel examen approfondi [3].

En réalité, les études historiques consacrées à ce Tombeau ne sont pas légion. Seule l’historienne Annette Wieviorka, qui fait figure de pionnière dans ce domaine, l’a sérieusement étudié. En conséquence, ses travaux occupent une place centrale dans notre contribution.

Elle présente les premiers résultats de ses recherches à un colloque organisé à Bruxelles en 1985. Publié deux ans plus tard sous le titre : « Un lieu de Mémoire et d’Histoire : Le Mémorial du Martyr juif inconnu », le texte de cette communication donne naissance à son étude la plus complète sur le sujet [4]. Depuis la fin des années 1980, elle publie régulièrement les fruits de ses découvertes dans des ouvrages à caractère scientifique ou de vulgarisation [5].

Le recours à des publications récentes que l’historienne du mémorial ne pouvait pas consulter au moment de ses investigations initiales a tout d’abord permis d’éclairer certaines zones d’ombre du conflit mémoriel qui nous intéresse [6]. La consultation systématique de la Revue du Centre de documentation juive contemporaine - Le Monde Juif - a ensuite fourni une quantité d’informations sur le processus d’édification du monument commémoratif au centre de notre recherche [7]. Quelques coups de sonde ciblés dans les archives du Mémorial et du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ont enfin suffi pour valider une nouvelle lecture de la rivalité mémorielle qui nous préoccupe [8].

L’objectif est de déterminer si l’entreprise de la construction du Tombeau du martyr juif inconnu dans la capitale française entraîne la bataille qui oppose Jérusalem à Paris en 1953. Plus précisément, il s’agira de vérifier si la cérémonie de la pose de la première pierre de ce mémorial, le 17 mai 1953, déclenche, comme le prétend Annette Wieviorka, l’épreuve de force entre les deux capitales. Aussi, la pertinence de l’association étroite de cause à effet que l’historienne du mémorial établit entre la manifestation parisienne du 17 mai et l’ouverture, le lendemain à la Knesset, du débat parlementaire sur le projet de loi dite Yad Vashem fera-t-elle l’objet d’un examen minutieux.

De fait, comme elle l’explique dans ses études les plus complètes sur le sujet, c’est dans l’enchaînement de ces événements qu’elle décèle le début de la querelle en question : « Le 17 mai 1953, le jour de gloire est arrivé pour Schneersohn. Il peut jouir de son succès lors de la cérémonie de la pose de la première pierre. (…) Le lendemain de cette journée, les nuées se levèrent sur le tombeau, menaçantes. (…) Elles viennent de l’État d’Israël. C’est le début d’une bataille pour la mémoire dont l’enjeu engage la signification même du génocide [9]. » À ses yeux, le débat qui s’ouvre le 18 mai 1953 au Parlement israélien marque donc bien le commencement de ce conflit mémoriel.

En outre, comme elle le note dans d’autres publications, c’est encore dans la cérémonie du 17 mai 1953 qu’elle trouve la cause de la création du futur mémorial israélien : « la pose de la première pierre du Tombeau du martyr juif inconnu […] a pour conséquence le vote par la Knesset de la loi créant Yad Vashem » [10]. L’exactitude de cette affirmation sera aussi vérifiée. Si ses allégations ne résistaient pas à l’analyse, une interrogation cruciale s’imposerait d’emblée : pourquoi, alors qu’ils semblaient au départ favorables à l’initiative monumentale parisienne, les dirigeants politiques israéliens ont-ils subitement fait volte-face en 1953 ?

Entre-temps, plusieurs questions concrètes devront également trouver réponse. Quand et de quelle manière commence l’épreuve de force entre Jérusalem et Paris ? Quelles en sont les causes profondes ? Quel en est le déclencheur ? Quand et comment se termine-t-elle ? Qui sont les protagonistes de l’accord qui y met fin ? Quelles sont les conséquences de ce compromis pour le projet de l’érection d’un mémorial juif dans la capitale française ? Qui sont - s’il y en a - les vainqueurs de cette bataille mémorielle ? Qui s’adjuge pour finir l’exclusivité de la mémoire de la Shoah ? Le CDJC ou Yad Vashem ? Paris ou Jérusalem ? La France ou Israël ?

Composé à partir du processus d’édification du monument au centre de notre recherche, notre récit en suit fidèlement les étapes successives.

DE LA PRISE DE CONSCIENCE DE LA NECESSITE DE CONSTRUIRE UN MONUMENT EN PIERRE A PARIS A L’APPROBATION DE SON PROJET LE 8 NOVEMBRE 1950

Le projet de l’érection du Tombeau du martyr juif inconnu dans la capitale française est une initiative du CDJC qui « a pris forme en 1950 » - rappelle le président fondateur du Centre, Isaac Schneersohn, dans le rapport moral qu’il présente à l’assemblée générale du mémorial du 15 décembre 1957 [11]. Le combat contre l’oubli de la destruction des Juifs d’Europe ne justifie certainement pas sa création, mais il devient rapidement son objectif prioritaire. Par contre, cette lutte constitue dès le départ la raison d’être de l’entreprise monumentale du Centre.

Du « monument de papier »…

À la fin du mois d’avril 1943, Schneersohn réunit à Grenoble une quarantaine de personnalités juives de premier plan qui fondent le CDJC [12]. Même si, comme l’explique l’historienne Renée Poznanski dans une étude où elle démêle l’histoire de la légende qui recouvre sa création, les motivations premières ne sont pas limpides, « l’action accomplie dès l’automne 1944 à partir d’une idée dont son initiateur ne dévia jamais, justifie amplement le rôle qui fut dévolu au CDJC comme formateur d’une mémoire » de la Shoah [13].

Rappelée par la tragédie génocidaire, l’obligation juive à cultiver la mémoire trouve une justification supplémentaire au contact de l’amnésie qui enveloppe globalement la France dans l’immédiat après-guerre. Dans pareilles circonstances, cet impératif de la Loi juive pousse les animateurs du CDJC à se concentrer sur le combat contre l’oubli de l’extermination de leurs coreligionnaires [14].

Qu’est-ce qui caractérise ce contexte français propice à l’oubli ? En d’autres termes, dans quel environnement les Juifs de France, dont « beaucoup fuient leur judéité » vers 1950, se débattent-ils [15] ? Comme le résume Annette Wieviorka dans le premier article qu’elle consacre à l’histoire de la construction du mémorial parisien, ils se démènent alors dans un monde qui change : « On est en pleine guerre froide, et l’Allemagne reprend sa place dans le concert des nations. En France, la Loi d’Amnistie efface certains crimes des collaborateurs. La presse spécialisée dans l’antisémitisme reparaît, Rivarol par exemple qui, dans son numéro du 31 mai 1951, évoque un “mythe du génocide” [16]. »

Au tournant des années 1950, le contexte français favorise donc l’amnésie. C’est la raison pour laquelle Schneersohn commence à réagir. Dans un numéro du Monde Juif de l’année 1949, il publie un texte intitulé : « Il ne faut jamais oublier… » [17]. Au cours d’une réunion organisée l’année suivante en l’honneur du CDJC à Genève, il souligne que la priorité du Centre est précisément de s’« opposer à l’oubli » [18]. L’importance de ce combat pour le CDJC se mesure aisément dans le choix de « la devise “N’OUBLIE PAS” » que ses animateurs utilisent par la suite - comme le fait, par exemple, Schneersohn dans le rapport moral déjà évoqué [19].

Cette lutte capitale contre l’oubli du génocide semble pourtant très vite vouée à l’échec. Ses protagonistes imputent avant tout son insuccès au mauvais choix du support - le papier - avec lequel le CDJC combat l’amnésie ambiante.

D’une part, si le souvenir de l’historien Léon Poliakov est digne de foi, la vingtaine d’ouvrages dédiés à la mémoire des victimes juives du nazisme déjà publiés vers 1950 par les éditions du Centre ne parviennent « qu’entre les mains de deux ou trois cents souscripteurs, presque tous des Juifs dûment engagés » [20]. Pendant le même temps, la revue Le Monde Juif connaît des débuts « difficiles et balbutiants » [21]. D’autre part, la publication de « milliers d’ouvrages » généraux et spécialisés un peu partout dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale n’empêche cependant pas « la vie quotidienne avec ses besoins » de commencer « à étendre le voile de l’oubli » [22].

Mais les animateurs du CDJC ne se découragent pas pour autant. Dans une ultime tentative de « vaincre l’oubli » à l’aide d’un « monument de papier », ils décident « d’organiser une Exposition Internationale sous le titre “Du Cataclysme à la Vie nouvelle” » - un projet qui serait d’abord présenté à Paris, puis à New York [23]. En vain. L’amnésie a visiblement de plus en plus tendance à ensevelir tout ce qui touche à l’extermination des Juifs. Aussi au tournant des années 1950, comme l’expliquent les chercheurs Nicolas Weill et Annette Wieviorka dans une étude où ils comparent les processus de construction de la mémoire de la Shoah en France et en Israël, Schneersohn prend-il « conscience que le “monument de papier” que le CDJC a constitué par ses ouvrages et sa revue ne suffit pas à inscrire le Génocide dans la mémoire collective [24]. »

… au monument en pierre

Ce constat d’échec instille dans l’esprit des fidèles du CDJC l’idée de surmonter l’oubli de la tragédie génocidaire à l’aide d’un monument en pierre. Et les auteurs en 1951 du tout premier appel en faveur de l’édification du Tombeau du martyr juif inconnu à Paris plaident naturellement pour que le « dernier cataclysme soit gravé pour l’éternité dans une œuvre monumentale » [25].

Entre 1950 et 1951, l’idée d’ériger dans la capitale française un monument commémoratif en hommage aux six millions de victimes juives du nazisme s’insinue dans les consciences. Comment cette idée est-elle née ? A-t-elle simplement germé, comme l’affirme Annette Wieviorka, « dans l’imagination décidément fertile d’Isaac Schneersohn » [26] ? Ou bien est-elle le fruit d’un processus créatif plus collégial - comme le laissent entendre les propos de l’intéressé lui même ?

Une fois mise sur de bons rails, l’initiative architecturale du Centre ne manque pas de soulever un certain nombre d’objections en France - qui seront développées plus loin. Schneersohn espère étouffer cette polémique en racontant sa version de la genèse du mémorial dans un numéro du Monde Juif de l’année 1952. Conformément aux souvenirs de son collaborateur Jacques Sabille [27], il commence par y rappeler que l’intention de le construire dans la capitale française remonte à l’année 1950. Il explique ensuite que, « dans le courant de la même année, plusieurs sondages ont été effectués pour prendre le pouls de l’opinion. Cet examen minutieux et l’avis de personnalités les plus autorisées nous ont décidés à réaliser ce projet » - affirme-t-il enfin [28].

« Encouragés par un accueil si favorable », comme le note Schneersohn dans le rapport moral signalé plus haut, les membres du comité directeur du CDJC, rejoints en l’occurrence par les Grands rabbins de France et de Paris, Isaïe Schwartz et Jacob Kaplan, se réunissent le 8 novembre 1950 et approuvent « à l’unanimité » la version définitive de l’esquisse du futur mémorial parisien [29]. Même si l’idée initiale d’un monument en pierre, à laquelle il pouvait tenir obstinément en vertu d’une « extrême possessivité » légendaire [30], revenait à Schneersohn, son projet définitif, fruit du processus créatif décrit par l’intéressé lui-même, ne serait-il pas le résultat d’une décision plus collégiale qu’individuelle [31] ?

« On n’insistera jamais assez sur l’aspect novateur du projet schneersohnien » - prévient Annette Wieviorka dans un texte sur le Tombeau publié dans un récent recueil de conférences qu’elle cosigne avec l’historienne Sylvie Lindeperg [32]. Certes, le concept architectural aujourd’hui courant d’un bâtiment multifonctionnel - abritant à la fois mémorial, centre de documentation, salles de conférences et espace muséal - représente une réelle innovation au début des années 1950.

Mais le fait d’y revenir avec une trop grande insistance ne risque-t-il pas de laisser involontairement entendre que cette création s’est faite ex nihilo ? Or, ce n’est évidemment pas le cas. Aussi faudrait-il peut-être souligner simultanément que toutes les composantes réunies dans ce complexe mémoriel existaient déjà séparément ? L’originalité se résumant en l’occurrence à les rassembler pour la première fois sous un même toit.

Le projet du mémorial parisien reprend avant tout le concept et l’activité du centre de documentation. Le 21 novembre 1951, alors qu’il préside une réunion à l’Hôtel Lutétia à Paris où « la communauté israélite de France est invitée à soutenir le projet du Tombeau du Martyr Juif Inconnu », l’ancien résistant et député socialiste Jean Pierre-Bloch rappelle que le projet monumental, « a été conçu par le CDJC et constitue le prolongement de son activité remarquable au service de la cause juive » [33].

Il s’inspire ensuite clairement, comme son nom l’indique, du culte voué au soldat inconnu au lendemain de la Première Guerre mondiale. Comme le souligne l’homme de lettres et de radio Pierre Paraf, également collaborateur du CDJC, dans son exposé prononcé le 12 février 1951 à la toute première conférence de presse annonçant l’initiative architecturale parisienne : « le “Tombeau du Martyr Juif Inconnu” sera pour la communauté juive de France un haut lieu, tout comme le cénotaphe de l’Arc de Triomphe l’est pour la France » [34].

Il s’inscrit enfin dans le mouvement commémoratif qui se dessine dans l’immédiat après-guerre chez de récents immigrés juifs en France. Animées par un élan mémoriel spontané dont les promoteurs du complexe architectural parisien vont habilement savoir tirer profit, des communautés juives, comme les associations d’originaires de même localité (Landsmannshaften) par exemple, construisent ou veulent construire alors quantité de petits mémoriaux [35].

Dès 1951, dans une attitude qu’il est difficile de ne pas qualifier d’opportuniste, les membres de la commission spéciale pour l’érection du Tombeau dans la capitale française se mettent « d’accord pour considérer que le Mémorial au Martyr Juif Inconnu sera d’une signification très grande pour tous les groupements, dits “Landsmannschaften”, et d’autres sociétés juives, tant en France qu’à l’étranger. Autour du tombeau - assurent-ils - un emplacement sera réservé à l’aménagement d’urnes funéraires des centaines de communautés où toute vie juive a été anéantie, alors que les localités subsistent [36]. »

Le mécanisme de leur prophétie auto-réalisatrice semble fonctionner à merveille puisque, dès le mois d’octobre 1957 - soit seulement un an après son inauguration officielle -, « le Mémorial est en train de devenir la “maison” des “Amicales d’originaires…” » [37].

à suivre...


Notes

[1] Tom SEGEV, Le Septième million, Liana Levi, Paris, 1993, p. 500.

[2] Ce travail s’inscrit dans le cadre de recherches qui portent sur l’histoire de la mémoire de la Shoah dans quatre pays : Israël, les États-Unis, l’Allemagne et la France. Il doit beaucoup aux études d’autres chercheurs. Il a fait l’objet de plusieurs relectures. Que Dominique Vidal et les autres lecteurs trouvent ici le témoignage de notre reconnaissance.

[3] En quelques mots, cette bataille peut se résumer comme suit. D’abord visiblement favorables au projet de l’édification du Tombeau à Paris, les dirigeants israéliens font brusquement volte-face en 1953 - allant même jusqu’à essayer de le suspendre. Fin de cette même année, un accord règle le différend. Il conditionne sa construction et accorde sur le papier le monopole de la mémoire de la Shoah à Jérusalem.

[4] Annette WIEVIORKA, « Un lieu de Mémoire et d’Histoire : Le Mémorial du Martyr juif inconnu », dans Les Juifs entre la mémoire et l’oubli. Revue de l’Université de Bruxelles, 1987, 1-2, pp. 107-132. En 2004, cette étude fait l’objet d’une nouvelle publication qui reprend grosso modo le texte de 1987. (Annette WIEVIORKA, « Du Centre de documentation juive contemporaine au Mémorial de la Shoah », dans Génocides. Lieux (et non-lieux) de mémoire. Revue d’histoire de la Shoah. Le Monde juif, n° 181, juillet-décembre 2004, pp. 11-36)

[5] Annette WIEVIORKA, « La construction de la mémoire du génocide en France », dans Des usages de la mémoire. Le Monde Juif. Revue d’histoire de la Shoah, vol. 49, n° 149, septembre-décembre 1993, pp. 23-38 ; Nicolas WEILL et Annette WIEVIORKA, « La construction de la mémoire de la Shoah : les cas français et israélien », dans Les Cahiers de la Shoah. Conférences et séminaires sur l’histoire de la Shoah, Université de Paris I, 1993-1994, [n° 1], 1994, pp. 163-191 ; Annette WIEVIORKA, « Le combat de Justin Godart pour l’érection du “tombeau du martyr juif inconnu” », dans Annette WIEVIORKA (dir.), Justin Godart. Un homme dans son siècle (1871-1956), CNRS Éditions, Paris, 2004, pp. 125 135 ; Annette WIEVIORKA, Il y a 50 ans. Aux origines du mémorial de la Shoah, Mémorial de la Shoah, Paris, 2006, 31 p. ; Sylvie LINDEPERG et Annette WIEVIORKA, Univers concentrationnaire et génocide. Voir, savoir, comprendre, Mille et une nuits (Fayard), Paris, 2008, pp. 41-76.

[6] Ces publications seront signalées au fur et à mesure de leur utilisation dans notre travail.

[7] Sur Le Monde Juif, voir Diane AFOUMADO, « 1946-2006 : soixante ans dans l’histoire d’une revue », sur www.memorialdelashoah.org/up..., 50 p.

[8] Conservées dans le fonds MDXXXVI au Mémorial de la Shoah à Paris, ces archives étaient en cours de classement lors de notre visite en février 2009.

[9] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., pp. 121-122 ; Annette WIEVIORKA, « Du Centre… » loc. cit., p. 31. L’historienne insiste encore sur la succession immédiate de ces événements dans d’autres publications. « Il faut attendre la pose de la première pierre du futur Mémorial du martyr juif inconnu à Paris, en mai 1953, […] pour qu’Israël réagisse vivement, qu’un débat s’ouvre à la Knesset, et que soit votée la loi créant Yad Vashem ». (Annette WIEVIORKA, Le procès Eichmann, Éditions Complexe, Bruxelles, 1989, p. 17) « Le 17 mai 1953, lors d’une grandiose cérémonie dont la presse rend compte, la première pierre du “tombeau du Martyr juif inconnu”, qui ne deviendra mémorial qu’en 1974, est posée. La réaction israélienne est vigoureuse. Dès le lendemain de la cérémonie, un débat s’ouvre à la Knesset. » (Nicolas WEILL et Annette WIEVIORKA, loc. cit., p. 175) « La première pierre posée, il faut affronter l’hostilité d’Israël et les difficultés financières qui s’ensuivent. » (Annette WIEVIORKA, « Le combat… » loc. cit., p. 132) « Le 17 mai 1953, pour le dixième anniversaire du CDJC, a lieu la cérémonie de pose de la première pierre. (…) Dès le lendemain, un débat s’ouvre à la Knesset. » (Sylvie LINDEPERG et Annette WIEVIORKA, op. cit., p. 70)

[10] Annette WIEVIORKA, « La construction… » loc. cit., p. 29. Ce n’est pas la seule fois que l’historienne établit un lien entre la manifestation du 17 mai 1953 et la création de Yad Vashem. « Le Mémorial de la rue Geoffroy L’Asnier, dont l’initiative revient à des Juifs de l’immigration et dont la pose de la première pierre incita Israël à créer Yad Vashem, évoque le destin de l’ensemble du judaïsme européen. » (Annette WIEVIORKA, « 1992. Réflexions sur une commémoration », dans Présence du passé, lenteur de l’histoire. Vichy, l’occupation, les Juifs. Annales. Économies. Sociétés. Civilisations, vol. 48, n° 3, mai-juin 1993, p. 709) « En 1953, la première pierre en avait été posée, suscitant l’ire des Israéliens qui du coup, dépossédés de l’antériorité d’un tel projet, votèrent alors la loi créant Yad Vashem. » (Annette WIEVIORKA, L’Ère du témoin, Plon, Paris, 1998, p. 74) « Le débat à la Knesset qui aboutit à la création de cette institution nationale [Yad Vashem] a lieu après la grandiose cérémonie de la pose à Paris de la première pierre du “Tombeau du martyr juif inconnu” […] qui se déroule le 17 mai 1953. » (Annette WIEVIORKA, Déportation et génocide. Entre la mémoire et l’oubli, Hachette Littératures, Paris, Collection « Pluriel Histoire », 2003, pp. 437-438 - première édition : Plon, Paris, 1992)

[11] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 46. Voir aussi Le Monde Juif, vol. 7, n° 52, février 1952, p. 2. Homme d’affaires d’origine russe naturalisé français, Schneersohn est à la base de la fondation du CDJC dont il devient le président en 1946. Pour d’autres renseignements biographiques, voir Annette WIEVIORKA, « Du Centre… » loc. cit., p. 12. Sur le caractère privé de l’entreprise du CDJC, voir Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., pp. 112-113.

[12] Renée POZNANSKI, « La création du Centre de Documentation Juive Contemporaine en France (avril 1943) », dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 63, juillet-septembre 1999, p. 51.

[13] Ibid., p. 63. Sur l’histoire et la légende de la création du CDJC, voir Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., pp. 107-109 ; Nicolas WEILL et Annette WIEVIORKA, loc. cit., pp. 166-167 ; Renée POZNANSKI, loc. cit., pp. 51-63 ; Annette WIEVIORKA, « Le combat… » loc. cit., p. 127, n. 4.

[14] Sur l’obligation juive de se souvenir, voir Yosef Hayim YERUSHALMI, Zakhor. Histoire juive et mémoire juive, Gallimard, Paris, Collection « tel », 1991, 171 p.

[15] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 116. Sur l’abandon du judaïsme en France après la guerre, voir aussi Le Monde Juif, vol. 6, n° 40, février 1951, 2e page de couverture ; Le Monde Juif, vol. 6, n° 45, juillet 1951, p. 11.

[16] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 116. Sur des critiques du rapprochement précoce avec la République fédérale d’Allemagne (RFA), voir Le Monde Juif, vol. 6, n° 41, mars 1951, p. 9 ; Le Monde Juif, vol. 6, n° 45, juillet 1951, p. 11. Sur des signes de la résurgence de l’antisémitisme au début des années 1950 en France, voir Le Monde Juif, vol. 6, n° 44, juin 1951, p. 1 ; Le Monde Juif, vol. 6, n° 45, juillet 1951, p. 9.

[17] Le Monde Juif, vol. 4, n° 16, février 1949, pp. 6-7. Schneersohn y annonce l’exposition préparée par le CDJC : « Du Cataclysme à la Vie nouvelle ».

[18] Le Monde Juif, vol. 5, n° 30, avril 1950, p. 13.

[19] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79) janvier 1958, p. 47. Sur le « slogan “N’oublie pas” », voir Le Monde Juif, vol. 9, n° 1 (68), mars 1955, p. 28.

[20] Léon POLIAKOV, Mémoires, Jacques Grancher éditeur, Paris, 1999, p. 199.

[21] Diane AFOUMADO, op. cit., p. 1. Au tournant des années 1950, la revue du CDJC rencontre plusieurs difficultés : une interruption d’un an dans la parution (Le Monde Juif, vol. 3, n° 13, novembre 1948, pp. 1-2) ; un « gros déficit » (Le Monde Juif, vol. 5, n° 36, octobre 1950, p. 13) ; des problèmes de trésorerie (Le Monde Juif, vol. 7, n° 61, décembre 1952, feuillet non paginé placé avant la page 1) ; une nouvelle interruption de plusieurs mois dans la parution (Le Monde Juif, vol. 8, n° 67, mai 1954, p. 1). Sur les interruptions de 1953 et 1954, voir infra.

[22] Le Monde Juif, vol. 6, n° 40, février 1951, 2e page de couverture ; Le Monde Juif, vol. 2, n° 9-10, mai juin 1947, p. 39.

[23] Le Monde Juif, vol. 4, n° 16, février 1949, p. 7. Rien ne prouve que cette exposition ait jamais été présentée au public.

[24] Nicolas WEILL et Annette WIEVIORKA, loc. cit., p. 174.

[25] Le Monde Juif, vol. 6, n° 40, février 1951, 2e page de couverture. Voir aussi Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 47.

[26] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 115. Pour une mention similaire plus récente, voir Sylvie LINDEPERG et Annette WIEVIORKA, op. cit., p. 67.

[27] Sabille raconte ses souvenirs à l’occasion du vingtième anniversaire du CDJC en 1963 dans un article intitulé : « La création du “Mémorial” ». (Le Monde Juif, vol. 18, n° 34-35, juillet-décembre 1963, pp. 91-105)

[28] Le Monde Juif, vol. 7, n° 52, février 1952, p. 2. Le rapport moral, que Schneersohn présente au titre de président du comité exécutif à l’assemblée générale du mémorial du 15 décembre 1957, précise l’identité d’une quinzaine de personnalités dont les avis avaient été sollicités à propos du futur mémorial. (Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, pp. 47-48)

[29] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, pp. 47-48.

[30] Léon POLIAKOV, op. cit., p. 199. Le jugement de Poliakov est-il digne de foi ? Sur la mésentente entre Poliakov et Schneersohn, voir ibid., pp. 199-203.

[31] Cette décision n’émanait toutefois que de quelques Juifs proches du CDJC. En 1953, le président du Consistoire central de France reprochera justement à cette initiative de ne pas venir du judaïsme français. Sur cette accusation, voir infra.

[32] Sylvie LINDEPERG et Annette WIEVIORKA, op. cit., p. 68.

[33] Le Monde Juif, vol. 6, n° 50, décembre 1951, p. 11. Sur Jean Pierre-Bloch, voir Jean PIERRE BLOCH, Jusqu’au dernier jour. Mémoires, Albin Michel, Paris, 1983, 288 p.

[34] Le Monde Juif, vol. 6, n° 40, février 1951, p. 15.

[35] La question du nombre des petits mémoriaux ne semble pas encore tranchée. Pour Nicolas Weill et Annette Wieviorka, ils seraient « peu nombreux ». (Nicolas WEILL et Annette WIEVIORKA, loc. cit., p. 174) Pour Anne Grynberg, à condition qu’elle envisage bien les mêmes mémoriaux, ils seraient au contraire « extrêmement nombreux ». (Anne GRYNBERG, « Du mémorial au musée, comment tenter de représenter la Shoah ? », dans De l’horreur à ses représentations. Les Cahiers de la Shoah, n° 7, 2003, p. 113) De quelle manière Schneersohn considérait-il ces petits mémoriaux ? Lors d’une manifestation de 1951 organisée en l’honneur du CDJC à Genève, il les évoque comme suit dans son discours : « Je sais qu’actuellement on élève un peu partout des monuments aux victimes originaires d’une région définie, on incruste des plaques commémoratives sur les murs des synagogues ». (Le Monde Juif, vol. 6, n°45, juillet 1951, p. 11) Même si ces petits mémoriaux semblent assez nombreux à ses yeux, il considère que « tous ces actes de piété ont un caractère partiel et local. Ce que nous voulons, - insiste-t-il - c’est un monument qui ait un caractère général, élevé en souvenir de la totalité des victimes de la barbarie nazie. » (ibid.) Sur les limites des petits mémoriaux, voir aussi Le Monde Juif, vol. 6, n° 44, juin 1951, pp. 13-14.

[36] Le Monde Juif, vol. 6, n° 43, mai 1951, pp. 11-12.

[37] Le Monde Juif, vol. 11, n° 11 (78), octobre 1957, p. 43.


 
 
 
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