UN EPISODE OUBLIE DE LA LUTTE POUR L’EXERCICE DU MONOPOLE DE LA MEMOIRE DE LA SHOAH

4 - LA BATAILLE ENTRE JERUSALEM ET PARIS DANS LES ANNEES 1950 AUTOUR DE LA CONSTRUCTION DU TOMBEAU DU MARTYR JUIF INCONNU DANS LA CAPITALE FRANÇAISE

Quatrième et dernière partie

DE L’ACCORD PASSE A L’INAUGURATION DU TOMBEAU LE 30 OCTOBRE 1956

Conformément à l’accord conclu avec Yad Vashem, le CDJC demande sans tarder à la Claims Conference de lui octroyer les fonds nécessaires à la construction du Tombeau du martyr juif inconnu dans la capitale française [1]. Cette requête reçoit sans surprise l’appui du président de Yad Vashem. Godart le remercie d’ailleurs encore pour son geste deux ans plus tard - lorsqu’il l’invite à l’inauguration du mémorial en 1956 [2].

La demande du CDJC bénéfice d’autres soutiens extérieurs. L’American Jewish Committee (AJC) - dont le président Jacob Blaustein fait de longue date partie du comité mondial pour l’érection du mémorial - l’appuie lui aussi [3]. Elle ne fait pourtant pas l’unanimité. Depuis la mise en œuvre effective, en 1954, du compromis passé avec Yad Vashem, une partie non négligeable de la communauté juive organisée de France se dresse violemment contre cet octroi de subside au CDJC [4].

L’opposition intérieure

Est ce en raison de ses réticences notoires à l’égard de l’entreprise monumentale parisienne que la direction de la Claims Conference charge le baron de Rothschild, président du Consistoire central de France, de l’évaluation de la requête financière introduite par le Centre [5] ? Quoi qu’il en soit, le rapport qu’il lui soumet vraisemblablement dans le courant du mois de mai 1954 est sans surprise « fondamentalement opposé à la demande du CDJC » [6]. [notre traduction]

L’historienne Esther Benbassa précise la nature de cette hostilité en utilisant un article que son confrère états-unien Ronald Zweig a publié en 1987. Comme elle l’explique dans l’ouvrage qu’elle consacre à la souffrance des Juifs, le baron de Rothschild se déclare « hostile au projet [monumental parisien], considérant que celui-ci aurait une valeur sentimentale, mais pas de contribution sociale » et préconise par conséquent l’idée d’un « Mémorial modeste, associé à un centre communautaire » [7].

Dérogeant à sa règle de conduite, la Claims Conference néglige finalement les recommandations de son propre rapporteur [8]. Malgré les protestations de nombreuses organisations juives de France, sa direction - Blaustein et Goldmann en tête - continue à soutenir l’initiative monumentale du CDJC [9].

La Claims Conference n’annonce toutefois le paiement de l’acompte des 150 000 dollars que « par une lettre en date du 28 mai 1954 » - soit avec plus de deux mois de retard sur le calendrier prévu [10]. Le règlement de la première tranche du financement se double de nouvelles conditions. La Claims Conference exige en contrepartie la nomination d’experts qui contrôleront, les uns les travaux, les autres les dépenses [11].

Suite à cette annonce, comme l’explique Annette Wieviorka dans son article pionnier déjà évoqué : « la polémique qui s’était tue après la cérémonie de la pose de la première pierre se déchaîne avec une vigueur redoublée » [12]. L’hostilité qu’une partie de la communauté juive organisée de France vouait au projet monumental du CDJC s’est-elle alors ravivée ? Qui sont ces opposants ? Quels sont leurs griefs ? Chacune de ces questions mérite une réponse circonstanciée [13].

Comme le note dans une lettre du 1er juin 1954 un délégué new-yorkais de la Claims Conference en mission à Paris, le Fonds social juif unifié (FSJU), le CRIF et le Consistoire s’élèvent alors contre le mode de financement de la construction du futur mémorial de la rue Geoffroy l’Asnier [14]. La presse yiddish de Paris exprime le désaccord des Juifs d’origine est-européenne qui vivent dans la capitale française - signale de son côté le secrétaire de la Claims Conference dans un courrier qu’il adresse à Nahum Goldmann le 22 octobre 1954 [15]. Le refus du financement avec l’argent de la Claims Conference ne cesse de croître par la suite.

Selon une publication juive de Londres, « au printemps 1955, dix neuf associations juives avaient exprimé publiquement leur refus [16]. » Comme l’explique encore Annette Wieviorka dans son article pionnier : « Un pas de plus est franchi quand les opposants se constituent en un “Comité des organisations juives pour la révision du projet du monument au martyr juif inconnu” et élaborent un contre-projet qu’ils soumettent au Yad Vashem et à la Claims Conference [17]. »

Le 12 avril 1955, Godart prévient effectivement Dinur que « le 22 Mars, […] un Comité d’Action contre le projet du Mémorial a été constitué » [18]. Sa lettre reste apparemment sans suite. Aussi Meiss et Modiano font-ils une nouvelle tentative par la suite. À la fin du mois de mai 1955, ils lui rappellent que les adversaires du Tombeau parisien « ont constitué un “Comité d’Action pour la Révision du Projet du Mémorial” au sein duquel figurent d’après ses promoteurs les représentants de 19 organisations juives de France » [19].

Qui sont ces Juifs de France de plus en plus nombreux farouchement opposés au projet monumental du CDJC ? Dans leur lettre susmentionnée du mois de mai 1955, Meiss et Modiano signalent à Dinur que « les organes du sionisme en France » ont adopté une « attitude résolument hostile au Mémorial » [20]. Godart l’avait précédemment prévenu dans le courrier déjà évoqué du mois d’avril de la même année que cette hostilité avait trouvé naissance dans les rangs des travaillistes où « certains membres du Mapaï […] utilis[ai]ent l’organe parisien de ce parti, l’“Unzer Wort”, pour se livrer à des attaques véhémentes contre le projet du Mémorial » [21].

Le mois suivant, toujours dans le même courrier, Meiss et Modiano complètent son information. Ils commencent par lui expliquer que dans le courant de l’année 1954 « les opposants [du Mapaï] firent voter par le Comité Central de leur organisation une motion condamnant le projet de Mémorial » [22]. Ces adversaires de la première heure « s’étant associés au groupement dit “Les Anciens de la Résistance Juive” », poursuivent-ils, leur rapprochement a alors donné naissance au Comité d’action pour la révision du projet du mémorial [23].

Fait nouveau depuis la création le 22 mars 1955 de ce comité, indiquent ils encore, « le Bureau Exécutif de la Fédération Sioniste de France vient de voter une motion selon laquelle les monuments commémoratifs des martyrs du nazisme ne peuvent trouver place ailleurs qu’en Israël » [24]. Cette proposition est d’autant plus embarrassante qu’elle émane d’une fédération qui est généralement considérée comme le représentant officiel d’Israël en France. En conséquence, préviennent-ils enfin, « devant l’hostilité de la Fédération en question et devant le silence du Yad Vashem, l’opinion française pourrait être fondée de croire que l’opposition au projet du Mémorial bénéficie d’encouragements de la part des autorités israéliennes » [25].

Pourquoi ces sionistes de France s’opposent ils alors violemment au projet monumental du CDJC ? Tous leurs griefs ne sont pas nouveaux. La critique du choix de Paris comme lieu pour ériger un mémorial juif n’est pas neuve. Le vote de la loi Yad Vashem et l’accord conclu en décembre 1953 ont pu toutefois renforcer les arguments de ceux qui regardent Jérusalem comme le seul endroit digne d’abriter un tel monument. Mais la virulence de cette hostilité française au Tombeau s’explique avant tout par le changement survenu dans son mode de financement.

Au centre de l’opposition qui fait alors rage en France, domine la question cruciale de la destination des fonds des réparations ouest allemandes. Aux yeux de ces sionistes de France, comme le note Annette Wieviorka dans son article pionnier sur le mémorial, l’argent de la Claims Conference « ne peut être utilisé que dans un but : la reconstruction » du judaïsme mondial « et non pour des tombeaux » [26]. Dans la même étude, l’historienne du mémorial souligne que cette opposition met également « l’accent sur le caractère personnel d’un projet qui utilise de l’argent qui devrait revenir à la communauté » [27].

La vague d’opposition à un bâtiment alors en cours de construction se prolonge en diminuant quelque peu d’intensité jusqu’en 1956. Bien que réduite, cette hostilité dérange les promoteurs parisiens jusqu’au bout. Comme à la fin du mois de mars 1956, lorsque Schneersohn rappelle à Goldmann sa promesse d’« intervention en Israël pour faire cesser les attaques contre le Mémorial que lancent la Presse Mapaï et les représentants de ce parti à Paris » [28]. Ces actes hostiles ne cesseront définitivement qu’avec l’inauguration du Tombeau en octobre 1956 [29]…

L’inauguration du Tombeau

Comme le résume Annette Wieviorka dans son article pionnier sur le sujet : « Pendant ce temps, la construction va bon train, malgré un certain retard dans l’attribution du permis de construire dû à des pressions » [30]. Les autorités compétentes ne délivrent effectivement le permis de bâtir que vers la fin de l’année 1954. Entre-temps, comme le rappelle Jacques Sabille dans son historique du mémorial déjà mentionné, les promoteurs parisiens finissent par comprendre que ce retard « était dû à des interventions hostiles au Mémorial et qui venaient de milieux tels que les hésitations du Ministre ne pouvaient pas ne pas paraître justifiées » [31].

Sabille suggère-t-il par là que le ministre de l’Intérieur François Mitterrand ne pouvait rester sourd à des protestations qui émanaient des organes du sionisme français ? Si ses souvenirs étaient totalement fiables, l’intervention sollicitée du député radical de Constantine, René Mayer, auprès du ministre de l’Intérieur aurait alors permis de débloquer la situation [32].

Pour finir, comme l’écrit après coup Schneersohn dans le rapport moral de décembre 1957, « le décret autorisant la construction est paru le 23 novembre 1954 » au Journal Officiel ; il porte les signatures de Pierre Mendès-France et de François Mitterrand, respectivement « Premier ministre » et ministre de l’Intérieur [33].

Dans le même document, Schneersohn fait remarquer que les travaux d’édification ne commenceront réellement qu’« à la fin de 1955 » [34]. Ce nouvel ajournement résulte-t-il, lui aussi, de l’opposition que le projet monumental du CDJC rencontrait alors ? Quoi qu’il en soit, le chantier progresse « à un rythme rapide » par la suite [35]. Malgré l’ultime retard provoqué par « la vague de froid exceptionnelle, qui sévissait à Paris en février » de cette année-là, son inauguration se fait à la fin du mois d’octobre 1956 [36].

Ironie de l’histoire, l’inauguration officielle du mémorial a lieu le 30 octobre 1956, en l’absence du président de la République française. S’il n’avait pas été retenu par un conseil des ministres réuni d’urgence en raison des événements au Proche Orient [37], René Coty aurait sans aucun doute assuré, comme il l’avait d’ailleurs promis, la présidence de cette manifestation [38].

Comme le fait remarquer Annette Wieviorka dans son article pionnier sur le sujet, la cérémonie inaugurale du Tombeau « répète grosso modo celle de la pose de la première pierre » en 1953, mais « à une exception près, de taille certes : la présence d’Israël » [39]. En 1956, insiste l’historienne du mémorial, « l’État hébreu a donc une place symbolique dans la cérémonie, ce qui n’était pas le cas trois ans plus tôt » [40].

Comment cette présence symbolique d’Israël se manifeste-t-elle le 30 octobre 1956 ? « Ce jour-là » - précise-t-elle encore - « le drapeau israélien flotte aux côtés du drapeau français et l’ambassadeur d’Israël prononce une partie de son discours en hébreu » [41]. Qui représente officiellement Israël à la cérémonie de la pose de la première pierre ? Trois représentants israéliens assistent finalement à la cérémonie du 17 mai 1953 [42]. Qui plus est, Samuel Divon, le « délégué spécial du gouvernement d’Israël », y prononce même un discours couronné par l’hymne national que l’assistance entonne spontanément avec ferveur [43]…

Au lendemain de l’inauguration, le Tombeau du martyr juif inconnu « n’a encore de “tombeau” que le nom » [44]. « Les cendres des martyrs des camps d’Auschwitz, Belzec, Chelmno, Maïdanek, Mauthausen, Sobibor, Treblinka ainsi que du Ghetto de Varsovie » qui devaient être transférées et ensevelies le 30 octobre dans la crypte du mémorial sont, en raison d’un refus rabbinique, « provisoirement inhumées » au cimetière de Montparnasse [45]. L’opposition du rabbinat levée, ce transfert de même que « la cérémonie d’inhumation des cendres des martyrs » sont finalement organisés dans le plus profond recueillement, le 24 février 1957 [46].

CONCLUSION

Le projet de l’érection du Tombeau du martyr juif inconnu dans la capitale française que les dirigeants politiques israéliens soutiennent dans un premier temps à leur corps défendant de peur de faire échouer les négociations sur les réparations ouest-allemandes, avant de s’y opposer violemment par la suite, à la faveur de la ratification le 18 mars 1953 par le Bundestag des accords de Luxembourg, entraîne bien la bataille mémorielle entre Jérusalem et Paris au centre de notre étude. Cet épisode méconnu de la lutte incessante pour l’exercice du monopole de la mémoire de la Shoah se double du lancement du processus législatif couronné le 19 août 1953 par le vote à la Knesset d’une loi mémorielle de portée universelle - dite Yad Vashem.

Cette loi israélienne de même que le compromis censé régler quelques mois plus tard le différend survenu entre les deux villes octroient sur le papier à Jérusalem le monopole mémoriel du génocide exercé jusque-là par Paris. Même s’ils en réduisent sérieusement la portée, les dirigeants politiques israéliens ne parviennent cependant pas à mettre un terme au processus de construction du mémorial de la rue Geoffroy l’Asnier - finalement inauguré en octobre 1956. Dans la pratique, l’État hébreu n’exercera toutefois son monopole mémoriel qu’à partir de 1961 - à la faveur du procès Eichmann…

La présente étude a mis l’accent sur le fait que la ratification du 18 mars 1953 déclenche à la fois la bataille mémorielle entre les deux villes et le processus législatif israélien de la mémoire de la Shoah. Jusque-là, la question des « réparations » paralysait les dirigeants de l’État hébreu comme elle frappait d’inertie la majorité des organisations juives américaines.

De fait, celles-ci avaient refusé au début des années 1950 de soutenir financièrement la construction d’un projet monumental comparable à celui du CDJC, alors envisagé à New York, de peur notamment « de déplaire à l’Allemagne, alors que Nahum Goldmann négoci[ait] avec Konrad Adenauer ce qu’on appellera “les réparations” » - comme le note Annette Wieviorka, elle-même, dans l’ouvrage qu’elle consacre spécialement aux témoins, en se fondant sur une analyse de sa consœur américaine Rochelle Saidel [47].

Patrick Gillard, historien


Notes

[1] Ronald W. ZWEIG, op. cit., pp. 157-158. Les prochains paragraphes se fondent essentiellement sur les données publiées dans la seconde édition de cet ouvrage. Le bilan au 31 décembre 1956 du mémorial présente des recettes égales à 120 millions de francs. Sur ce total, la part financée par la Claims Conference s’élève à quelque 100 millions de francs - soit 5/6 de l’ensemble des recettes. (Le Monde Juif, vol. 12, n°12 (79), janvier 1958, p. 55)

[2] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Justin Godart à Ben Zion Dinur, 19 juillet 1956.

[3] Ronald W. ZWEIG, op. cit., p. 158. Sur l’AJC, une des plus anciennes organisations de défense des Juifs américains, voir Naomi W[iener] COHEN, Not Free to Desist, The American Jewish Committee 1906-1966, The Jewish Publication Society of America, Philadelphia, 1972, XIII et 652 p. Sur Jacob Blaustein, voir Ronald W. ZWEIG, op. cit., p. 214.

[4] Ronald W. ZWEIG, op. cit., p. 158. Voir aussi Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Léon Meiss et de Vidal Modiano à Ben Zion Dinur, 23 mai 1955.

[5] Ronald W. ZWEIG, op. cit., p. 158. Guy de Rothschild s’était déjà opposé avec succès à la présence du président de la République française à la cérémonie du 17 mai 1953.

[6] Ibid., pp. 158 et 175, n. 8.

[7] Esther BENBASSA, La Souffrance comme identité, Fayard, Paris, 2007, pp. 198 et 266. Voir aussi Ronald W. ZWEIG, op. cit., pp. 158 et 175, n. 8.

[8] Ronald W. ZWEIG, op. cit., p. 159.

[9] Ibid., pp. 158-159 et 175, n. 12. Les promoteurs parisiens leur doivent donc une fière chandelle. Mais les dirigeants de la Claims Conference cachaient peut-être leur jeu. Zweig prétend en tout cas qu’en soutenant financièrement un premier projet mémoriel dans la diaspora - le Tombeau du martyr juif inconnu en l’occurrence -, ils ouvraient volontairement la voie au prochain financement beaucoup plus important et durable : celui de Yad Vashem. (ibid., pp. 159 et 161)

[10] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 125 ; Ronald W. ZWEIG, op. cit., pp. 159 et 175, n. 13.

[11] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 125.

[12] Ibid. Voir aussi Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Léon Meiss et de Vidal Modiano à Ben Zion Dinur, 23 mai 1955.

[13] A priori, ces questions sortent du cadre de notre étude. Pourquoi les conserver ? D’une part, parce qu’Israël a peut-être encouragé cette opposition intérieure. De l’autre, parce que l’hostilité française semble continuer la bataille mémorielle de 1953.

[14] Ronald W. ZWEIG, op. cit., pp. 158 et 175, n. 9 ; Esther BENBASSA, op. cit., p. 197.

[15] Ronald W. ZWEIG, op. cit., pp. 158 et 175, n. 10 ; Esther BENBASSA, op. cit., pp. 197-198.

[16] Esther BENBASSA, op. cit., p. 197 ; Ronald W. ZWEIG, op. cit., pp. 158 et 175, n. 11.

[17] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 126.

[18] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Justin Godart à Ben Zion Dinur, 12 avril 1955.

[19] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Léon Meiss et de Vidal Modiano à Ben Zion Dinur, 23 mai 1955.

[20] Ibid.

[21] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Justin Godart à Ben Zion Dinur, 12 avril 1955.

[22] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Léon Meiss et de Vidal Modiano à Ben Zion Dinur, 23 mai 1955.

[23] Ibid.

[24] Ibid. Cette motion est votée « en dépit de l’opposition des Sionistes Généraux et d’autres membres favorables au Mémorial de Paris ». (ibid.) Après avoir été respectivement « président du Keren Kayemeth Leisraël [Fonds national juif] de 1946 à 1949, co-fondateur et président en 1947 de l’Union sioniste de France, André Blumel devint secrétaire général puis président de la Fédération sioniste de France lorsqu’elle fut reconstituée en 1954. » (François LAFON, « André Blumel, un itinéraire sioniste à la croisée des chemins », dans Bulletin du Centre de recherche français de Jérusalem, [en ligne], vol. 19, 2008, mis en ligne le 12 mars 2009, consulté le 25 novembre 2009, URL : http://bcrfj.revues.org/index5949.html) André Blumel ne nous est pas inconnu. Sur son opposition en 1951 au choix de Paris comme lieu pour ériger le futur mémorial, voir supra. Les délais qui nous ont été impartis pour terminer cette recherche ne nous ont pas permis d’éclairer davantage le rôle qu’il a éventuellement joué dans cette opposition. Cette question mériterait un examen plus approfondi.

[25] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre de Léon Meiss et de Vidal Modiano à Ben Zion Dinur, 23 mai 1955. Même si le compromis de décembre 1953 est censé mettre fin à la bataille qui oppose Jérusalem à Paris cette année-là, l’hypothèse selon laquelle Israël continue à soutenir l’hostilité française au mémorial par la suite ne peut être écartée. Ce point mériterait aussi des recherches complémentaires.

[26] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 125.

[27] Ibid. Cette hostilité au mémorial éclaire aussi les fractures idéologiques qui séparent les différents courants du sionisme en France comme ailleurs. Il existe à notre connaissance très peu d’informations disponibles sur les opinions politiques des dirigeants du CDJC. À ce sujet, comme le suggère Philippe Boukara, « il serait intéressant d’explorer plus avant les relations entretenues par Justin Godart avec la mouvance dite révisionniste, c’est-à-dire se réclamant des idées plutôt “droitières” de Vladimir Jabotinsky, en rupture avec le sionisme officiel à partir de 1935 et jusqu’à 1946-1948. » (Philippe BOUKARA, loc. cit., p. 206) Cette recherche serait d’autant plus importante qu’elle permettrait de vérifier si, comme notre coup de sonde dans les archives du Mémorial de la Shoah permet de le soupçonner, « l’équipe du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), avec laquelle il [Godart] avait noué tant de liens, était assez proche de cette sensibilité politique ». (ibid.)

[28] Mémorial de la Shoah, Fonds MDXXXVI, 30 : lettre d’Isaac Schneersohn à Nahum Goldmann, 30 mars 1956.

[29] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 127.

[30] Ibid., p. 126.

[31] Le Monde Juif, vol. 18, n° 34-35, juillet-décembre 1963, p. 102.

[32] Ibid. Les souvenirs de Sabille posent pourtant question. À quel titre les promoteurs du futur mémorial de la rue Geoffroy-l’Asnier sollicitent-ils l’appui du « Président René Mayer » ? (ibid.) Mayer a-t-il personnellement promis la délivrance du permis de bâtir lorsqu’il était président du Conseil des ministres dans la première moitié de l’année 1953 ? Ou bien considère-t-il la cérémonie officielle de la pose de la première pierre comme un engagement en soi ? Sur ces questions, voir supra.

[33] Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 50.

[34] Ibid., p. 51.

[35] Le Monde Juif, vol. 10, n° 4 (71), janvier 1956, 2e page de couverture.

[36] Le Monde Juif, vol. 10, n° 5 (72), avril 1956, p. 17. La valeur architecturale du monument est immédiatement reconnue. Le mémorial obtient comme le signale le rapport du Comité exécutif de 1957 : « un 2e prix au Festival International d’Architecture et d’Art Monumental ». (Le Monde Juif, vol. 12, n° 12 (79), janvier 1958, p. 55)

[37] La crise de Suez qui oppose Israël, le Royaume Uni et la France à l’Égypte éclate justement à ce moment-là. « Dans la nuit du 29 au 30 octobre [1956], les Israéliens attaquent dans le Sinaï. Londres et Paris lancent, le 30, leur ultimatum ». (Jean-Louis DUFOUR, Les Crises internationales de Pékin (1900) à Bagdad (2004), Éditions Complexe, Bruxelles, 2004, p. 128)

[38] Le Monde Juif, vol. 11, n° 8-9 (75-76), décembre 1956-février 1957, p. 29. Présent à la cérémonie du 30 octobre où il prendra encore la parole, Justin Godart s’éteindra quelques semaines plus tard, le 13 décembre 1956, à l’âge de 85 ans. (ibid., p. 2)

[39] Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 127.

[40] Ibid.

[41] Ibid. Dans une étude parue en 2004, l’historienne note pourtant : « Lors des deux grandes cérémonies - celle de la pose de la première pierre, le 17 mai 1953, celle de l’inauguration, en octobre 1956 -, les deux drapeaux, celui de la France, celui d’Israël, flottent côte à côte. » (Annette WIEVIORKA, « Le combat… » loc. cit., p. 129)

[42] « L’État d’Israël est représenté par M. Divon, délégué du Gouvernement de Jérusalem à la cérémonie, M. Guilboa, consul général et le colonel Syrkin, attaché militaire, revêtu d’un brillant uniforme. » (Le Monde Juif, vol. 8, n° 65, octobre 1953, p. 10) Sur la question de la représentation israélienne à la cérémonie de la pose de la première pierre, voir supra.

[43] Le Monde Juif, vol. 8, n° 65, octobre 1953, p. 10.

[44] Sylvie LINDEPERG et Annette WIEVIORKA, op. cit., p. 73.

[45] Le Monde Juif, vol. 11, n° 10 (77), mai 1957, p. 21 ; Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., p. 127. Sur le « combat d’arrière garde » de l’opposition « faisant appel à l’arbitrage rabbinique », voir Annette WIEVIORKA, « Un lieu… » loc. cit., pp. 126-127.

[46] Le Monde Juif, vol. 11, n° 10 (77), mai 1957, p. 21. Sur la manifestation du 24 février 1957, voir Sylvie LINDEPERG et Annette WIEVIORKA, op. cit., pp. 73-75.

[47] Annette WIEVIORKA, L’ère… op. cit., pp. 72-73 ; Rochelle S. SAIDEL, Never too late to remember : the politics behind New York City’s Holocaust Museum, Holmes & Meier, New York, 1996, pp. 51-52. Ce projet new-yorkais sera abandonné en 1954…


 
 
 
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