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Infos et analyse en provenance du réseau global d’Independent Media Center (IMC)

Une réponse à l’attaque du 11 septembre dont il ne faut pas parler : Vérité, Justice et Egalité.

Joanne Butowski & Annabel Webb, Justice for Girls, Vancouver, Colombie
Britannique.

Le 1er octobre, la professeur
canadienne Sunera Thobani a
reçu une ovation pour sa critique
féministe de la guerre des États-Unis
contre l’Afghanistan ; avant même
que cette femme
courageuse ait eu le temps de
sortir de la pièce, les médias
néolibérales et autres
réactionnaires avaient déjà
engagé leur guerre de diffamation
à son égard.
« Le but de mon discours était
de rallier le mouvement des
femmes canadien contre la
guerre » dit Thobani dans une
réponse écrite à ses critiques.
« Si quelques journalistes et
chroniqueurs se sont efforcés de
faire de mon discours une
couverture pondérée, en
revanche trop de secteurs des
médias se sont livrés à des
attaques personnelles haineuses
. Comme bien d’autres, je me
dois de m’inquiéter que ces
attaques passent pour des
commentaires intelligents dans
la presse courante. » Le texte
complet de sa réponse est
disponible dans un numéro
spécial de la publication pour
impression de l’Independent
Media Center.
La calomnie à l’encontre du
Dr Thobani a été poussée si loin
qu’un citoyen lui a même
intenté un procès pour
« incitation à la haine », et qu’un
homme d’affaires américain en
vue a appelé à un boycott des
anciens étudiants de l’Université
de Colombie Britannique où
elle enseigne. Dr Thobani a elle-même
reçu tant de lettres
d’injures et de menaces
personnelles qu’un garde se
tient maintenant à la porte des
salles de cours où elle enseigne
à l’UCB.
Ce qui suit est une réponse et
une analyse en provenance du
groupe « Justice for Girls »

Une réponse à l’attaque du 11 septembre dont il ne faut pas parler : Vérité, Justice et Égalité

Nous étions deux des 500
femmes à Ottawa cette semaine -activistes, défenseurs de la non-violence et universitaires- qui ont fait une ovation à
l’allocution courageuse du Dr Sunera Thobani. Nous nous
sommes senties soulagées : enfin
une perspective qui
encourageait la compassion, la
justice et l’égalité en réponse
aux attaques du 11 septembre.
Nous l’avons applaudie pour
rompre un silence total sur
l’héritage tragique de la
politique étrangère américaine
vis-à-vis du Tiers Monde et du
Moyen Orient. Après tout,
comment pouvons-nous, nous
le public canadien, décider en
connaissance de cause comment
réagir aux évènements du 11
septembre alors que des faits
historiques essentiels sont
supprimés ?
Le discours du Dr Thobani
était en effet adapté au thème de
la conférence : résistance à la
violence contre les femmes et les
filles. Chacune des femmes qui
s’est levée à la fin pour exprimer
son soutien aux paroles du Dr
Thobani comprenait que les
femmes et les filles
d’Afghanistan ne pourraient pas
échapper à l’extrême violence de
l’action militaire américaine. En
tant que féministes, nous
reconnaissons collectivement
que les femmes et filles de
couleur dans le Tiers Monde et
dans le Moyen Orient ont subi
une longue et tragique histoire
de sanctions économiques et
d’action militaire américaines.
Nous pensons aux femmes
tenaillées par la faim et vivant
dans une pauvreté abjecte à
cause des sanctions
économiques impitoyables
imposées à l’Irak. Nous pensons
que filles qui souffrent des
conséquences atroces à long
terme sur la santé (cancers,
malformations à la naissance,
hémorragie interne) de l’uranium
appauvri utilisé dans l’armement
américain durant la guerre du
Golfe. Nous nous demandons
combien de femmes et de filles
ont été violées durant l’invasion
américaine de l’Irak. Nous
savons que le viol est, et sera
toujours, une arme de guerre.
De même que les États-Unis
n’ont pas libéré les femmes
afghanes lorsqu’ils soutenaient
l’essor du Taliban pour lutter
contre les forces soviétiques dans
les années 80, ils ne les libèreront
pas maintenant en les
bombardant. Regardons les
choses en face— les États-Unis
s’intéressent peu à la libération des
femmes en Afghanistan mais
cherchent plutôt à garder le
contrôle du Moyen Orient afin
de protéger leur accès aux
ressources pétrolières.
L’affirmation du Premier Ministre
Gordon Campbell selon laquelle
le discours du Dr. Thobani était
motivé par la haine était une
inversion stupéfiante (et peut-être
stratégique). Il est tout à fait
évident que son discours et en fait
tout son travail à ce jour ont été
consacrés à s’opposer à la haine
et à la violence entretenues par
des systèmes d’inégalité, y
compris la domination globale
économique et militaire du
Monde Occidental. Le discours
du Dr. Thobani nous a
encouragées à tirer les leçons du
passé et à exiger un ordre mondial
plus juste qui ne soit pas fondé
sur la rapacité, la domination, la
vengeance et la guerre. Il est triste
de constater que ces idées sont
devenues de plus en plus
radicales dans le climat suffocant
du militarisme et de la
propagande de guerre américains.
Ce n’est pas par hasard que
diverses médias et politiciens
variés ont réservé leurs attaques
les plus hargneuses au Dr. Thobani, une femme de couleur.
Plusieurs d’entre eux ont suggéré,
parfois crûment, parfois plus
subtilement, que le Dr. Thobani
est une « étrangère » au Canada.
Par exemple, des références à son
pays d’origine assorties de
suggestions qu’elle ferait bien d’y
retourner, sont des tactiques
racistes ordinaires conçues pour
la discréditer et la réduire au
silence. Personne n’a fait mention
de son expertise concernant ces
sujets ou de sa contribution
exceptionnelle à la société
canadienne en tant que féministe
respectée dans ce pays. Bien au
contraire, ses paroles ont été
dépeintes comme « slogans à bon
marché », « manipulatrices »
« délirantes, » etc. Les femmes
qui s’expriment ont une grande
habitude de ce genre d’insultes
lorsque nous faisons état de
vérités impopulaires et difficiles.
Le discours du Dr Thobani
était un cadeau qu’elle nous
faisait à tous. Elle a révélé la
vérité honteuse de la politique
étrangère américaine et nous a
stimulées à lutter pour la paix, la
justice et l’égalité à travers le
monde. Au nom de la sauvegarde
des femmes à travers le monde,
nous ne pouvons qu’espérer qu’un
jour prochain ces notions ne
seront plus tenues pour
extrémistes.


 
P.S.
 
 
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