Equité et justice de "gauche" comme de droite

RobertBibeau@hotmail.com

Les indignés de Wall Street et ceux d’un millier de cités réparties dans 70 contrées où ils ont planté leur drapeau ont imaginé le slogan Nous sommes les 99 % qui s’appauvrissent et nous réclamons une plus grande justice sociale et économique : « Le 17 septembre 2011, une poignée de gens se rassemble dans un parc de New York pour réclamer une meilleure justice sociale et économique. (…) La chose que nous avons tous en commun, c’est que nous sommes les 99% qui ne tolèrerons pas plus longtemps la cupidité et la corruption des 1% restants » (1).

SOROS LE HÉROS MILLIARDAIRE

Le milliardaire spéculateur et boursicoteur Georges Soros, lui-même adjudant des 1 pour cent et cible des indignés frustrés, a émis pour l’occasion un communiqué pour appuyer ceux qui le houspillaient. Soros déclare dans ce communiqué que « La décision (des gouvernements NDLR) de ne pas injecter de capitaux dans les banques mais en réalité de les soulager de leurs mauvais avoirs et de leur permettre de s’extraire du trou, laisse les banques avec des super profits et leur permet de verser des super-bonus (à leurs gestionnaires NDLR). » (2).

On comprend ici que Soros convoitait le contrôle de l’une de ces banques qui, avec l’aide du gouvernement, a rétabli son crédit et échappé à sa voracité. Soros fait partie de la faction déclinante des spéculateurs-boursicoteurs qui implorent que l’État n’intervienne qu’en leur faveur dans les affaires spéculatives de leur clan afin de brouiller les cartes – et que chaque capitaliste se batte – et que les meilleurs survivent – comme dans la jungle primitive.

Les ‘indignés’ ont félicité Soros pour son appui et son courage « désintéressé ». Et de ce fait les ‘indignés désorientés’ se retrouvent dans le CLAN des moins de 1 pour cent de tyrannosaures qui soutient le libre-échange et les lois de la libre concurrence contre ceux qui, parmi les moins que 1 pour cent – en difficulté – quémandent une intervention étatique pour les sauver du danger et renflouer leurs entreprises. Dites-moi, quelle faction des impérialistes – libre-échangistes ou interventionnistes – devrions-nous vilipender ou congratuler aux prochaines élections ?

Ni l’une ni l’autre, direz-vous ! Et vous aurez raison. C’est pourtant le choix que vous offrent les candidats de la « gauche caviar » et de la « droite cassoulet » aux présidentielles françaises, aux présidentielles américaines et dans toute une série de mascarades électorales qui se préparent dans plusieurs pays secoués par l’effondrement des marchés boursiers.

ÉGALITARISME INACCESSIBLE

Contrairement à ce que suggèrent les indignés et l’ensemble de la « gauche égalitariste », il ne peut y avoir de justice dans la répartition de la richesse en société capitaliste, c’est impossible. La répartition égalitaire de la richesse n’est pas un objectif du développement économique sous régime capitaliste. La concentration de la richesse est une résultante, le produit du fonctionnement imprescriptible de ce système incontrôlé – anarchique. Aucune volonté humaine ne dirige le développement du système capitaliste qui suit son processus de concentration monopolistique inexorable.

Ainsi, de nombreux candidats dits de « gauche » et des dirigeants de partis dits « d’extrême-gauche » exposent devant leur sympathisants des chiffres révoltants prouvant hors de tout doute que la richesse se concentre toujours davantage entre les mains de quelques capitalistes (ce que George Soros souhaite maintenir puisqu’il fait partie des gagnants pour le moment) ; et ces hâbleurs démagogues exposent des statistiques démontrant l’appauvrissement concomitant des plus que 99 pour cent restant. Même l’aristocratie ouvrière et la petite bourgeoisie salariée sont victimes de cette paupérisation évidente et permanente (3).

L’ÉCONOMIE DE MARCHÉ

C’est la faute à ‘l’économie de marché’, clament en chœur et l’extrême-gauche et l’extrême-droite. Ils ont tout faux, tous les deux. C’est une appellation erronée pour caractériser l’économie capitaliste avancée. Cet épouvantail nous est présenté afin de déplacer le centre de gravité de la contradiction principale qui ébranle l’économie impérialiste tout entière et la fait tituber d’une crise à une autre. L’appellation ‘économie de marché’ suggère que le problème des peuples et des ouvriers se situe dans l’iniquité de la distribution de la richesse, l’injustice distributive : tous n’ont pas accès aux marchandises parce que le pouvoir d’achat n’est pas réparti équitablement par la faute du mauvais fonctionnement des ‘marchés libres’ qui seraient régis en sous-main par les financiers, les banquiers, les spéculateurs et les boursicoteurs avides. Le président de la société WalMart est aussi de cet avis tout comme Marine Le Pen, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy, Stephen Harper et Barack Obama.

Venant de gauche et de droite, ils font consensus pour présenter cette vessie pour une lanterne. L’injustice distributive serait la conséquence du mauvais fonctionnement du capitalisme, le pire système à l’exception de tous les autres disait feu Winston Churchill, le réactionnaire ancien premier ministre britannique. Le remède serait l’égalitarisme et une meilleure répartition de la richesse.

RENDONS LE CAPITALISME JUSTE ET ÉQUITABLE

L’étape suivante dans ce processus de mystification consiste à proposer des lois pour réguler les marchés, légiférer sur la répartition de la richesse, interdire la pauvreté (sic), augmenter le salaire minimum – le SMIC –, proposer un revenu minimum garanti, surenchérir, comme le font les candidats de gauche et la candidate d’extrême-droite (Marine Le Pen), par d’utopiques propositions d’aide sociale aux ménages et de rétablir la retraite à 65 ans et la semaine de 35 heures, augmenter les rentes de retraite, plafonner les salaires des dirigeants d’entreprises, ré-industrialiser les pays ‘industriellement délocalisés-disloqués’, etc. Un ensemble de propositions irréalistes qui ne sont que mirages pour attirer les électeurs désorientés, désemparés.

Évidemment, si jamais la supposée gauche s’emparait du pouvoir, elle ne pourrait jamais remplir ses promesses ou alors au prix d’un approfondissement de la dette souveraine, ce qui ne ferait que retarder l’échéance du règlement de compte final entre la classe ouvrière et ce système d’exploitation moribond.

Entre temps, évidemment, la droite serait trop heureuse de glapir à propos de l’ineptie des politiques de droite du « Front de gauche », et vice versa si c’est Le Front National qui se casse le nez en mettant en application ses politiques de gauche populiste. Sachez que les travailleurs ne croient plus à ces miroirs aux alouettes. Il n’y a que le clergé, l’Osservatore Romano, les indignés décontenancés, les socialistes utopiques-pré-scientifiques, les révisionnistes, la gauche vénale et la droite démagogue qui espèrent faire avaler ces couleuvres aux travailleurs.

La bourgeoisie accorde tous les bonbons que nous venons d’énumérer et attache ces chaînes dorées au cou des travailleurs quand l’économie va bien, que les profits sont en hausse, l’exploitation des pays du Tiers monde florissante – d’où vient la plus-value abondante – si bien que des miettes peuvent être distribuées aux travailleurs méritants. En période de crise, de repartage des dividendes, de partage des marchés, des ressources minières et des sources d’énergie, face à une superpuissance économique montante – la Chine – qui dispute toutes les régions du monde à l’hégémonie occidentale (États-Unis-ALENA et Union Européenne), il est hors de propos d’offrir de nouvelles concessions, que dis-je, il est hors de question de maintenir les avantages qui ont déjà été concédés. La guerre des classes est déjà engagée.

Nous ne vivons pas une époque de montée des réclamations ouvrières, mais une épopée de résistance aux revendications des patrons qui cherchent à reprendre ce qu’ils avaient précédemment accordé.

L’EXPROPRIATION PRIVÉE DE LA PLUS-VALUE

Et tout ceci n’est pas la conséquence d’une mauvaise répartition du pouvoir d’achat et des revenus, pas du tout, mais a pour cause l’expropriation privée des moyens de production et du fruit de la production – la plus-value à travers la vente des marchandises – ce n’est pas un problème d’équité c’est un problème de PROPRIÉTÉ du capital. La PROPRIÉTÉ privée des moyens de production (usine, moyens de transport, bureau administratif, mines, sources d’énergies, etc.) a pour conséquence l’accumulation de la plus-value – source de la richesse – et des marchandises dans les mains de moins en moins d’individus toujours plus riches et puissants, et, toutes choses étant égales par ailleurs, l’appauvrissement de ceux qui ne possèdent rien d’autre à vendre que leur force de travail (4).

Conséquence de la tautologie qui précède, on ne peut mettre fin à la crise et à ses conséquences – on ne peut contrer l’iniquité grandissante dans la répartition de la richesse et l’injustice qui est faite aux pauvres, aux travailleurs paupérisés, aux petit-bourgeois injustement rétribués – au point qu’ils doivent sacrifier leur loft sur le Plateau pour un meublé en sous-sol dans Hochelaga, échanger leur BMW pour une petite cylindrée…et autres calamités…

Inutile de se bercer d’illusions. La prospérité ne reviendra pas – elle s’est déplacée vers l’Asie-Pacifique, vers l’Est – vers d’autres horizons et une guerre nucléaire serait un bien lourd tribut à payer pour ramener « l’équité » en faveur des anciens colonisateurs occidentaux.

Le capitalisme ne peut être rafistolé et l’équité ne peut être instaurée sans changer de système économique.


(1) http://www.dannykronstrom.com/blog-... (2) http://www.lefigaro.fr/conjoncture/... (3) http://www.centpapiers.com/737-mait... (4) http://www.challenges.fr/classement...


 
 
 
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