MALOUINES : L’HEUREUX TEMPS DES COLONIES ANGLAISES

L’Amérique du Sud prend fait et cause pour l’Argentine

Peintre de paysages brumeux, balayés par le vent, à la manière de Turner, James Peck a été le premier habitant des Malouines (Falkland pour les Anglais) à obtenir la nationalité argentine depuis la dispute de 1982 et la guerre entre ce pays et la Grande-Bretagne. C’était en juin de l’année dernière, aux côtés de la présidente Christina Fernandez de Kirchner.

Barbu, tatoué sur les bras, paquet de cigarettes dans la poche, maté de coca dans la main, Peck est typique de la faune bohème et des artistes expatriés qui peuplent aujourd’hui les bars et les cafés de Stanley, la capitale de l’archipel. Il a été salué comme un héros à Buenos Aires mais sifflé et dénoncé comme un traître par certains de ses compatriotes aux Malouines. Le fait d’y être né et d’y avoir grandi ne l’a pas empêché de recevoir des menaces de mort.

Les Malouines ? Onze semaines de conflit, plus de 900 morts et la dernière victoire coloniale britannique. En pleine commémoration du trentième anniversaire de la guerre – la revue militaire argentine (n°781) vient d’y consacrer un numéro bien fourni - les tensions diplomatiques entre les deux pays, à propos de l’archipel, sont réapparues. Elles sont loin d’être désintéressées : on y a découvert récemment des réserves de pétrole et de gaz qui viendront compléter, demain, l’économie soutenue des îles, forte de leurs pêcheries industrielles et de leur tourisme.

En décembre 2011, l’Angleterre s’était offusquée de l’interception, par la marine argentine, de bateaux de pêche espagnols dans les eaux disputées des Falkland. Un plan de protection maritime des côtes des Malouines a été mis en place par le Royaume-Uni depuis le début de l’année, avec un renforcement de la présence militaire ; ce qui a profondément irrité les officiers argentins.

C’est au plus haut niveau du gouvernement britannique, celui du Premier Ministre David Cameron, qu’a été réaffirmée la souveraineté complète de l’Angleterre sur les Falklands. Cameron avait même reproché l’année dernière à Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations Unies, d’avoir osé évoquer la dispute territoriale de l’archipel dans un entretien officiel avec la présidente de l’Argentine. Pour Londres, les Falkland ne seront jamais les Malouines : « Aussi longtemps que les Falkland voudront être territoire britannique, ils resteront sous la souveraineté britannique. Arrêt complet : fin de l’histoire » avait déclaré, d’un ton sec, le locataire du 10 Dowding Street. Pour autant, les Argentins ne se dégonflèrent pas : Kirchner accusa la Grande-Bretagne d’être « un cruel pouvoir colonial en déclin » et qualifié Cameron de « médiocre et rempli de stupidités ».

Quelques semaines plus tard, c’est la décision des pays de l’Union économique du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) d’interdire aux navires portant pavillon des îles Malouines de mouiller dans leurs ports, qui a soulevé l’indignation de la Grande-Bretagne. Dans les faits, les conséquences directes de cette décision devraient être limités, seuls vingt-cinq bateaux, principalement de pêche, seraient concernés. Mais, en plein anniversaire du conflit, elle a été très symbolique pour ce territoire, contrôlé depuis 1833 par le Royaume-Uni et réclamé depuis toujours par l’Argentine, dont les côtes sont situées à 500 kilomètres des îles.

Pourtant, sur place, les temps changent et Peck n’est pas le seul descendant des immigrants anglais qui peuplèrent les Malouines, au XIXème siècle, a réclamer, timidement, une évolution, même si le père de Peck, policier britannique, avait été, le 2 avril 1982, comme tant d’autres britanniques locaux, un héros de la résistance à l’invasion argentine, participant même au régiment parachutiste de la téméraire bataille de Mount Longdon. Son fils ingrat n’avait que 13 ans à l’époque, mais cela l’a marqué suffisamment pour être pacifiste à vie, son père étant revenu traumatisé mentalement du conflit. A 43 ans, il considère que la défense armée d’un petit territoire, si éloigné des côtes britanniques, n’a plus de sens. Peck a ainsi troqué les armes pour les pinceaux, la formation militaire pour une formation artistique évaporée, arguant même de l’hispanité incontestable des îles et se mariant avec une argentine.

Géographiquement, la souveraineté britannique sur les Malouines ne tient pas, mais c’est aussi le cas pour la France, aux Antilles ou aux Comores, et pour tous les territoires ultra-marins. La géographie n’est pas l’histoire. Ce n’est pas la nature qui fait les cartes mais la politique, justement, qui donne cette capacité aux hommes à renverser les montagnes et à traverser les fleuves, même si cela paraît souvent, sur la carte, quelque peu incongrue.

Par exemple, en raison de l’interdiction pour tout vol argentin d’atterrir à Stanley, la capitale des Falkland, il faut aujourd’hui, pour rejoindre Buenos Aires depuis l’archipel, passer par Santiago du Chili ! Or, les ressources prometteuses des Malouines ne paraissent pas, dans un avenir proche, pouvoir changer la donne à moins que la crise de la dette britannique n’amène la Grande-Bretagne à devoir réduire drastiquement sa présence militaire et économique sur place, car cette présence lui coûte cher.

Pire, certains journaux britanniques, à l’occasion de la commémoration de la guerre, ont fait un tableau comparatif des forces en présence de chaque côté pour se demander : « Pourrions-nous encore gagner une autre guerre ? » Pour l’instant, de part et d’autre, avec chacun son histoire et ses héros, on célèbre, avec un certain faste mémoriel, l’anniversaire de l’intervention britannique. http://www.metamag.fr/metamag-774-M...


 
 
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