Haine irrationnelle, sottise patibulaire

Comme un visage maculé qui se décharge de l’horreur de soi, sa hideur en brisant le miroir, l’infâme proliférant dans le monde, se voit sale dans la parole de l’homme authentique qu’il dénigre haineusement pour faire oublier sa propre infamie ; tout comme le sot, surtout quand il est scolarisé, se perçoit minable à l’intelligence souveraine du clairvoyant pensant par lui-même, qu’il jalouse et accuse de mégalomanie.

La pire pauvreté, la plus irrémédiable misère que ni or ni argent ni rien de matériel ou "réussite" sociale ne rayent ou même n’atténuent, est le vide, l’insubstantialité d’une horde de produits et de sous-produits d’un ordre inhumain où l’anthropomorphe organique haineux de soi, avec méchanceté et singeries de mégalomane, mime l’être en extraverti excessif, tout en se sachant intimement néant.

La haine du mal, haine salvatrice et rationnelle qui pousse à combattre sous toutes ses formes et sans merci le mal et le malfaiteur, est une nécessité dans la communauté de droits qu’est la société. Mais le combat livré à la haine doit être d’abord éducationnel et institutionnel, fait avec et pour l’amour de l’humanité dans l’expression structurelle du mitsein collectif, ce vivre-ensemble social.

C’est en effet, la voie inhérente aux flasques, aux suivistes et à la multitude des naufragés de la déshumanisation dans ce monde de monstres dénaturants et de monstruosité reproductive, que d’inculper faussement voire de condamner témérairement, par complexe d’infériorité, par haine irrationnelle, ceux qui, de tout leur être, travaillent à répondre autant que possible à leur humanité, leur vérité spirituelle et intellectuelle profonde.

Palilalie du pseudo-intello officiel dans la civilisation

Quant au sot - cette espèce en hausse de notre temps où la rétention d’information, la mémorisation et la répétition "savante" réduisent le monde en donnée immédiate de leur bêtise, tuent l’intellect - disons qu’il est précisément le stérile obséquieux sans esprit critique qui prolifère dans les activités pseudo-intellos, les sphères scolaires, ses seuls repères qui lui permettent de substituer l’esbroufe et l’histrionisme ostentatoire à la saine activité méditative, réflexive et cognitive de l’esprit. C’est le gesticulateur qui ressasse comme par palilalie et ignore que le ressassement, nul ressassement, quelque impressionnant qu’il puisse être pour des non initiés en quelque domaine que ce soit, ne remplace la méditation, la réflexion et l’idéation, ces moments médiats de l’acte de penser vers la cognition.

L’arrogance du sot investi porte-parole officiel, doté d’une pseudoscience exclusivement étayée sur des diplômes et des médias, pue l’actuelle barbarie de l’anti-intellectualité qui transforme les penseurs véritables en boucs émissaires de sa sottise, son misérabilisme à la mode.

L’ignorance, état naturel de l’homme, devient crapulerie et sottise lorsqu’elle veut soumettre le monde, lorsqu’elle s’insurge contre le savoir, plutôt que de chercher à se résorber par les étapes médiates de toute vraie intellection. L’Intellection est interrogation analytique, considération laborieuse et critique des faits et situations humaines par delà la phénoménalité et l’immédiateté facile des doxas superficielles, des opinions de convention, des colifichets idéologiques. L’intellection est l’expression cognitive et créative (productive) de l’intellectualité authentique, loin des manières contreproductives de l’intello de salon et de chaire, surmédiatisé et peopolisé qui s’exerce à des jugements de cour sous prétexte de savoir.

Pour revenir à la haine irrationnelle par envie et complexe inavoué, c’est l’appel de l’abîme ! Ce n’est autre chose que l’introjection de l’infériorisation de soi, la déchéance d’un mental qui s’enfonce dans ses vacuités par impropriété aux appels intérieurs de la transcendance. C’est le renoncement pusillanime aux dévolus spirituels qui sont élévation et grandeur. C’est l’abandon couard devant les possibles du dépassement, une forme de torpeur caractérielle comparable à l’hydrocution de l’esprit aux flots des redditions de soi...

Entre l’abdication de soi pour les bas instincts, abîmes qui défigurent ; et la construction spirituelle et intellectuelle de soi, Tabor qui transfigure, le choix de dignité verticale ou la mollesse de compromission, de l’homme, tranchera pour le meilleur ou pour l’horreur.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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