Antagonisme idéologique, l’exorcisme des semblables…

L’idéologie est l’univers de l’ostentatoire autoritaire et de la monstration séductrice. CLM

Dans le domaine des identités idéologiques, qui sont une fiction des gouvernants érigeant artificiellement comme transcendante et naturelle, l’appartenance au groupe, nation, État, société, ethnie, généralement doctrinalisée par la politique ou par la religion - identités idéologiques à ne pas confondre avec l’identité ontologique, vu que le concept d’identité réfère essentiellement aux deux catégories ontologique et idéologique - la fonction différentiante, étant le touchau de la mouvance identitaire, les guerres entres semblables peu différents sont parfois de loin plus acharnées que celles entre entités totalement autres. L’exigence de conserver ses membres conquis et de continuer à en conquérir, oblige les dirigeants à montrer la méliorativité de ladite mouvance (son essence meilleure) très ostensiblement pour enflammer la partisanerie, hors de toute ressemblance avec autrui.

La plupart des antagonismes, à tout le moins, les plus violents, les plus virulents tiennent souvent à des nuances et non à des différences d’essence ou de projet. Et pour cause, quand l’altérité des essences est fondamentale et l’éloignement, irréductible, les contraires se reconnaissant tels, se séparent et ne se parlent plus, par rejet réciproque purement et simplement. Chacun va alors cultiver son champ, gérer son espace, entretenir son domaine. Les antagonismes, dans cette dernière occurrence, et leurs combats, s’amenuisent, se raréfient voire s’effritent.

Par manière d’illustration, les chocs entre catholicisme et protestantisme ; entre sunnites et chiites ; entre extrême droite et droite modérée, entre poltèques et aztèques, entre hutus et tutsis, ont été dès le départ ou sont devenus (sauf dans le cas du capitalisme et du communisme, antagonisme clairement en violent conflit depuis qu’ils cohabitent dans le choc des projets de société), de loin plus ardus que ceux entre chrétienté et bouddhisme, entre extrême droite et social-démocratie… L’histoire nous l’a montré, les deux grandes guerres mondiales ont toutes deux été intercapitalistes, malgré l’existence de l’Urss envahie par Hitler à la seconde conflagration...

Que dire des bévues de l’histoire commises par des peuples ressemblants, qui, par cécité rivale et chauvinisme haineux, ont vendu leurs proches, leurs cousins ennemis pour se faire occire après par d’impitoyables lointains ennemis racistes extrêmes et exterminateurs des deux antagonistes en présence ! Les cas sont assez fréquents dans le Nouveau Monde conquis par les colons européens où les tribus locales s’allièrent avec l’envahisseur contre leurs voisins haïs, tout comme ces tribus africaines qui vendaient leur vaincus aux marchands d’esclaves blancs, occasionnant un des plus grands génocides de l’histoire, celui des noirs à travers la traite et l’esclavage, sans toutefois se protéger de la colonisation à venir plus tard sur leur tête d’aliénés. La proximité de l’inimitié semble de loin plus émotivement répugnée dans l’imaginaire pulsionnel que l’agression venant de loin quelque plus terrible soit-elle ! Quelque génocidaires des rivaux que puissent être les agresseurs totalement étrangers et venant de très loin !

L’affirmation par la différentiation radicale, étant la marque de présence des idéologies, les idéologues, les meneurs pourfendent donc énergiquement, voire exorcisent en les diabolisant, tous rivaux trop proches par certaines caractéristiques de base. De fait, exhiber les spécificités et particularités qui assoient l’unicité de la mouvance présentée absolue, ne peut se faire que par la diabolisation du ressemblant à peine différent dans les manières, sans prendre garde aux dangers d’intrusion ainsi avantagée de leurs prédateurs communs, leurs exterminateurs totalement étrangers...

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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