UN EPISODE OUBLIE DE LA LUTTE POUR L’EXERCICE DU MONOPOLE DE LA MEMOIRE DE LA SHOAH

3 - La bataille en Jérusalem et Paris dans les années 1950 autour de la construction du tombeau du martyr juif inconnu dans la capitale française

Troisième partie

DE L’ENGAGEMENT DE LA BATAILLE A L’ACCORD PASSE ENTRE YAD VASHEM ET LE CDJC EN DECEMBRE 1953

Le Monde juif consacre paradoxalement peu d’espace à la couverture de la cérémonie de la pose de la première pierre du Tombeau du martyr juif inconnu à Paris. Pourtant, comme le note Annette Wieviorka dans ses études les plus complètes sur le sujet, le 17 mai 1953, « le jour de gloire est arrivé » non seulement pour le directeur de la revue, Isaac Schneersohn, mais aussi pour l’ensemble de l’équipe du CDJC [1]. Cette couverture restreinte s’explique par l’irrégularité de la parution de la revue entre 1953 et 1954 [2].

Preuve de l’importance de l’événement et de son retentissement potentiel, son programme annonce que « la cérémonie sera filmée par les Actualités cinématographiques et enregistrée par la Radiodiffusion Française ainsi que par des radios étrangères […] et la Télévision Française » [3]. Outre la liste des personnalités présentes, le bref compte rendu que la revue du CDJC ne publie, vu son interruption de parution, que dans son numéro d’octobre 1953 signale que les délégations étrangères et le comité mondial se sont rendus « le même jour au Mont Valérien et à l’Arc de Triomphe » pour y déposer des gerbes [4].

De la même manière que les auteurs de la loi israélienne dite Yad Vashem établissent une « symétrie » entre les victimes innocentes du génocide et les héros du ghetto de Varsovie [5], les promoteurs de la manifestation parisienne souhaitent « associer ainsi l’hommage aux héros de la Résistance française et de la défense de la patrie à celui rendu aux victimes juives, de toutes nationalités, mortes sans sépulture » [6].

Si les informations données par Schneersohn dans le rapport moral du 15 décembre 1957 étaient fiables, alors environ sept mille personnes auraient assisté à la cérémonie du 17 mai 1953 [7]. Visiblement à cent lieues d’imaginer l’engagement d’une bataille mémorielle entre les deux villes spirituelles lorsqu’il y prononce son discours, le Grand rabbin de Paris, Jacob Kaplan, insiste précisément sur le sens du choix de « la capitale [française] généreuse et hospitalière, au rayonnement universel » pour y ériger le Tombeau et sur le « caractère juif mondial » que prendra le futur mémorial parisien [8].

L’engagement de la bataille en mars 1953

Or, comme le note Annette Wieviorka dans ses études les plus complètes sur le sujet : « Le lendemain de cette journée, les nuées se levèrent sur le tombeau, menaçantes. Elles ne viennent plus de telle frange de la communauté [juive de France], elles ne s’expriment pas dans la presse juive somme toute peu lue. Elles viennent de l’État d’Israël. C’est le début d’une bataille pour la mémoire dont l’enjeu engage la signification même du génocide [9]. » En réalité, l’épreuve de force qui a surtout pour enjeu l’exercice du monopole de la mémoire de la Shoah a déjà commencé depuis plusieurs semaines…

Comment l’historienne du mémorial arrive-t-elle à cette conclusion ? Pour démontrer l’existence d’un lien causal direct entre la manifestation du 17 mai 1953 et l’ouverture, le lendemain à la Knesset, du débat parlementaire sur le projet de loi dite Yad Vashem, elle se fonde sur un article paru le 1er juin 1953 dans la revue sioniste opposée à l’initiative monumentale parisienne : La Terre Retrouvée [10]. Cette thèse présuppose pourtant que l’« agenda » communautaire juif français puisse dicter dans les vingt-quatre heures l’ordre du jour législatif de l’État hébreu.

Or, le débat du 18 mai 1953 ne s’improvise évidemment pas dans un délai aussi court. Comme toute discussion de ce genre, son ouverture à la Knesset dépend d’une procédure plus ou moins contraignante et longue. Son organisation ne s’inscrirait-elle pas plutôt dans le cours du processus législatif de l’examen du projet de loi dite Yad Vashem ? Pour répondre à cette question, un nouveau crochet par l’histoire israélienne s’avère nécessaire.

L’historien « Tom Segev montre bien les efforts des dirigeants israéliens, après la cérémonie de la pose de la première pierre, pour mettre fin au projet de Schneersohn » - affirme Annette Wieviorka dans l’étude assez récente, déjà citée, qu’elle consacre à l’action de Godart en faveur du futur mémorial parisien [11].

Dans son ouvrage de référence signalé plus haut, Tom Segev mentionne, il est vrai, une réaction et un acte israéliens hostiles à l’initiative parisienne. Mais, dans la mesure où ces faits sont datables, ils précèdent apparemment de sept à huit semaines la manifestation du 17 mai 1953 [12]. Autrement dit, les responsables politiques israéliens vouent bien une soudaine hostilité au projet monumental du CDJC, mais elle est visiblement antérieure d’environ deux mois à la cérémonie de la pose de la première pierre.

Dans Le Septième million, Tom Segev insiste d’abord sur le travail incessant réalisé par Mordechaï Shenhabi pour persuader les responsables israéliens d’intégrer la mémoire de l’extermination dans le programme sioniste, et d’en confier le monopole à Yad Vashem [13]. « Après la proclamation d’Indépendance en 1948 », note-t-il ensuite, mais plus vraisemblablement au mois de mars 1953 comme cela a déjà été souligné, Shenhabi réussit « à convaincre le Premier ministre Ben Gourion et le ministre des Affaires étrangères Sharett de s’opposer à la construction d’un mémorial du Génocide à Paris, proposé par Isaac Schneersohn » [14].

Fait remarquable, ni Tom Segev ni aucun autre historien israélien n’établissent à notre connaissance de lien causal direct entre les événements du 17 et ceux du 18 mai 1953 - même lorsqu’ils les évoquent explicitement [15].

L’établissement d’une double chronologie des faits connus jusqu’au 19 août 1953 (date du vote de la loi dite Yad Vashem par la Knesset) montrera que les luttes mémorielles israéliennes s’engagent avant le 18 mai 1953. Pourquoi présenter deux tableaux historiques avant le vote de cette loi ?

Par souci de clarté étant donné que les dirigeants israéliens ont alors deux fers au feu. D’un côté, dans leur lutte pour l’acquisition du monopole de la mémoire de la Shoah, ils s’efforcent de mettre un terme au projet monumental du CDJC qu’ils avaient à leur corps défendant soutenu jusque-là. De l’autre, dans leur combat contre l’oubli du génocide, ils se battent pour faire voter une loi mémorielle de portée universelle grâce à laquelle ils escomptent l’octroi sur le papier du privilège exclusif de sa mémoire.

L’hostilité israélienne au futur mémorial

Si les indications que donne Tom Segev dans son ouvrage de référence déjà cité étaient dignes de foi, alors le premier acte israélien hostile au projet du Tombeau parisien remonterait au mois de mars 1953. C’est probablement le 24 mars que le Premier ministre israélien « ordonna aux ambassadeurs d’Israël de “prendre les mesures nécessaires” pour mettre un terme au projet de Schneersohn. Le ministre des Affaires étrangères envoya ses instructions par l’intermédiaire de télégrammes ultra secrets [16]. »

Comment expliquer le revirement de Ben Gourion ? Est-ce le résultat des pressions exercées à son endroit par Shenhabi ? Assurément. Est-ce aussi celui de celles exercées par Ben Zion Dinur, le ministre israélien de l’Éducation nationale ? Sans doute. Mais ces influences - surtout les premières - ne dataient pas d’hier. Pourquoi y céderait-il précisément à ce moment-là ?

La ratification le 18 mars 1953 par le Bundestag des accords de Luxembourg sur les réparations ouest-allemandes favorise-t-elle le changement d’attitude de Ben Gourion [17] ? Cette hypothèse sera examinée un peu plus loin. Quoi qu’il en soit, comme le note encore Tom Segev, l’initiative monumentale parisienne soulève alors brusquement « une immense vague d’indignation » en Israël [18].

Le 3 avril 1953, Ben Zion Dinur - acteur majeur de cette compétition mémorielle - signale à son Premier ministre que « l’édification d’un mémorial à Paris ne pourrait qu’affaiblir la position d’Israël face aux autres pays ; il incarnait “l’instinct de la Diaspora” remettant en question la centralité d’Israël afin de “donner à Paris la place de Jérusalem” [19]. » Dans le courant du mois d’avril 1953, Jérusalem pose un nouvel acte hostile…

Ce geste est venu à notre connaissance par la réaction inquiète qu’il entraîne côté français. Dans un projet de lettre, déjà signalé, du 30 avril 1953, l’ancien ministre Justin Godart demande à Ben Gourion de bien vouloir faire réexaminer favorablement la question de la représentation du gouvernement israélien à la cérémonie de la pose de la première pierre du mémorial parisien [20].

Une dernière preuve de l’hostilité israélienne se décèle peut-être dans la rupture des relations épistolaires entre Jérusalem et Paris. Une lettre relative à « la popularisation » du projet monumental parisien qu’il a envoyée le 27 mai 1953 à Dinur, signale Schneersohn dans un courrier du 27 août suivant, est restée trois mois sans réponse [21].

Le processus législatif créant Yad Vashem

Le processus législatif qui se termine le 19 août 1953 par le vote à la Knesset de la loi dite Yad Vashem commence, lui aussi, avant la cérémonie de la pose de la première pierre. Comme le signale l’historienne israélienne Idith Zertal dans l’ouvrage qu’elle consacre à la Shoah dans le discours et la politique d’Israël : « Le 12 mai de la même année, le ministre de l’Éducation et de la Culture, Ben-Zion Dinour, soumit en première lecture à la Knesset la loi sur la commémoration de la Shoah et des Héros - dite loi Yad Vashem [22]. » Pour la proposer, il avait reçu l’accord de son Premier ministre [23].

En réalité, comme le spécifie la sociologue Sarah Gensburger dans une étude spécialement consacrée à la création du titre de « Justes », le projet de loi avait été « rédigé, par le gouvernement, en mars 1953 » [24]. Dans le même article, la sociologue ajoute que la « première version […] est déposée [à la Knesset] par le gouvernement le 23 mars 1953 » ; la « seconde version » la suivra deux jours plus tard [25]. La ratification du traité de Luxembourg favorise-t-elle aussi la mise en œuvre de ce processus législatif israélien ? Ce point sera discuté un peu plus loin.

Dans son ouvrage clé déjà cité, Idith Zertal ajoute que cette loi « instituait également le lien crucial et exclusif entre la mémoire de la Shoah et l’État d’Israël, entre la Shoah et Jérusalem, le seul endroit digne d’accueillir cette mémoire, d’après le récit officiel israélien » [26].

Le débat parlementaire qui ne s’ouvre véritablement que le 18 mai 1953 porte exclusivement sur l’examen de ce projet de loi - lequel comporte aussi un volet sur l’octroi du monopole de la mémoire de la Shoah [27]. Les discussions qui aboutiront au vote par la Knesset de la loi dite Yad Vashem s’inscrivent donc clairement dans le processus législatif israélien alors en cours et ne sont d’aucune façon liées à la cérémonie solennelle de la veille dans la capitale française.

La ratification des accords de Luxembourg

Dans ces conditions, on ne saurait trop insister sur une question cruciale laissée naturellement de côté, vu son analyse, par Annette Wieviorka : pourquoi les dirigeants politiques israéliens changent-ils diamétralement d’attitude à l’égard de l’entreprise monumentale parisienne pendant le mois de mars 1953 ?

Comme cela a été signalé plus haut, les accords sur les réparations ouest allemandes sont signés à Luxembourg, le 10 septembre 1952. Pour entrer en application, ils doivent encore faire l’objet d’une approbation par le Bundestag. Or, il faudra « quelque six mois aux deux chambres du parlement allemand pour entériner le traité » [28]. Sa ratification se fera finalement le 18 mars 1953 [29].

De peur jusqu’à cette date de faire échouer les négociations capitales avec la RFA, puis de nuire au processus de ratification du traité de Luxembourg, les responsables israéliens se voient entre-temps condamnés à l’inaction. Avant le 18 mars 1953, ils n’osent ni lancer un processus législatif, comme celui de la création de Yad Vashem, car il entrerait en concurrence directe avec l’initiative monumentale parisienne, ni engager une bataille mémorielle avec les responsables du CDJC.

De telles actions, si elles étaient entreprises, entraveraient le cours des pourparlers ou celui du processus de ratification parce qu’elles remettraient trop vite sous les projecteurs la question volontairement oubliée, en dehors du huis clos de ces négociations, de la culpabilité allemande dans le génocide. Pour les dirigeants israéliens, les luttes mémorielles ne sont donc pas superposables à la question des réparations ouest-allemandes.

Comment expliquer autrement que par cette ratification du 18 mars 1953 garantissant les paiements ouest-allemands, la volte face des responsables politiques israéliens après cette date [30] ? Sans délai, ils se lancent alors dans une double lutte mémorielle [31]. En déposant la version initiale du projet de loi dite Yad Vashem à la Knesset le 23 mars 1953, ils s’attaquent à l’oubli du génocide et s’octroient sur le papier le monopole de la mémoire de la Shoah. Lorsqu’ils décident, probablement le 24 mars 1953, d’essayer de mettre fin au projet monumental parisien, ils se battent alors pour acquérir dans la pratique le monopole de la mémoire de la Shoah.

Somme toute, le projet de l’érection du Tombeau du martyr juif inconnu dans la capitale française entraîne bien l’épreuve de force qui oppose Jérusalem à Paris en 1953. Cette bataille mémorielle ne se déclenche toutefois pas au lendemain de la cérémonie, le 17 mai 1953, de la pose de la première pierre, mais bien plutôt pendant le mois de mars de cette même année à la faveur de la ratification par le Bundestag des accords de Luxembourg.

L’accord de décembre 1953

La chronologie de la rivalité au centre de notre étude reprend le 19 août 1953 - là où elle avait été arrêtée - c’est-à-dire au moment du vote par la Knesset de la loi dite Yad Vashem. La lettre déjà évoquée du 27 août 1953, par laquelle Schneersohn espère renouer la relation épistolaire interrompue depuis trois mois avec Dinur, représente le premier document digne d’intérêt ici [32]. Cette correspondance au ton assez catégorique livre en outre le sentiment d’un des principaux protagonistes de cette compétition mémorielle.

Après y avoir mentionné les décisions récentes prises à propos de la construction et du financement du mémorial, Schneersohn insiste sur trois aspects essentiels de la querelle qui oppose alors les deux capitales spirituelles. Il certifie tout d’abord qu’en raison des soutiens « des personnalités les plus illustres » recueillis dans le monde entier et du succès rencontré par la cérémonie de la pose de la première pierre, « il y va de l’honneur du Judaïsme de la Diaspora que ce projet soit mené à bonne fin, et quoi qu’il arrive, ce projet sera réalisé » [33]. Il se déculpabilise ensuite de l’échec du programme de collaboration entre Yad Vashem et le CDJC - coordination qu’il appelle d’ailleurs encore de ses vœux [34]. Il trouve enfin préjudiciable d’« opposer Israël aux grandes Organisations et personnalités juives de la Diaspora » qui soutiennent l’initiative monumentale parisienne [35].

Vers un compromis

Le contenu de sa lettre révèle aussi dans une certaine mesure la teneur de la discussion qu’il aura le 13 septembre 1953 avec Nahum Goldmann - le principal médiateur du conflit au centre de notre étude. De passage à Paris, le président du comité exécutif de la Conference on Jewish Material Claims against Germany - en abrégé : Claims Conference - y reçoit Isaac Schneersohn et Vidal Modiano, respectivement président du comité exécutif du Comité mondial pour l’érection du Tombeau du martyr juif inconnu et président du Conseil représentatif des israélites de France (CRIF) [36].

Lors de cet entretien, les représentants parisiens lui exposent les craintes que la récente loi israélienne dite Yad Vashem leur inspire - surtout dans la perspective ultime où ils devraient renoncer à leur entreprise monumentale. Leurs inquiétudes sont essentiellement de deux ordres : la défiance du public non-juif à l’égard des initiatives juives en général et de celles du CDJC en particulier, et le risque de provoquer un conflit au sein de la communauté juive mondiale opposant Israël à la diaspora [37]. Leurs « arguments ébranlent Nahum Goldmann » qui s’engage à reprendre langue avec Dinur, ministre israélien de l’Éducation nationale et désormais président de Yad Vashem [38].

Goldmann leur suggère ensuite « l’abandon de la collecte » qui avait été sérieusement envisagée, voire - si ce que Schneersohn consigne dans le rapport moral de 1957 est fiable - « déjà amorcée » aux États-Unis [39]. En guise de financement de substitution, il leur propose de réclamer « une somme globale à la Claims Conference » qu’il dirige, comme le font ou le feront d’autres centres de recherche et institutions mémorielles - Yad Vashem en tête [40].

Malgré les efforts consentis par Goldmann « qui voulait l’en dissuader », Schneersohn s’envole pour les États-Unis vers la fin du mois de novembre ou le début du mois de décembre 1953 [41]. Voulait-il par l’entreprise de ce voyage marquer sa détermination inébranlable dans l’épreuve de force qui l’oppose à ses homologues hiérosolymitains ? S’il espérait ainsi pouvoir influer sur leur comportement, il n’avait peut-être pas tort. Au cours de ce séjour Outre-Atlantique, il est de fait « invité par le Gouvernement d’Israël pour prendre contact avec le Comité “Yad Vashem” » [42].

En effet, il y reçoit un télégramme de Dinur qui dit explicitement : « Comité exécutif Yad Vashem vous invite pour négociation de préférence entre le quinze et le vingt décembre. Stop [43]. » [notre traduction] « Vivement encouragé » par Goldmann, Schneersohn rentre « immédiatement » à Paris où il réunit sur-le-champ le comité exécutif du mémorial qui le mandate « pour se rendre en Israël » accompagné de Modiano afin de « parvenir à une entente avec le Yad Vashem » [44].

Imaginant à tort que le rapport de force lui est toujours favorable, Schneersohn exerce visiblement encore des pressions à l’endroit de ses homologues hiérosolymitains avant son départ pour l’État hébreu. Comment interpréter autrement les propos suivants qu’il tient avant de s’embarquer : « les deux grandes réunions qui ont eu lieu en Amérique […] constituent de véritables événements grâce auxquels le projet du Tombeau a atteint le niveau d’une grande œuvre mondiale » [45] ?

À la fin de l’année 1953, des négociations s’ouvrent en Israël entre les représentants de Yad Vashem et ceux du CDJC. Quand ces discussions ont-elles lieu ? Quel est leur contenu ? Quel accord en sortira-t-il ? Quand sera-t-il signé ? Quelles en seront les conséquences pour le Tombeau du martyr juif inconnu et pour le mémorial Yad Vashem ? Quelle ville emportera le monopole de la mémoire du génocide ? Jérusalem ou Paris ?

Rien ne semble avoir filtré de ces négociations. Alors qu’elle a bénéficié d’un accès privilégié aux archives, Annette Wieviorka reconnaît qu’elle « ignore ce que furent les discussions entre Dinour et Schneersohn » [46]. Puisqu’à ses yeux « un accord est signé le 12 décembre 1953 à Jérusalem », l’historienne du mémorial en conclut qu’« elles furent relativement brèves » [47].

Le problème de chronologie sera réglé avant d’envisager la question des pourparlers eux-mêmes. Dans quel document Annette Wieviorka trouve-t-elle cette date du 12 décembre 1953 ? Certes, elle a pu la lire dans le rapport moral que Schneersohn présente à l’assemblée générale du mémorial du 15 décembre 1957 [48]. Mais il est beaucoup plus vraisemblable qu’elle en a fait la découverte dans les archives elles mêmes [49]. Quoi qu’il en soit, ce 12 décembre 1953 ne s’intègre pas dans le calendrier des faits connus.

La transcription du télégramme déjà cité que Dinur fait parvenir à Schneersohn aux États Unis spécifie que les pourparlers attendus en Israël devraient se tenir de préférence entre les 15 et 20 décembre 1953 [50]. Il est d’ailleurs possible qu’ils aient commencé au cours de ce laps de temps. Dans une lettre qu’il adresse à Dinur le 18 décembre 1953, Godart explique que les représentants du Centre - Schneersohn et Modiano - « se rendent en Israël pour réaliser une désirable, une nécessaire entente avec le Comité Exécutif du Yad Vashem » [51].

Sur place, les négociations s’ouvrent par un « échange de vues » avec le ministre israélien de l’Éducation nationale, mais elles se prolongent en son absence apparemment au-delà du 20 décembre 1953 - lorsque ce dernier est « parti en congé » [52]. Impossible dans ces conditions de ne pas écarter cette date du 12 décembre 1953. Par contre, il existe d’assez grandes probabilités pour que cet accord ait été signé le 30 décembre 1953 - comme le spécifie d’ailleurs la version hébraïque de ce document [53].

Rien n’a effectivement filtré de ces pourparlers. Notre connaissance se borne aux conditions dans lesquelles ils se sont déroulés. Comme le note Schneersohn dans le rapport moral de décembre 1957, on arrive à un compromis « après de laborieuses négociations au cours desquelles [sont] intervenus efficacement avec toute leur autorité le Dr. Goldmann lui même ainsi que MM. Sprinzak et Sharett, respectivement président de la Knesseth et Ministre des Affaires Étrangères de l’époque » [54].

Selon un mémorandum du 10 mai 1955, l’étude de l’avant-projet d’accord aurait elle aussi « donné lieu à des discussions parfois difficiles » [55]. D’après le même document, Yosef Sprinzak semble y avoir joué un rôle décisif. Durant leur phase cruciale, le président de la Knesset « a manifesté un intérêt tout particulier pour l’entente qui devait couronner les efforts de la Commission » plénière - laquelle réunissait les représentants de Yad Vashem et du CDJC - « en déclarant aux membres de celle-ci : “Je vous enfermerai à clef et ne vous laisserai sortir qu’après conclusion de l’accord” » [56]. Un accord que selon toute vraisemblance Dinur et Schneersohn signent chez Goldmann le 30 décembre 1953 [57].

Les suites de l’accord

Aux termes de ce compromis, Yad Vashem reconnaît non seulement l’existence du CDJC et de ses archives, mais il prend aussi « en considération la pose de la première pierre d’un mémorial et l’existence de comités nationaux » [58].

Comme cette reconnaissance officielle est assortie d’un certain nombre d’engagements financiers relativement contraignants en faveur du projet monumental parisien, Annette Wieviorka a raison d’affirmer que cet accord « sauve le Mémorial » [59]. Cela signifie-t-il pour autant que la capitale française emporte la bataille mémorielle qui l’oppose à Jérusalem ? L’historienne du mémorial décèle au contraire qu’« en filigrane est reconnue la prépondérance d’Israël dans l’organisation d’une mémoire collective du génocide » [60].

Les clauses financières de l’accord stipulent que « Yad Vashem prend l’obligation » de faire en sorte que la Claims Conference « octroie au Centre une somme de 500 000 dollars » - montant maximum jugé au départ nécessaire pour financer la construction du mémorial - et d’en faire payer 150 000 « en acompte » avant le 15 mars 1954 [61]. Ce double engagement ne va pas sans contrepartie. De leur côté, les promoteurs parisiens s’obligent « à dissoudre [leurs] comités édifiés de par le monde » [62]. Autrement dit, comme le souligne Schneersohn dans le rapport moral déjà cité, ils renoncent « à effectuer toute collecte » à l’étranger [63].

Dans leur échange de correspondance du mois de janvier 1954, deux des principaux protagonistes de la bataille au centre de notre étude - Godart et Dinur - se félicitent mutuellement un peu vite de l’heureuse issue des pourparlers [64]. Selon une note du 10 mai 1955 déjà mentionnée, la signature du compromis est « considérée comme très importante car grâce à elle un pont a été jeté entre Israël et la Diaspora et toute compétition entre les deux judaïsmes, dans le domaine des travaux historiques et de la commémoration des victimes de l’hitlérisme, évitée » [65].

Les promoteurs du Tombeau parisien doivent pourtant très vite déchanter. « Lors de son passage à Paris » peu après l’accord conclu avec Yad Vashem, rappelle Schneersohn dans le rapport moral de 1957, Goldmann les persuade de ramener les 500 000 dollars, initialement promis, à 300 000 dollars [66]. Dans le même document, Schneersohn ajoute qu’ils sont donc obligés « de réduire l’ampleur du projet initial afin de l’adapter aux nouvelles conditions du financement » [67].

Somme toute, comme en concluent les chercheurs Nicolas Weill et Annette Wieviorka dans leur étude déjà citée, le futur mémorial de la rue Geoffroy-l’Asnier « aura ainsi, à l’encontre des ambitions de son promoteur, une fonction mémorielle simplement nationale, la centralité de la mémoire étant dévolue à l’État d’Israël » [68].

Qui plus est, souligne Tom Segev dans son ouvrage de référence déjà évoqué : « Si Schneersohn ne respectait pas l’accord, Yad Vashem le menaçait de “guerre ouverte” [69]. »

à suivre…


Notes

[1] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 121 ; Annette WIEVIORKA, « Du Centre… » loc. cit., p. 30.

[2] Entre janvier 1953 et mai 1954, seuls cinq numéros du Monde Juif sortent de presse. Les suspensions durent six mois chacune : la première commence juste avant la cérémonie du mois de mai 1953, la seconde couvre les premiers mois de l’année 1954.

[3] Le Monde Juif, vol. 8, n° 63-64, mars-avril 1953, p. 30. La radio et la télévision donnent de fait une très large diffusion à la manifestation du 17 mai 1953. (Le Monde Juif, vol. 8, n° 65, octobre 1953, p. 10) La presse écrite ne reste pas les bras croisés. (ibid., p. 11 ; Nicolas WEILL et Annette WIEVIORKA, loc. cit., p. 175) Pour trois vues de la cérémonie du 17 mai 1953, voir Sylvie LINDEPERG et Annette WIEVIORKA, op. cit., pp. 71-73.

[4] Le Monde Juif, vol. 8, n° 65, octobre 1953, p. 10. Sur le Mont Valérien - lieu des martyrs de la Résistance et mémorial de la France combattante, voir Serge BARCELLINI et Annette WIEVIORKA, Passant, souviens-toi ! Les lieux du souvenir de la Seconde Guerre mondiale en France, Librairie Plon, Paris, 1995, pp. 166-175.

[5] Tom SEGEV, op. cit., p. 503.

[6] Le Monde Juif, vol. 8, n° 65, octobre 1953, p. 10.

[7] Le Monde Juif, vol. 12, n°12 (79), janvier 1958, pp. 51-52.

[8] Jacob KAPLAN, N’oublie pas, Stock, Paris, 1984, pp. 70-71.

[9] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 122 ; Annette WIEVIORKA, « Du Centre… » loc. cit., p. 31.

[10] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 122. L’article de La Terre Retrouvée insiste sur le fait que tous les parlementaires israéliens y ont souligné que Jérusalem était le seul lieu indiqué pour ériger un monument commémoratif dédié à la mémoire des six millions de victimes juives du nazisme. (ibid.) À sa décharge, il faut dire qu’Annette Wieviorka ne disposait pas à l’époque de ses premières recherches de toutes les publications aujourd’hui disponibles.

[11] Annette WIEVIORKA, « Le combat… » loc. cit., p. 131, n. 21.

[12] Tom SEGEV, op. cit., p. 499. À la décharge d’Annette Wieviorka, Il faut encore noter que les faits rapportés par Tom Segev dans la version française de son ouvrage clé manquent singulièrement de précision chronologique. (ibid., pp. 499 et 661 n. 22 et 23)

[13] Ibid., pp. 495-505. Sur l’action de Shenhabi, voir supra.

[14] Ibid., p. 499.

[15] Ibid., pp. 499 et 502-505 ; Idith ZERTAL, La Nation et la mort. La Shoah dans le discours et la politique d’Israël, Éditions La Découverte, Paris, 2004, pp. 118-122 ; Dalia OFER, « Israël », dans David S. WYMAN et Charles H. ROSENZWEIG (dir.), The World reacts to the Holocaust, The Johns Hopkins University Press, Baltimore, 1996, pp. 861-863 et 916, n. 84.

[16] Tom SEGEV, op. cit., pp. 499 et 661, n. 23.

[17] Pour plus de précisions sur ce vote, voir Shlomo SHAFIR, Ambiguous Relations. The American Jewish Community and Germany since 1945, Wayne State University Press, Detroit, 1999, pp. 173 et 415, n. 38.

[18] Tom SEGEV, op. cit., p. 499.

[19] Ibid. Pour plus de détails sur l’action de Dinur, voir Arielle REIN, « L’historien, la mémoire de l’État. L’œuvre de Ben Zion Dinur pour la commémoration et la recherche sur la Shoah en Israël », dans Devant l’abîme. Le Yishouv et l’État d’Israël face à la Shoah (1933-1961). Revue d’histoire de la Shoah, n° 182, janvier-juin 2005, pp. 257-278.

[20] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : projet de lettre de Justin Godart à David Ben Gourion, 30 avril 1953. Sur l’absence redoutée d’un représentant du gouvernement israélien à cette manifestation, voir supra. Sur la présence israélienne à la cérémonie du 17 mai 1953, voir infra.

[21] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre d’Isaac Schneersohn à Ben Zion Dinur, 27 août 1953. Sur le contenu de cette lettre, voir infra.

[22] Idith ZERTAL, op. cit., p. 118.

[23] Ibid., p. 118, n. 96.

[24] Sarah GENSBURGER, « La création du titre de Juste parmi les Nations : 1953-1963 », dans Bulletin du Centre de recherche français de Jérusalem, vol. 15, automne 2004, p. 18.

[25] Ibid., p. 18, n. 15.

[26] Idith ZERTAL, op. cit., p. 120. Voir aussi ibid., pp. 120-121, n. 102.

[27] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 122 ; Sarah GENSBURGER, loc. cit., p. 18.

[28] Tom SEGEV, op. cit., p. 284. Sur la question des réparations ouest-allemandes et sur l’importance économique de ces paiements pour Israël, voir supra.

[29] Shlomo SHAFIR, op. cit., pp. 173 et 415, n. 38.

[30] Dans une certaine mesure, l’insuccès de la forêt des Martyrs a pu également jouer. Il est vrai que « le projet de la forêt fut une déception. En 1953, un demi million d’arbres seulement avaient été achetés. » (Tom SEGEV, op. cit., p. 498)

[31] Ce faisant, les travaillistes coupent, volontairement ou non, l’herbe sous le pied de Menachem Begin, leur principal opposant à droite sur l’échiquier politique pendant les négociations allemandes. Begin instrumentalisa « la mémoire de la Shoah pour accroître la popularité de son parti, le Herout, qui avait subi un échec cuisant aux élections à la seconde Knesset en 1951 ». (Anita SHAPIRA, L’Imaginaire d’Israël. Histoire d’une culture politique, Calmann-Lévy, Paris, 2005, p. 309)

[32] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre d’Isaac Schneersohn à Ben Zion Dinur, 27 août 1953.

[33] Ibid.

[34] Ibid.

[35] Ibid.

[36] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 123.

[37] Ibid.

[38] Ibid.

[39] Ibid. ; Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 53. Aucun indice ne permet cependant de prouver qu’une telle collecte y ait bien eu lieu.

[40] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., pp. 123-124 ; Ronald W. ZWEIG, op. cit., p. 157. Vingt et une délégations juives du monde entier, réunies à New York le 25 octobre 1951, créent la Claims Conference « pour soutenir les revendications d’Israël et représenter l’ensemble des revendications de tous les Juifs hors d’Israël » dans le cadre des négociations avec la RFA. Goldmann assure dès le départ la présidence de son comité exécutif. (Nahum GOLDMANN, op. cit., p. 263)

[41] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 124.

[42] Le Monde Juif, vol. 8, n° 66, décembre 1953, p. 15. La retraite annoncée de Ben Gourion qui se retire alors officiellement de la politique jusqu’au début de l’année 1955 explique-t-elle aussi cette soudaine invitation ? (Michel BAR-ZOHAR, op. cit., pp. 245-247)

[43] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : note pour mémoire, 10 mai 1955. La période retenue pour ces négociations remet donc en question la date du 12 décembre 1953 généralement considérée comme celle de la signature de l’accord passé entre Yad Vashem et le CDJC.

[44] Ibid.

[45] Le Monde Juif, vol. 8, n° 66, décembre 1953, p. 15 ; Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 124.

[46] Annette WIEVIORKA, « Le combat… » loc. cit. , p. 126, n. 4 ; Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 124.

[47] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 124. Voir aussi Sylvie LINDEPERG et Annette WIEVIORKA, op. cit., p. 73.

[48] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 51.

[49] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 17 : accord signé le 12 décembre 1953 (sic) à Jérusalem, copie en français.

[50] Cette période correspond à la disponibilité du ministre Dinur qui part en congé par la suite.

[51] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Justin Godart à Ben Zion Dinur, 18 décembre 1953.

[52] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : note pour mémoire, 10 mai 1955.

[53] Annette WIEVIORKA, Il y a 50 ans… op. cit., p. 23.

[54] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 51.

[55] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : note pour mémoire, 10 mai 1955.

[56] Ibid.

[57] Ibid.

[58] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 124 ; Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 17 : accord signé le 12 décembre 1953 (sic) à Jérusalem, copie en français.

[59] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 125 ; Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 17 : accord signé le 12 décembre 1953 (sic) à Jérusalem, copie en français.

[60] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 125 et 127-128.

[61] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 17 : accord signé le 12 décembre 1953 (sic) à Jérusalem, copie en français. Cet accord avec Schneersohn, écrivent les dirigeants de Yad Vashem, « leur avait demandé un grand “effort affectif” ». (Tom SEGEV, op. cit., p. 500)

[62] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 125.

[63] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 51 ; Tom SEGEV, op. cit., p. 500.

[64] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Justin Godart à Ben Zion Dinur, 4 janvier 1954 ; lettre de Ben Zion Dinur à Justin Godart, janvier 1954 (polycopie).

[65] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : note pour mémoire, 10 mai 1955.

[66] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 51. Le non respect des clauses de l’accord aurait dû le frapper de nullité. (Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 17 : accord signé le 12 décembre 1953 (sic) à Jérusalem, copie en français) Ce n’est pas la seule entorse aux termes du compromis de fin 1953. L’acompte a été payé avec retard. (Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 125)

[67] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 51.

[68] Nicolas WEILL et Annette WIEVIORKA, loc. cit., p. 175. Les promoteurs parisiens y ont pourtant cru jusqu’au bout. Dans la lettre déjà évoquée qu’il adresse à Dinur à la veille des pourparlers de décembre 1953, Godart insiste encore sur le fait que le futur mémorial parisien « sera l’hommage universel » aux victimes juives du nazisme « tandis que celui prévu en Israël marquera le geste national » à leur mémoire. (Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Justin Godart à Ben Zion Dinur, 18 décembre 1953) Comme Annette Wieviorka le fait remarquer, c’est pourtant « le contraire qui s’est produit ». (Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 128)

[69] Tom SEGEV, op. cit., p. 500.


 
 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes