Le plaisir peut-il être une doctrine existentielle ?

Le plaisir - cette attraction de la sensibilité désirante - est fragile parce qu’état d’âme contingent, nécessairement fugace par nature comme tout état d’âme, quand il survient. Car le désir, ainsi que le disent les grandes religions, est porteur d’illusions avec leur train de désillusions torturantes, et toujours à grands risques de souffrance ! Et parce qu’il est tributaire du mouvement perpétuel des choses et situations et de l’impermanence des inclinations psychologiques et penchants sensuels, le plaisir ne peut en aucun cas, être le rocher sur quoi s’érige le bonheur. CLM

Quand je considère l’impossibilité de l’aponie épicurienne, Épicure lui-même étant vraisemblablement mort dans les atroces souffrances des calculs rénaux, je dis que vu les multiples aléas qui entourent la condition corporelle, seule la foi et son espérance en la miséricorde de Dieu (pour le croyant, le déterministe) ou la chance du bon "hasard naturel et génétique" (pour le non déterministe), peut préserver le vivant des potentiels dérèglements biologiques et possibles catastrophes organiques. Sachant que le corps de l’homme, comme tout être biologique, se renouvelle constamment en ses cellules et que son métabolisme sous-tendant d’improbables changements, peut amener au déséquilibre, cette cause de maladies, sans oublier les influences environnementales, l’alimentation à l’heure des manipulations chimiques exponentielles de l’agriculture et des cheptels animaliers, les répercussions épigénétiques des conditionnements écologiques et industriels sur le vivant, les risques et accidents de la vie quotidienne courante. En vérité, le principe de précaution, s’il préserve pour une bonne part la santé, ne saurait y suffire dans le monde de désastre contingent qu’est celui de la matière.

Le plaisir peut donc être un compagnon à vivre et à garder le plus possible et en toute frugalité mais jamais un attribut pérenne du corps ! Ce qui implique que la seule vraie et possible ataraxie doit, à terme, se placer strictement dans la transcendance spirituelle. Ni hédoniste, parce qu’allergique à toute platitude, ni même eudémoniste puisque les lois et conditions du fonctionnement optimal des cellules et organes du corps et de la parfaite convenance des situations humaines sont telles, que nul humain, nul être matériel, nulles entités immatérielles hormis Dieu, ne sauraient les contrôler. L’homme doit se travailler à être réceptacle de la félicité spirituelle qui vient du Créateur omniscient et omniprésent, ou il ne sera fatalement que proie de l’absurde, chose désespérante du malheur.

La sensibilité de l’éprouvance avec ses affects et représentations, responsable du bonheur et malheur chez l’Homme, est comme un mi-chemin des sommets et des abîmes ; seule la conscience travaillée ou non par l’Eprit en marche, déterminera l’une ou l’autre des susdites destinations pour la personne choisissante. Dans ce contexte de bonheur et malheur, certains cas de torpeur conscientielle, voire de non choix proche de l’aboulie, l’être humain vit parfois littéralement le dilemme d’âne de Buridan !

Le plaisir charnel se résume à l’assouvissement ; le plaisir intellectuel, bien plus excellent, s’éprouve quand l’entendement se dépasse par les conquêtes de création, de découverte ou d’invention. Le plaisir spirituel, quant à lui, est transcendance contemplative de la félicité promise, pressentie à venir.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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