Un épisode oublié de la lutte pour l’exercisse du monopole de la mémoire de la Shoa

2 - La bataille entre Jérusalem et Paris dans les années 1950 autour de la construction du tombeau du martyr juif inconnu dans la capitale française

Deuxième partie

DE L’APPROBATION DU PROJET A L’ENGAGEMENT DE LA BATAILLE MEMORIELLE ENTRE JERUSALEM ET PARIS EN MARS 1953

Trois mois après son approbation par le comité directeur élargi du CDJC (Centre de documentation juive contemporaine), le projet de l’érection du Tombeau du martyr juif inconnu dans la capitale française est rendu public. Le 12 février 1951, ses promoteurs organisent leur première conférence « devant une nombreuse assistance de représentants de la presse juive de Paris » [1]. Comme le compte rendu de cette conférence de presse l’indique, ils y exposent « la raison d’être d’une initiative qui est déjà entrée dans la voie de la réalisation » [2].

Les germes de la bataille

Le combat contre l’oubli du génocide constitue dès le départ la raison d’être de cette initiative monumentale. Cette lutte principale peut toutefois s’accompagner d’un ou plusieurs conflits latents. Les promoteurs du mémorial décident de le construire à Paris car, comme le spécifie Schneersohn dans le rapport moral qu’il présente le 15 décembre 1957, cette ville symbolise alors non seulement la « capitale spirituelle de la civilisation », mais encore le « carrefour des principales lignes de communication du monde » [3].

À cette époque, comme le soulignent de leur côté les auteurs en 1951 du tout premier appel en faveur de son édification à Paris, la capitale française forme aussi un « centre juif mondial » à part entière [4]. Avec un rayonnement si cosmopolite et une communauté juive aussi dynamique, Paris dispose donc d’atouts majeurs pour devenir un jour, sauf si Jérusalem, où quelques personnalités caressent le projet de l’édification de Yad Vashem, l’en empêche, le centre mondial de la mémoire juive du génocide.

Les défenseurs du monument parisien insistent aussi sur son importance universelle, comme le fait par exemple Schneersohn lorsque, dans le rapport qu’il présente le 8 octobre 1952 à la première réunion du comité d’action parisien pour l’érection du Tombeau, il « souligne la portée tant juive qu’universelle de cette œuvre actuellement en pleine phase de réalisation  » [5]. Chargés d’une mission aussi vaste, ils pourraient donc s’emparer, volontairement ou non, de l’exclusivité de la mémoire de la Shoah — sauf si les partisans de Yad Vashem, eux aussi intéressés par ce privilège exclusif, se l’appropriaient entre-temps.

Dans la perspective qui est la nôtre, l’aspect le plus important dans le choix d’ériger le futur mémorial à Paris est qu’il recèle en son sein les germes de l’épreuve de force à venir.

Le comité mondial de patronage

En attendant, les promoteurs du monument parisien ne chôment pas. Au début de l’année 1951, leur initiative entre dans sa phase de réalisation. Son comité mondial enregistre plusieurs nominations effectives dès février 1951 [6]. La création des autres comités va également bon train. Comme le raconte Annette Wieviorka dans son article pionnier déjà cité : « En un temps record, Isaac Schneersohn met sur pied une organisation transnationale. Il s’adresse par courrier aux grands de ce monde, avec une prédilection marquée pour les personnalités de sang royal, leur proposant d’entrer dans le comité mondial de patronage du monument et de présider des comités nationaux, aux côtés de responsables juifs [7]. »

Publiée sporadiquement en 1951 dans la revue du Centre, la liste des membres du comité mondial s’allonge chaque fois de plusieurs noms de personnalités de premier plan [8]. Le haut patronage que lui apporte le président de la République française Vincent Auriol le 19 avril 1951, au terme d’une audience accordée à une délégation du CDJC conduite par l’ancien parlementaire Jean Pierre-Bloch, couronne cette campagne de demandes de soutien en faveur du futur mémorial [9].

Le haut patronage israélien

Ainsi, les promoteurs parisiens disposent déjà d’un projet « en voie de réalisation » [10] — tant en ce qui concerne les comités de patronage que la conception architecturale du bâtiment dont il sera question plus loin — lorsqu’ils décident de consulter les autorités politiques israéliennes au mois de juin 1951. Lesquelles sont plutôt mises devant le fait accompli.

L’ancien ministre radical de la Troisième République Justin Godart, un proche de la première heure du CDJC et de Schneersohn, qui « joue un rôle très actif dans l’élaboration du projet de Tombeau dont il préside le comité mondial », accepte de mener des consultations — malgré son ignorance de l’anglais [11]. Le 18 juin 1951, alors qu’il s’envole pour l’État hébreu, Godart écrit au président Chaïm Weizmann et au Premier ministre David Ben Gourion pour solliciter leur « haut patronage » [12]. Sur place, si le témoignage de son petit-fils est fiable, il consulte d’abord Ben Gourion le 28 juin, puis Weizmann le 2 juillet 1951 [13].

Après ce « séjour en Israël », Godart réitère avec succès ses demandes de haut patronage [14]. Pourquoi les promoteurs du projet monumental parisien attendent-ils juin 1951 pour le soumettre aux dirigeants politiques israéliens ? Leur comportement demeure une énigme. Surtout s’ils estimaient, comme le prétend après coup Schneersohn dans le rapport moral déjà mentionné, « qu’un projet d’une telle portée pour la cause juive ne pouvait être mis à exécution sans que les Chefs de l’État d’Israël fussent consultés à son sujet » [15].

Qu’est-ce qui les pousse à solliciter leur haut patronage précisément à ce moment là ? Profitent-ils simplement, comme l’affirme Schneersohn dans le même rapport, d’un voyage de Godart en Israël « où il se rendait sur invitation du Gouvernement » [16] ? Hormis ces indications tardives, la documentation consultée reste muette à ce sujet.

Si l’on pouvait faire confiance sur ce point aux souvenirs de l’auteur du rapport moral susmentionné, alors l’ancien ministre français leur aurait présenté le plan du mémorial parisien en insistant sur « l’importance de sa réalisation au moment où Yad Vashem n’était pas encore en pleine activité » [17]. D’où une question en suspens : les promoteurs parisiens ont-ils profité de l’état d’avancement de leur projet et de l’impossibilité d’agir de leurs homologues israéliens pour le leur soumettre [18] ?

Sans délai, les noms des deux dirigeants historiques de l’État hébreu figurent en haut de la liste nominative des personnalités qui soutiennent l’entreprise monumentale du CDJC [19]. Comment interpréter leur attitude visiblement favorable au projet parisien en 1951, alors que — Ben Gourion en tête — ils lui seront résolument hostiles deux ans plus tard [20] ? Pour résoudre cette nouvelle énigme, un détour par l’histoire de Yad Vashem est indispensable.

Comme dans le dossier du mémorial parisien, le nom d’une forte individualité d’origine russe — dont l’historien Tom Segev fait le portrait et retrace le parcours dans son ouvrage de référence sur les Israéliens et le génocide [21] — domine l’affaire de Yad Vashem à Jérusalem. Il s’agit de Mordechaï Shenhabi : « un sioniste de la première heure » qui se double d’un « créatif, jamais en mal de projets », mais aux motivations inconnues [22]. Pendant une douzaine d’années — de 1942 à 1953 —, il s’efforce de convaincre les autorités politiques de son pays de la nécessité d’« intégrer le souvenir de la plus grande catastrophe du siècle au projet sioniste » à travers l’édification de Yad Vashem et de lui confier « le monopole de la mémoire du Génocide » [23].

Si ses motivations demeurent obscures, son double objectif ne nous échappe pas. D’un côté, il partage avec Schneersohn la même volonté de « combattre tout signe d’oubli » du génocide à l’aide d’un monument en pierre — le seul moyen à ses yeux « pour que le lien entre l’extermination des Juifs et la création de l’État [d’Israël] puisse être clairement établi » [24]. De l’autre, il insiste — à l’inverse de son homologue français qui se bat en faveur de Paris — pour que Jérusalem se voie confier le privilège exclusif de la mémoire de la Shoah.

Ainsi, l’initiative mémorielle de Yad Vashem entre directement en concurrence avec celle du CDJC — et vice versa. Dès septembre 1942, alors que le processus d’extermination n’en est encore qu’à ses balbutiements, Shenhabi soumet une ébauche de mémorial — une variante de Yad Vashem — aux membres du conseil du Fonds national juif [25]. Dans un premier temps, ils ne lui témoignent « aucun enthousiasme » [26]. À l’époque, ils caressent il est vrai un projet concurrentiel — la forêt des Martyrs — dont Shenhabi parvient cependant à réduire la portée avant qu’il ne se solde lui-même par « une déception » [27].

Stimulé par les rares signes d’encouragement des autorités politiques de son pays, Shenhabi ne cesse de persévérer dans la promotion de son entreprise monumentale [28]. Et tout à coup, comme le note Tom Segev dans son ouvrage de référence déjà cité — à une date qu’il ne spécifie pas mais vraisemblablement vers le mois de mars 1953 —, Shenhabi « réussit à convaincre le Premier ministre Ben Gourion et le ministre des Affaires étrangères Sharett de s’opposer à la construction d’un mémorial du Génocide à Paris, proposé par Isaac Schneersohn » [29].

Ce détour par la genèse de Yad Vashem terminé, il nous appartient de reformuler notre interrogation de départ. Pourquoi les responsables politiques israéliens adoptent-ils d’abord, en 1951, une attitude apparemment favorable au projet monumental parisien, alors qu’ils lui voueront ensuite, en 1953, une vive hostilité ? L’examen de la première partie de la question se fera ici ; celui de la seconde suivra plus loin.

À l’exception de Shenhabi, qui avait immédiatement compris la nécessité de « combattre tout signe d’oubli » de l’extermination en édifiant un monument en pierre à Jérusalem, force est de constater avec Tom Segev que, « pour les dirigeants du yishouv » comme pour ceux de l’État d’Israël par la suite, « le mémorial du Génocide n’était pas une priorité » [30].

Comme l’explique l’historien israélien dans le même ouvrage de référence : « non seulement il y avait des tâches plus urgentes » à effectuer — comme créer, puis consolider l’État hébreu — mais en plus « personne ne savait vraiment [comment] s’y prendre pour édifier une mémoire collective » [31]. Fallait-il ériger un « monument de papier » plutôt qu’un monument en pierre ? Si l’on optait pour un bâtiment en dur, à quel endroit fallait-il l’édifier ?

Une autre question vitale mobilise alors beaucoup les énergies des dirigeants israéliens : celle des réparations allemandes [32]. En 1951 et 1952, cette affaire se trouve même au centre de leurs préoccupations. L’attitude conciliante envers les Juifs du chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer avait favorisé dès 1950 l’ouverture de discussions secrètes entre Israël et la République fédérale d’Allemagne (RFA) [33]. Deux années de laborieuses négociations seront encore nécessaires pour que des accords soient finalement signés à l’hôtel de ville de Luxembourg, le 10 septembre 1952 [34].

Si, comme le note Tom Segev dans son ouvrage de référence susmentionné, « l’argent alloué à Israël était explicitement destiné à couvrir les frais de l’absorption et de la réinsertion des survivants du Génocide » [35], cette manne financière ouest allemande aurait également constitué « un facteur décisif dans l’essor économique d’Israël pendant ces dernières années » — comme l’écrit dans son autobiographie Nahum Goldmann que Ben Gourion regardait comme le responsable de la signature de ce traité [36].

Dans ces circonstances (consolidation de l’État d’Israël dont l’essor économique dépend en partie des accords sur les réparations ouest allemandes), la création de Yad Vashem ne peut pas encore représenter une priorité pour les dirigeants israéliens. Qui en Israël, à part l’opposition politique, risquerait de faire avorter les négociations cruciales avec la RFA en lançant officiellement un projet mémoriel (Yad Vashem) qui entre directement en concurrence avec celui déjà en voie de réalisation à Paris ? Pareille rivalité contrarierait à coup sûr leur bon déroulement par le retour prématuré sous les feux de l’actualité de questions qui, comme celles du génocide et de la culpabilité allemande, ne sont plus à l’ordre du jour depuis un certain temps en dehors du huis-clos de ces pourparlers.

Faut-il dès lors s’étonner qu’au terme des consultations qu’il mène en 1951, Godart obtient assez facilement le haut patronage des président et Premier ministre israéliens — lesquels sont alors plutôt pieds et poings liés ?

Au début des années 1950, les dirigeants israéliens ont assurément d’autres chats à fouetter. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne perçoivent pas la concurrence potentielle que le projet architectural du CDJC recèle à l’encontre du leur encore dans les limbes [37].

Leur haut patronage occupera par la suite une place centrale dans l’argumentaire des promoteurs parisiens. Dans une lettre qu’il adresse au président de Yad Vashem au tournant de la bataille mémorielle de 1953, Godart revient assez longuement sur la question de leur « adhésion pleine et entière » en 1951 et sur l’énorme influence qu’elle a eue en Europe [38].

Y écartant dans un premier temps toute idée d’« opposition » ouverte entre la diaspora et Israël, il finit quand même par s’interroger : « si cela était, dans quelle situation décevante seraient placées les personnalités européennes qui ont été sensibles à l’adhésion des Présidents Weizmann et Ben Gourion et les ont suivis » [39] ? « D’autres personnalités de premier plan, juives et non-juives », comme le président du Congrès juif mondial Nahum Goldmann, accordent leur patronage à l’initiative parisienne par la suite [40].

La concrétisation d’un projet…

Le récit de l’histoire de l’érection du Tombeau du martyr juif inconnu dans la capitale française reprend là où il a été interrompu — c’est-à-dire au milieu de l’année 1951. Encouragés par les nombreuses marques de soutien recueillies un peu partout dans le monde, les promoteurs parisiens s’attellent alors activement à la matérialisation de leur projet suivant trois axes qui peuvent parfois se recouper : la propagande — soit, dans le langage de nos jours, les actions promotionnelles et de relations publiques —, la construction et le financement [41].

Pour faire connaître leur projet monumental dans le monde entier, ils lancent diverses actions de propagande. À la campagne de demandes de patronage déjà signalée, s’ajoute l’envoi de « brochures de propagande […] vers les quatre coins du monde » — rappelle Jacques Sabille dans l’historique du mémorial qu’il rédige à l’occasion du vingtième anniversaire du Centre en 1963 [42]. Ils organisent aussi des rassemblements de soutien et diverses conférences — tant en France qu’à l’étranger.

Mais avant tout, ils créent des comités nationaux destinés à rassembler les fonds nécessaires à son édification. Ces comités constituent la clé de voûte de leur organisation. Comme le raconte Annette Wieviorka dans son article pionnier déjà mentionné : « Schneersohn envoie ses missi dominici parcourir le monde pour susciter la création de comités nationaux chargés de collecter les fonds. Jean Pierre Bloch — c’est lui qui paie le plus de sa personne — fait une tournée triomphale en Afrique du Nord, et se rend aussi en Suisse, au Danemark, en Norvège. Justin Godart parle en Suisse et au Luxembourg, Léon Meiss en Belgique [43]… »

Comme cela a été signalé plus haut, les premières étapes de la construction du Tombeau sont antérieures au voyage que Godart entreprend en Israël au milieu de l’année 1951. C’est vraisemblablement durant le mois d’avril de cette année-là que s’ouvre le « débat sur la conception architecturale du Mémorial » [44].

La deuxième réunion de la « Commission Spéciale pour l’érection du Mémorial du Martyr Juif Inconnu » se tient le 11 mai 1951 sous la présidence de Georges Huisman, conseiller d’État et directeur général des Beaux-Arts [45]. Juif lui aussi, ce haut fonctionnaire veille scrupuleusement à ce que la demande d’octroi de terrain ne s’égare pas dans le dédale administratif de la Ville de Paris. La réponse des autorités locales tarde quand même pendant toute une année…

Le 10 avril 1952, le conseil municipal de la capitale décide de « concéder », pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans et moyennant un loyer symbolique, « le terrain communal situé […] à l’angle des rues Grenier sur l’Eau et Geoffroy l’Asnier et de l’impasse Putigneux » au CDJC chargé d’y construire le monument commémoratif dédié au martyr juif inconnu [46].

Mais l’engagement de Huisman ne s’arrête pas en si bon chemin [47]. En juin 1952, il déclare que les membres de la commission spéciale qu’il préside veulent « aller vite » [48]. L’intérêt que l’initiative monumentale du CDJC suscite ne les aveugle pas : ils ne comptent « obtenir un soutien général du public juif que lorsque le Tombeau sortira de terre » [49]. C’est la raison pour laquelle ils souhaitent activer le mode de sélection des architectes. À leurs yeux, « la procédure du concours » prévue au départ « serait trop longue » [50].

Les préparatifs de la construction semblent s’accélérer par la suite. Au mois de juin 1952, la commission spéciale appelle Georges Goldberg, Alexandre Persitz et Michel Weill : trois architectes juifs dont les deux premiers ont été « personnellement touchés par la terreur hitlérienne » — souligne Schneersohn dans le rapport moral déjà cité [51]. Trois ou quatre mois plus tard, ils présentent un avant-projet du monument [52].

Par souci d’efficacité, le comité directeur du CDJC délègue ensuite à Huisman « les pouvoirs nécessaires pour réaliser toutes les conventions avec la Ville de Paris » au sujet du terrain [53]. Et le 29 novembre 1952, le comité d’organisation de la cérémonie de la pose de la première pierre entre en fonction [54].

… qui ne fait pas l’unanimité

Prévue au départ à la fin de l’année 1952, puis le dimanche 19 avril 1953 pour marquer le dixième anniversaire de la révolte du ghetto de Varsovie, cette manifestation est finalement reportée à la date du 17 mai 1953 [55]. Comment expliquer ces renvois successifs ?

Par « une double difficulté » — suggère Annette Wieviorka dans l’étude qu’elle consacre à l’action de Godart en faveur du futur mémorial [56]. Le problème administratif — des lacunes dans le dossier architectural — se règle facilement. Par contre, la difficulté politique — la présence à cette cérémonie du chef de l’État français ou de son « Premier ministre » — n’est que partiellement surmontée : le président du Conseil René Mayer y « sera seulement représenté » — précise t elle [57].

« Est-ce l’effet de l’affaire Finaly » ou l’influence de « l’hostilité de Guy de Rothschild », le président du Consistoire central de France, « qui ne cache pas “qu’il est contre la présence du président de la République à la cérémonie, vu que l’initiative du Tombeau ne venait pas du judaïsme français” » qui explique l’absence du président du Conseil, juif lui aussi — s’interroge encore l’historienne [58] ?

Une autre absence potentielle, annoncée trop tardivement pour avoir quelque incidence que ce soit sur le calendrier de la manifestation, tracasse sérieusement les promoteurs parisiens : celle d’un représentant du gouvernement israélien.

Alors qu’« il y a un mois environ, j’ai été informé » téléphoniquement « que le Gouvernement que vous présidez serait représenté à la cérémonie de la pose de la première pierre du Tombeau du Martyr Juif Inconnu par l’un de ses membres », s’inquiète Godart dans un projet de courrier du 30 avril 1953 qu’il destine au Premier ministre israélien Ben Gourion, « je viens de recevoir une lettre, datée du 16 avril » 1953 qui « m’annonce qu’il le sera par l’Ambassade de Paris » [59]. Sa demande de réexamen de la question ne restera pas sans fruit : un représentant spécial du gouvernement israélien sera finalement délégué sur place le 17 mai 1953.

Conformément à l’accord qui règle le différend entre les deux capitales en décembre 1953, le comité du mémorial parisien s’engage à renoncer « à toute collecte de fonds, à l’avenir » [60]. Les comités nationaux créés à cet effet avaient donc réussi à recueillir quelques dons. Plus de dix millions de francs, dont la provenance exacte nous échappe, sur un total de cent vingt figurent effectivement sous les recettes des années 1951 et 1952 dans le bilan au 31 décembre 1956 du Tombeau du martyr juif inconnu [61].

Comme « seul le judaïsme des États-Unis était en mesure de nous donner les moyens nécessaires pour réaliser notre projet », expliquent après coup les auteurs du rapport financier présenté à l’assemblée générale du mémorial du 15 décembre 1957, Schneersohn se rendit plusieurs fois dans ce pays où une « grande campagne de collecte » devait s’ouvrir pendant l’automne 1952 [62]. Rien ne prouve toutefois qu’elle y ait jamais été organisée. Le bilan au 31 décembre 1956 qui précise pourtant l’origine géographique de la quasi-totalité des subsides encaissés n’en spécifie aucun en provenance des États-Unis [63].

L’« accueil extrêmement chaleureux » que l’entreprise monumentale du CDJC rencontre d’emblée en France « auprès de divers milieux et de larges couches de la population juive » de même que chez « des personnalités juives éminentes », n’empêche évidemment pas la manifestation simultanée d’un certain nombre de critiques à son sujet [64].

« Une polémique » déjà évoquée, lancée à la fin de l’année 1951 dans la publication sioniste La Terre Retrouvée, rebondit à la une du Monde Juif au début de l’année suivante lorsque la rédaction de la revue — Schneersohn en tête — tente de l’étouffer [65]. Parmi les adversaires du futur mémorial, certains s’interrogent sur la pertinence du choix de la capitale française comme lieu pour ériger un monument dédié à la mémoire des six millions de victimes juives du nazisme [66].

Face à de pareilles objections, les promoteurs parisiens s’appuient avant tout sur le soutien des dirigeants politiques israéliens. Ni le président Weizmann ni le Premier ministre Ben Gourion « n’ont vu dans le projet parisien contradiction ou concurrence et ils lui ont accordé à bon escient leur haut patronage » — prétend le rédacteur en chef de la revue du CDJC dans sa réfutation de certaines critiques [67]. De même, comme le note Schneersohn dans le rapport qu’il présente le 8 octobre 1952 à la première réunion du comité d’action parisien pour l’érection du Tombeau : « le patronage accordé par les plus hautes personnalités israéliennes […] confirme la justesse de nos vues » [68].

Malgré le poids de ces arguments, le désaccord d’une fraction de la communauté juive de France persiste jusqu’à la cérémonie de la pose de la première pierre — le 17 mai 1953. Il reprendra de plus belle par la suite…

Au mois d’avril 1952, Schneersohn avait l’intention de se rendre pendant une quinzaine de jours en Israël pour y solliciter de nouveaux soutiens en faveur du projet monumental du CDJC [69]. Même s’il y recueille la promesse du haut patronage de Yosef Sprinzak, le président de la Knesset, et celle de celui du Grand rabbin Herzog, « une indisposition » qui l’oblige « à écourter la durée de ce séjour », l’empêche d’y rencontrer toutes les personnalités pressenties [70].

Ces soutiens potentiels ne représentent cependant pas les seuls succès de son bref déplacement. Sous son impulsion, « un Comité d’honneur pour l’érection du Tombeau a [également] été constitué » en Israël [71]. Futur adversaire du projet parisien, Ben Zion Dinur, le ministre israélien de l’Instruction publique, accepte même d’en faire partie [72]. Au printemps 1952, les dirigeants politiques israéliens appuient donc encore l’initiative parisienne. Mais leur soutien ne fera plus long feu…

à suivre…


Notes

[1] Le Monde Juif, vol. 6, n° 40, février 1951, p. 15.

[2] Ibid.

[3] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 47.

[4] Le Monde Juif, vol. 6, n° 40, février 1951, 2e page de couverture.

[5] Le Monde Juif, vol. 7, n° 58-59, septembre-octobre 1952, p. 17.

[6] Plus de la moitié des noms repris en 1951 sur la première liste des membres du comité mondial correspondent à ceux de personnalités consultées sur la pertinence du projet monumental dans le courant de l’année précédente.

[7] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 119.

[8] Le Monde Juif, vol. 6, n° 41, mars 1951, 2e page de couverture ; Le Monde Juif, vol. 6, n° 42, avril 1951, 2e page de couverture et p. 19 ; Le Monde Juif, vol. 6, n° 44, juin 1951, p. 1.

[9] Le Monde Juif, vol. 6, n° 43, mai 1951, p. 20.

[10] Le Monde Juif, vol. 6, n° 42, avril 1951, 2e page de couverture.

[11] Annette WIEVIORKA, « Le combat… » loc. cit., p. 130. Sur la personnalité et le parcours de Godart, voir Annette WIEVIORKA (dir.), Justin Godart. Un homme dans son siècle (1871-1956), CNRS Éditions, Paris, 2004, 261 p. Le parti radical-socialiste occupait alors le centre de l’échiquier politique. Pour plus de détails sur les convictions politiques de Godart et des membres du CDJC, voir infra.

[12] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettres de Justin Godart à Chaïm Weizmann et à David Ben Gourion, 18 juin 1951.

[13] François BILANGE, « Justin Godart et le mémorial juif », dans Les Intermittences de la mémoire. Revue d’histoire de la Shoah. Le Monde Juif, n° 162, janvier-avril 1998, pp. 186-187. Selon Philippe Boukara, Godart aurait séjourné en Israël du « 17 juin au 5 juillet 1951 ». (Philippe BOUKARA, « Justin Godart et le sionisme. Autour de France-Palestine », dans Annette WIEVIORKA (dir.), Justin Godart. Un homme dans son siècle (1871-1956), CNRS Éditions, Paris, 2004, p. 205)

[14] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettres de Justin Godart à David Ben Gourion, 23 et 24 juillet 1951. Sur les lettres d’adhésion de Weizmann et Ben Gourion, voir Le Monde Juif, vol. 6, n° 46-47, août-septembre 1951, p. 24.

[15] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 48.

[16] Ibid. Godart a pu y être invité à plusieurs titres. (Philippe BOUKARA, loc. cit., p. 205) C’est alors que l’ancien ministre français accepte aussi la présidence d’honneur du comité mondial. (Le Monde Juif, vol. 6, n° 45, juillet 1951, 2e page de couverture)

[17] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 48. Au début des années 1950, Israël caresse aussi le projet de l’érection d’un mémorial en hommage aux victimes juives du nazisme : Yad Vashem à Jérusalem. Sur l’histoire de Yad Vashem dont la genèse remonte à 1942, voir infra. Voir aussi Tom SEGEV, op. cit., pp. 489-514.

[18] Dans un projet de lettre qu’il destine à Ben Gourion au début de la bataille mémorielle au centre de notre étude, Godart fait en tout cas remarquer à son illustre correspondant que si « le Gouvernement d’Israël est actuellement en train de soumettre de tels projets à la Knesset, [le] Comité Mondial [du futur mémorial parisien] a lancé le sien il y a plus de deux ans. » Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : projet de lettre de Justin Godart à David Ben Gourion, 30 avril 1953. Sur l’impossibilité d’action des dirigeants israéliens, voir infra.

[19] Le Monde Juif, vol. 6, n° 46-47, août-septembre 1951, 2e page de couverture.

[20] Chaïm Weizmann décède entre-temps le 9 novembre 1952.

[21] Les citations qui suivent sont tirées de cet ouvrage de référence.

[22] Tom SEGEV, op. cit., p. 496.

[23] Ibid., pp. 496 et 499.

[24] Ibid., pp. 498 et 499.

[25] Ibid., pp. 495 et 496. Ce fonds était destiné à l’acquisition de terres et à la plantation de forêts en Palestine sous mandat britannique.

[26] Ibid., p. 497.

[27] Ibid., p. 498.

[28] Ibid., pp. 497 et 498.

[29] Ibid., p. 499.

[30] Ibid., p. 498. Le yishouv constitue la communauté juive de Palestine avant la création de l’État d’Israël.

[31] Ibid.

[32] Sur ces réparations, voir Ronald W. ZWEIG, German Reparations and the Jewish World. A history of the Claims Conference, Frank Cass, Londres, 2001, pp. 11-43 ; Tom SEGEV, op. cit., pp. 229-304 ; Nahum GOLDMANN, Autobiographie : une vie au service d’une cause, Fayard, Paris, 1971, pp. 257 297.

[33] Ronald W. ZWEIG, op. cit., pp. 18-21 ; Tom SEGEV, op. cit., pp. 240-242.

[34] Tom SEGEV, op. cit., pp. 283-284 ; Nahum GOLDMANN, op. cit.Ò, pp. 283-284.

[35] Tom SEGEV, op. cit., p. 302.

[36] Nahum GOLDMANN, op. cit., p. 286. Comme le note Hannah Arendt dans l’ouvrage qu’elle consacre au procès Eichmann : « La République fédérale allemande, même si elle n’avait pas encore reconnu l’État d’Israël […] avait payé 737 millions de dollars à Israël à titre de réparations au cours des dix dernières années. » La philosophe fait allusion à la période comprise entre 1953 et 1962. (Hannah ARENDT, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, Éditions Gallimard, Collection « folio histoire » n° 32, Paris, 1997, p. 28 — version originale : The Viking Press, New York, 1963) Sur l’importance économique pour Israël de l’argent des réparations ouest-allemandes, voir aussi Michel BAR-ZOHAR, Ben Gourion, le prophète armé, Fayard, Paris, 1966, pp. 243-245 et 348.

[37] Sur le long processus de construction de Yad Vashem entre 1954 et 1981, voir James E. YOUNG, The Texture of Memory. Holocaust Memorials and Meaning, Yale University Press, New Haven, 1993, p. 250.

[38] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Justin Godart à Ben Zion Dinur, 18 décembre 1953.

[39] Ibid.

[40] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 48. Preuve de la faillibilité des souvenirs qu’il met en œuvre dans son rapport moral de 1957, Schneersohn présente le patronage de Yosef Sprinzak, le président de la Knesset, et celui de Nahum Goldmann comme étant contemporains (ibid.). Le soutien du président du Congrès juif mondial est bien effectif en juillet 1951. (Le Monde Juif, vol. 6, n° 45, juillet 1951, 2e page de couverture) Par contre, le président de la Knesset n’accorde le sien qu’en juin 1952. (Le Monde Juif, vol. 7, n° 55, mai 1952, p. 15)

[41] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, pp. 49-52.

[42] Le Monde Juif, vol. 18, n° 34-35, juillet-décembre 1963, p. 100.

[43] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 120. Fondateur et premier président du Conseil représentatif des israélites de France (CRIF), Léon Meiss est, au début des années 1950, président d’honneur du Consistoire central des israélites de France et d’Algérie. Sur l’accueil enthousiaste que le projet de mémorial reçoit en Algérie, Tunisie, Grande-Bretagne, Suisse et Suède, voir Le Monde Juif, vol. 6, n° 50, décembre 1951, pp. 14-18 ; Le Monde Juif, vol. 7, n° 51, janvier 1952, pp. 18 20. Sur le « rôle très actif » joué par Godart dans cette « vaste entreprise de lobbying et de “fund-raising” », voir Annette WIEVIORKA, « Le combat… » loc. cit., pp. 130-131.

[44] Le Monde Juif, vol. 6, n° 43, mai 1951, pp. 11-12. Sur la sobriété stylistique du monument, voir Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., pp. 120-121.

[45] Le Monde Juif, vol. 6, n° 43, mai 1951, pp. 11-12. Sur Georges Huisman, décédé le 28 décembre 1957, voir Le Monde Juif, vol. 12, n°12 (79), janvier 1958, pp. 33-34.

[46] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 17 : procès-verbal de la réunion du comité directeur du CDJC, 15 septembre 1952 ; Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 49 ; Le Monde Juif, vol. 7, n° 56, juin 1952, p. 10. Singulièrement, Annette Wieviorka situe la concession de ce terrain à la « séance du conseil municipal des 27/28 novembre 1952 ». Selon elle, la Ville de Paris aurait en outre versé un million de francs au comité du mémorial. (Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 120 ; Annette WIEVIORKA, « Du Centre… » loc. cit., p. 29 ; Sylvie LINDEPERG et Annette WIEVIORKA, op. cit., p. 70) Le Mémorial de la Shoah se situe toujours à cette même adresse.

[47] Forçant sans doute un peu le trait, l’auteur de la notice publiée par la revue du CDJC à l’occasion du décès de l’intéressé rappelle que « c’est Georges Huisman, en sa qualité de Président de la Commission de Construction du Comité du Mémorial, qui détermina le choix du projet architectural du Mémorial, qui le défendit résolument et courageusement devant les autorités municipales et gouvernementales, et surveilla son exécution, s’intéressant au moindre détail. » (Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 33)

[48] Le Monde Juif, vol. 7, n° 56, juin 1952, p. 9.

[49] Ibid.

[50] Ibid. ; Le Monde Juif, vol. 6, n° 40, février 1951, p. 15.

[51] Le Monde Juif, vol. 7, n° 56, juin 1952, p. 9 ; Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 50. Le projet architectural bénéficie en outre des conseils techniques de Louis Arretche. (Le Monde Juif, vol. 7, n° 56, juin 1952, p. 9) Sur le choix des architectes, voir aussi Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 120.

[52] Le Monde Juif, vol. 7, n° 58-59, septembre-octobre 1952, p. 18.

[53] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 17 : procès-verbal de la réunion du comité directeur du CDJC, 15 septembre 1952.

[54] Le Monde Juif, vol. 7, n° 61, décembre 1952, p. 16. Cette commission d’organisation fait suite au « comité d’action parisien pour l’érection du Tombeau », créé à la fin du mois de septembre 1952 et réuni le 8 octobre suivant pour « préparer la grande manifestation de la pose de la première pierre prévue pour la fin de l’année ». (Le Monde Juif, vol. 7, n° 58-59, septembre-octobre 1952, pp. 17-19) La première réunion de la Commission d’organisation de la cérémonie programmée le 19 avril a lieu le 1er février 1953. (Le Monde Juif, vol. 8, n° 62, janvier-février 1953, p. 17)

[55] Le Monde Juif, vol. 7, n° 58-59, septembre-octobre 1952, p. 17 ; Le Monde Juif, vol. 7, n° 61, décembre 1952, p. 16 ; Le Monde Juif, vol. 8, n° 65, octobre 1953, pp. 9-10.

[56] Annette WIEVIORKA, « Le combat… » loc. cit., p. 131.

[57] Ibid.

[58] Ibid., pp. 131-132. Sur l’affaire des enfants Finaly, voir Le Grand rabbin KAPLAN, Justice pour la foi juive. Dialogue avec Pierre Pierrard, Les Éditions du Cerf, Paris, 1995, pp. 165-205. Guy de Rothschild n’a pas toujours adopté une attitude hostile au projet monumental parisien. Fervent défenseur du CDJC au nom duquel il prend même la parole en Grande-Bretagne, il est aussi dès le départ membre du comité mondial pour l’érection du Tombeau du martyr juif inconnu à Paris. (Le Monde Juif, vol. 5, n° 28, février 1950, pp. 12-16 ; Le Monde Juif, vol. 6, n° 40, février 1951, 2e page de couverture) Comment expliquer son retournement d’attitude en 1953 ? Cela ne semble pas lié à l’épreuve de force qui oppose alors Jérusalem à Paris. Son refus de voir le chef de l’État français rehausser de sa présence la cérémonie du 17 mai 1953 traduit vraisemblablement plus son hostilité à la perspective de voir ainsi institutionnaliser un projet dont l’initiative ne revenait qu’à un groupe de Juifs issus de l’immigration. En 1952, les rédacteurs du Monde Juif reconnaissaient eux-mêmes que si l’indignation face à l’oubli des atrocités était plus largement partagée, « l’œuvre du CDJC ne serait pas alors un îlot isolé dans la “mer” du judaïsme français et aurait un autre soutien public juif que celui, dérisoire, dont il jouit jusqu’ici. » (Le Monde Juif, vol. 7, n° 55, mai 1952, p. 1)

[59] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : projet de lettre de Justin Godart à David Ben Gourion, 30 avril 1953.

[60] Tom SEGEV, op. cit., p. 500. Sur l’accord de décembre 1953, voir infra.

[61] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 54.

[62] Ibid., p. 53 ; Le Monde Juif, vol. 7, n° 58-59, septembre-octobre 1952, p. 20.

[63] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 55.

[64] Le Monde Juif, vol. 6, n° 42, avril 1951, 2e page de couverture. En réalité, comme le souligne Annette Wieviorka, « les oppositions furent nombreuses et la polémique agita sporadiquement les communautés juives de France, de la Diaspora et d’Israël » de 1951 à 1956. (Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 115)

[65] Le Monde Juif, vol. 7, n° 52, février 1952, pp. 1-2. Au cœur de la polémique, une interrogation d’André Blumel, le futur président de la Fédération sioniste de France dont il sera question plus loin. Le 1er décembre 1951, alors qu’il est encore président d’honneur du Keren Kayemeth Leisraël (Fonds national juif), organe « chargé de la collecte pour l’achat de terres en Israël », Blumel s’interroge dans les colonnes de La Terre Retrouvée : « Pourquoi un monument [dans la capitale française] : “Ce n’est pas à Paris que les martyrs ont été assassinés”, alors “si l’Allemagne avait voulu répudier son passé, elle eût dû en prendre l’initiative… À défaut, je crois que Varsovie […] doit être le haut lieu choisi pour perpétuer le souvenir des martyrs. Si des raisons que je ne connais pas ou des difficultés que j’ignore empêchaient ce choix, alors c’est à Jérusalem que doit être conservé le symbole”. » (André BLUMEL, « Le choix de Paris se justifie-t-il ? », dans La Terre Retrouvée, 1er décembre 1951, p. 4 — cité par Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., pp. 118 et 123) Voir aussi Annette WIEVIORKA, « Du Centre… » loc. cit., p. 27. Sur la réaction de Schneersohn, voir supra.

[66] Le Monde Juif, vol. 7, n° 52, février 1952, p. 1. D’autres critiquent le projet du monument en pierre, peu fidèle, à leurs yeux, à la tradition juive. (Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., pp. 117-119) Pour une vue d’ensemble sur cette polémique, voir Annette WIEVIORKA, « Du Centre… » loc. cit., pp. 25-28.

[67] Le Monde Juif, vol. 7, n° 52, février 1952, p. 1. Le projet parisien entre pourtant bien dès le départ en compétition avec celui de Jérusalem encore en gestation.

[68] Le Monde Juif, vol. 7, n° 58-59, septembre-octobre 1952, p. 17.

[69] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre d’Isaac Schneersohn à Moshé Sharett, 25 mars 1952.

[70] Le Monde Juif, vol. 7, n° 55, mai 1952, p. 15 ; Le Monde Juif, vol. 7, n° 58-59, septembre-octobre 1952, p. 17 ; Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre d’Isaac Schneersohn au Grand rabbin Uziel, 5 mai 1952.

[71] Le Monde Juif, vol. 7, n° 55, mai 1952, p. 15.

[72] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre d’Isaac Schneersohn à Ben Zion Dinur, 27 août 1953.


 
 
 
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