DSK, n’est ce pas beaucoup trop ?

L’homme est à terre depuis des mois, ici et ailleurs, et tout le monde s’acharne sur l’ex chouchou des socialistes, lui faisant subir la double, la triple, et même la nième peine, ou en tous cas l’accablant de mille reproches. Il faut que justice passe, ce qui est normal et on le comprend aisément, mais DSK vient d’être mis en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée et recel d’abus de biens sociaux ce qui est pour le moins surprenant. N’est ce pas pousser le bouchon beaucoup trop loin ?

Il semble inévitable que Dominique Strauss-Kahn doive expier jusque la fin de ses jours les fautes qui lui sont reprochées à l’égard des femmes, quelle que soit la gravité de ces fautes et si tant est qu’elles soient prouvées. Le battage autour de ses déboires éloignera au moins une partie de son électorat féminin, solidarité oblige. Loin des yeux loin du cœur, et les absents ont toujours tort comme chacun sait. Sa mise à l’écart forcée profite à certains, dans son camp et en dehors. On sait qui. On lui souhaite de rebondir, mais le pourrait-il au niveau de la présidence de la République pour les élections ultérieures, ou pour assumer des charges importantes dans un gouvernement ? Cela semble très improbable. On peut déplorer qu’un homme a la stature exceptionnelle et aux compétences hors du commun ne puisse plus servir la collectivité, mais la règle est la même pour tous, on ne badine pas avec certaines choses. On est loin de l’époque où JFK collectionnait les aventures féminines sans que ça se sache ou qu’on s’en émeuve.

La moindre gravité serait qu’il n’ait eu qu’un comportement libertin, avec relations consenties, ce qui n’est pas répréhensible même si certains voudraient porter un jugement de valeur et l’accuser d’un délit de luxure. Mais à l’autre bout du spectre existait la potentialité, à démontrer, de charges bien plus sérieuses. La Justice semble avoir franchi le gouffre qui sépare la distance entre un pêché véniel et des actes hautement répréhensibles punis par de lourdes peines de prison et des amendes de plusieurs millions d’Euros. On verra si ça tient la distance.

On imagine pourtant mal le patron du FMI d’alors être partie prenante d’un réseau de prostitution pour réaliser des plantureux profits, une sorte d’activité professionnelle supplémentaire pour mettre du beurre dans les épinards ou devenir riche. Riche, il l’est déjà. On l’imagine client malgré lui ou profitant des faveurs de libertines, ce qui semble démontré et reconnu, mais pas complice et encore moins auteur. Le motif de recel d’abus de bien sociaux est lui aussi bizarre. Ceux qui ont utilisé des fonds payés par une société pour financer des parties fines auraient commis un abus de bien social et celui qui en aurait bénéficié en dessous de la ceinture serait un receleur ! À ce compte là les milliers de compagnies commerciales qui font des cadeaux d’affaires commettent des abus de biens sociaux et les clients ou prospects deviennent des receleurs. Pas mal tiré par les cheveux, non ? Ou est ce la nature et la fréquence des cadeaux qui leur confère l’appellation d’abus de bien sociaux ? Conscients d’avoir été un peu loin, il semble que les juges abandonnent maintenant le motif de recel d’abus de biens sociaux.

Bien sûr on sait que la Justice ne porte pas d’habitude de fausses accusations, surtout démesurées par rapport à l’ampleur des faits prouvés. Et c’est pour cela qu’on est surpris. Si les accusations se dégonflent après les élections on pourra croire que la Justice s’est trompée, ou a fait du zèle. À en croire les avocats de l’intéressé, il n’y a rien dans le dossier, que du vide, de l’air, du vent. Espérons-le pour celui qui avait toutes les chances de présider pour un quinquennat au destin de la France. Ses amis du PS ont pris leurs distances et certains l’ont lâché et il faudrait un miracle pour qu’il se remette en selle, si tant est qu’il en ait un jour l’envie.

Le feuilleton DSK se poursuit, et ce qui pourrait passer pour de l’acharnement à son égard est lassant pour beaucoup, écoeurant pour certains, quelles que soient les orientations politiques. La Justice lui interdit de se défendre dans les médias au risque d’aller en prison, ce qui est inhabituel et inacceptable, contraire à la Constitution. Il ne s’agit pas d’une affaire secret défense, que diable ! De plus des extraits provenant de sa garde à vue sont publiés dans la presse. Rien ne lui est épargné.

Cela provoque un malaise de le voir humilié à ce point et condamné au silence. On a le sentiment d’un immense gâchis et il semble évident que l’avenir politique de DSK est compromis. Grandeur et décadence, ou comment un mode de vie qui sort de la norme vous disqualifie auprès de l’électorat et vous torpille auprès de l’opinion publique. La gaudriole est plus discriminatoire que les magouilles politico-financières, le sexe plus puni que l’argent sale des partis politiques même avec des morts à l’appui.

Cet homme à terre qui a beaucoup perdu se fait taper dessus chaque jour un peu plus. Il sera même bientôt incarné à l’écran par Gérard Depardieu, punition cruelle supplémentaire et imméritée pour un homme de la classe et l’intelligence de l’ex-patron du FMI. Voir son rôle joué par Depardieu, il y a de quoi déprimer. Sans doute que par comparaison DSK regagnera des points dans le cœur des Français après la prestation de son interprète car l’original est sans commune mesure avec la copie.

Être mis en examen pour un motif grave et être en plus incarné à l’écran par Depardieu, c’est une double peine dont on prétend pourtant qu’elle n’existait plus en France. Plus on est monté haut et qu’on a été une réelle menace pour certains, y compris dans son propre camp, plus on vous le fera payer, et même peut-être bien au-delà de ce que vous avez mérité. Y aura t’il quelqu’un pour proposer d’ériger la guillotine place de la Concorde pour trucider le pauvre DSK ? Au point où on en est avec cette inculpation, why not, comme on dit à Washington.

Algarath


 
 
 
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4 commentaires
  • DSK, n’est ce pas beaucoup trop ? 31 mars 2012 00:39, par evaresist

    Pourquoi défendre le sieur en question ? Je l’ai rencontré personnellement, et je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi arrogant, méprisant et détestable ! Et il piétine les populations ! eva

    • DSK, n’est ce pas beaucoup trop ? 31 mars 2012 16:09, par Algarath

      Eva, moi non plus je n’aime pas le personnage. Mais on ne peut pas porter une accusation gravissime et démesurée contre quelqu’un et on s’interroge si celle de proxénétisme en bande organisée n’est pas largement exagérée.

  • DSK, n’est ce pas beaucoup trop ? 1er avril 2012 16:04, par Esperanza

    Je suis d’accord avec vous sur l’acharnement, mais du point de vue du code pénal, le proxénétisme n’implique pas le profit ou la rémunération. Il suffit d’avoir aidé, assisté ou protégé la prostitution d’autrui, sans nécessairement en tirer profit. Ce qui me surprend c’est que l’incrimination de recel d’abus de biens sociaux ait été abandonnée (puisque les prostituées étaient payées semble-t-il-par Vinci). On pourrait d’ailleurs dire que le fait de bénéficier gratuitement de leurs services était une forme de rémunération pour DSK... Vous voyez, le droit en tous cas n’’est pas malmené dans cette affaire, si la mesure l’est peut-être. Je pense que ce qui nous choque tous c’est l"’impunité tant qu’il a été puissant, et par contraste l’acharnement dès lors qu’il n’est plus influent...C’est le côté faible avec les fort, fort avec les faibles de la Justice française...

    • DSK, n’est ce pas beaucoup trop ? 1er avril 2012 20:43, par Algarath

      Esperanza, je suis d’accord avec votre excellent commentaire. C’est vrai qu’il y a toute une réflexion à faire sur la totale impunité dont DSK a bénéficié très longtemps car puissant et intouchable. Outre-Atlantique, les Américains n’ont pas hésité à abattre DSK surtout que ses positions au sein du FMI menaçaient le dollar. Ajoutons à cela un intérêt possible de la droite française pour le mettre hors circuit, et un super puissant intouchable se trouve ravalé au rang de n’importe quel citoyen. Merci pour vos commentaires sur le droit, moi j’avoue ne rien y connaître.