L’Être comme strictement autogène.

N’en déplaise aux heideggériens, l’Être n’est possible que dans une perspective ontothéologique. Seule la Causa Sui dans son autogénération mérite le titre d’Être. Qui ne peut être par soi-même, n’est pas l’Être mais émanation de l’Être dont il est tributaire. On ne l’appelle être que par déficience du langage. C’est une créature.

L’Être est la Nécessité incréée, éternelle créatrice, et l’étant, créature contingente circonstancielle. CLM

L’être, parce qu’essentiellement au départ, autogénération, est donc irréductible à toute généalogie et eschatologie. Il n’est ni créature ni création mais Créateur ou Émanateur de ce qui est : des êtres ou pour reprendre l’appellation heideggérienne, des étants dans leur particularité participant au fait d’être. Puisqu’il n’y a guère de premier début ni de fin dernière pour ce qui est en soi le centre de toute condition créationnelle, le temps et l’espace, la matière première et son façonnement en entité. D’où le « il y a » (l’être), ne saurait être "sans substance" ni caractérisé par son "déploiement dans le temps" ainsi que le voudrait la fiction de l’auteur de l’Être et le temps.L’Être se manifeste fondamentalement par l’ensemble des créatures participant à la Substance de l’Autogénéré encore dit Causa sui. La Causa Sui, Cause Causante de Soi et de toute présence ultérieure, est essentiellement Substance Originaire Dispensatrice des substances que sont les créatures. Causa Sui, Substance créatrice de tout.

Substance, cela s’entend, de la Totalité matérielle et immatérielle dispensatrice des natures portées par les créatures et qui les constituent comme identité ontologique. Substance, Infini intégrant tous les finis du créé, Infini, Étendue sans borne, où s’insèrent les présences désignées théologiquement par le concept globalisant singulier : La Création. Infini, bien plus qu’une hénologie (philosophie de l’Un s’épandant dans la multiplicité cosmique, naturelle de ses créés qu’il domine), mais Principe Vivant Générateur de toutes créatures. Principe et Conscience par qui existe l’évènement du il y a, le phénomène du fait d’être. La nature d’une créature, est à ce compte, la substance particulière à cette créature. L’Être n’est donc point réductible au fait d’être qu’il cause, c’est plutôt le centre infini des substances qui forment toutes les créatures possibles imaginables ou inimaginables dans leur espèce catégorielle et leur spécificité élémentale, leur singularité, cet état de faits que nous pouvons appeler le "fait d’être"…

L’on comprend que tout l’édifice de Heidegger ait échoué à fonder une ontologie véritable et que le « il y a » qu’il eût voulu décrire, se fût réduit à cette avanie insupportable pour l’Être qu’est la temporalité ! La temporalité est le fait des créatures qui, même lors où certaines d’entre elles, je vois des êtres immatériels, les esprits qui tout en pouvant devenir immortels, ne sont strictement que sempiternels ayant été portés à un moment du temps à l’existence, existence dont ils sont donataires, n’en disposant guère par eux-mêmes, étant engendrés de la Causa Sui.

L’Être, dans sa définition stricto sensu, ne peut donc être qu’autogène, c’est-à-dire nécessairement et littéralement éternel sans commencement ni fin possible, ne dépendant de rien pour exister indéfiniment dans l’infinitude Incréée et Inextinguible...

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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