Des Anarchismes et de l’Anarchiste.

L’anarchiste vrai, quel que soit sa sensibilité, dit que le monde tel qu’il est, constitue une armée où à peu près tous ne font qu’obéir en exécutant les ordres des infimes oligarchies maîtresses de l’ordre économique et au nom de quoi les structures politiques, religieuses, éducationnelles procèdent pour contrôler l’individu, en lui volant sa vie au profit de quelques cerbères. C’est pourquoi, l’anarchiste authentique dit non et vit marginal en réponse révoltée intellectuelle et active contre l’ordre du monde.

L’anarchisme est la proclamation philosophique et politique de la subjectivité libre comme prérogative inviolable de la personne humaine. D’où, l’anarchiste n’agit dans le social que pour exiger un ordre respectueux de toutes les libertés dans l’espace public sans intervention publique des options religieuse et sexuelle que l’anarchisme considère intimes et devant rester dans les convictions et places privées de chaque individu ou de chaque groupe. L’anarchisme véritable est aussi l’ennemi féroce de la hiérarchie de classes et de castes inavouables dans une société clivée par et pour des oligarchies prédatrices qui s’octroient privilèges et pouvoirs ravis à tous par quelques-uns, au nom de la loi garantie par l’État.

Il n’y a autant d’anarchismes que d’anarchistes. Car si l’anarchisme est le principe de la liberté fondamentale du sujet se choisissant selon sa weltanschauung irréductible étayant ses convictions et son comportement comme liberté propre, inviolable, l’anarchisme est donc solipsiste et ne peut en aucun cas, être doctrinalisé au plan collectif. Naturellement, comme nul homme ne vit dans un vacuum et que d’une manière ou d’une autre, le sujet humain en tant qu’égoïté est influencé par la socialité, ce qui le précède et l’entoure et que l’on nomme globalement la culture, on peut définir des sensibilités anarchisantes sans toutefois, vraiment légiférer l’anarchisme. Car ce sera toujours à chacun de vivre son anarchisme - ce refus ciblé de ce qui est, nihilisme moral défini par chaque anarchiste - en le choisissant, le circonscrivant en toute liberté dans l’empan de son action où celle-ci sera engagée objectivement dans toutes les luttes de libération contre le cerbère systémique qu’est l’État dont le fait, dans un contexte ordurièrement bourgeois, consiste à broyer tous au profit de quelques-uns en bricolant des mirages de libertés pourvu que ses dirigés manipulés soient soumis aux maîtres profiteurs des institutions, sinon, c’est la répression...

L’anarchiste, par conviction, est celui qui croit et respecte la Justice Véritable tout en conspuant - même quand il les observe pour l’immédiate expédition des affaires courantes dans nos sociétés policées - toutes lois et conventions étatico-sociales qu’il considère indues parce que étayant l’indécence planétaire constatée du système de gouvernance oligarchique, tyrannique et faussement démocratique, violent jusque dans les sourires et le confort, qui règne quasi partout sur le monde.

L’anarchiste équilibré sait circonscrire son anarchisme selon sa sensibilité et toujours dans la vie privée, aussi longtemps que perdure l’immaturité actuelle des peuples à se conduire eux-mêmes et par eux-mêmes. Il sait que l’on ne fait pas de révolution avec des peuples non encore prêts au changement radical, non encore assez grands pour la liberté. Et l’anarchiste chrétien, quant à lui, est l’anticlérical, l’anti-institutionnel dans la pratique de sa foi. Il ne reconnaît aucune autorité non divine, et pour lui, Dieu, révélé en Christ, n’a pas de représentants terrestres puisque tout Homme qui croit est théophore, porteur de Dieu comme fils et temple. L’anarchiste chrétien renonce donc, en son for intérieur, au monde dont il abhorre les abominations antispirituelles, dédaignant le mode mondain et mondial de gouvernance illégitime, impure parce qu’injuste. Il exècre l’infamie des lois qui justifient voire essentialisent l’injustice. C’est pourquoi il reste à la marge chaque fois que se présente la fausse intégration visant à son assimilation au monde, et rejette toute compromission. Et pourquoi l’anarchiste digne, chrétien ou non, est pour toute révolution susceptible d’améliorer la condition des libertés collectives et individuelles et appuie tout ce qui peut limiter les hégémonies dévorantes de la politique mondiale.

L’apôtre Jean dit dans l’Apocalypse quand un ange géant qui précipita symboliquement Babylone (symbole de toutes les salissures de ce monde et de son système immonde) dans la mer, sous forme d’une pierre lancée aux abîmes, lui fût apparu dans sa vision, il se prosterna devant l’ange, mais celui-ci le releva, soutenant n’être qu’un serviteur comme lui (Apocalyse 19:10). Si donc un ange tellement puissant reppela au chrétien Jean de ne pas se prosterner devant quiconque que Dieu et son Christ Jésus, toute prosternation physique ou mentale - directe ou symbolique par soumission, flagornerie ou fascination devant qui ou quoi que ce soit, devant le mammon qu’est l’argent ou ses possédants possédés serviles régnant par lui, toute obéissance à quiconque ou à un ordre quelconque aux principes contraires à ceux de Dieu - est donc reptation, abjection et abomination, idolâtrie et servilité.

L’anarchiste chrétien vit mentalement pleinement les principes spirituels sans ascèses et sans être redevable à quiconque qu’à Dieu selon sa propre conviction intérieure. Il est fidèle à l’Évangile qui ordonne de rejeter le monde - c’est-à-dire l’influence des systèmes étatico-socio-culturels, leur autorité idéelle et leurs idéologies macabrement injustes et anthropocides - sous peine de basculer dans l’inimitié de Dieu.

L’anarchisme, tout vrai anarchisme, est réponse négative, marginalité idéo-active contre les réactions conditionnées et téléguidées par et pour les oligarques profiteurs et maîtres des structures.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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