François Hollande : L’erreur de casting

Hollande ne négociera pas entre les deux tours, il l’a dit, et Mélenchon non plus car il veut « le pouvoir et mener des réformes radicales de la société ». Si Hollande est élu, le Front de Gauche sera dans l’opposition, dans l’attente d’accéder "dans les 10 ans" à un pouvoir sans compromis. Hollande aura tous les pouvoirs, comme pas un seul Président de l’histoire ne les a jamais eu. Il ne lui manquera que le Congrès, ce qui le gênera pour les réformes constitutionnelles.

Hollande est assuré de passer le premier tour, même si certains électeurs du PS s’abstiennent, sûrs que leur champion va gagner de toutes façons. Au second, si Mélenchon n’y est pas, le PS aura une bonne partie des voix du FdG et des voix du Centre, alors que si Sarkozy passe aussi le premier tour il aura aussi des voix du Centre et aussi du Front National. Là encore Hollande risque de gagner le second tour. On passe sur son coup de chance inespéré d’accéder à ce tournoi et de finir à la fonction suprême pour cause de disqualification de DSK. Il est de Gauche, et ça permettra de se débarrasser de Sarkozy, donc il y aura progrès.

Le voilà à l’Élysée pour cinq ans. On peut s’attendre à ce que les abus du temps de Sarkozy n’aient plus cours avec Hollande, et que la Justice en France, qui ne demande que ça, retrouve son indépendance du pouvoir. Il remportera quelques victoires faciles comme la lutte contre les salaires excessifs des dirigeants, qui devient une chose universelle et qu’on a vue récemment avec Citigroup aux Etats-Unis. Il y aura des réformes fiscales pour les hauts revenus. Il va se battre pour renégocier certains accords européens, et il va agacer Merkel et les Allemands. La France va se faire attaquer par les spéculateurs au lendemain de l’élection mais ce n’est pas grave s’il va jusqu’au bout comme le ferait Mélenchon. Aller jusqu’au bout c’est rassembler d’autres pays européens dans cette lutte, menacer d’un défaut de paiement toute l’oligarchie financière mondiale, et obtenir que la BCE devienne prêteur exclusif des États Membres, à des taux 4 ou 5 fois moindres que les banques privées qui se sont fait du gras depuis 1973 sur le dos de la France. Ce n’est pas gagné ! Le bon François va passer plus qu’une nuit blanche et on le verra souvent en sueur et blême s’il entreprend cette tache gigantesque. Là où Sarkozy s’est comporté en toutou docile avec Merkel, il est essentiel que le prochain Président français se batte jusqu’au bout, et ce ne sera pas facile. Le SMIC sera augmenté de façon symbolique et la France connaîtra des luttes syndicales et des grèves. Les progrès sur la justice sociale seront loin de faire le compte. Il y a du pain sur la planche, entre les impôts, l’emploi, le logement, l’école, la compétitivité, les comptes publics, la dette, les choix de société et les décisions vis-à-vis de l’Europe et de la mondialisation.

Assailli de l’intérieur et sur le front européen, avec une opposition féroce de la Droite, du Centre, du Front National et des autres Gauches, Hollande va t’il tenir le choc et la distance ? Il est rusé et calculateur, mais a t’il l’envergure d’un chef d’état, comme le lui conteste Bernadette Chirac ? Certains hommes d’exception l’acquièrent au pouvoir, mais la fonction est très exigeante, particulièrement dans le contexte de la crise.

Mélenchon sait que ce n’est pas une crise, c’est un changement radical qui nécessite une refonte complète sur beaucoup plus de fronts que le brave Hollande est prêt à affronter. Et là où Mélenchon irait avec amplitude et force, Hollande, de part sa nature qui semble timorée, ira mollement. Même si Aubry, qui brigue sa part d’honneurs, porte maintenant aux nues celui qu’elle a critiqué il n’y a pas si longtemps.

On souhaite certes que la Gauche du PS, qui semble avoir les meilleures chances d’accéder au pouvoir avec Hollande, sache affronter et se tirer brillamment d’affaire du sac de nœuds d’un monde qui mute profondément et des difficultés au milieu desquelles la France se trouve. On verra si Hollande devient un Président d’envergure, comme certains avant lui, ou si ses prestations sont médiocres et affaiblissent encore plus notre pays.

Si la France ne se redresse pas sous le règne de Hollande, il ne nous restera plus qu’à ronger notre frein jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’un vrai chef, et notre confiance et nos espoirs iront encore à Jean Luc Mélenchon. Ces cinq années au cours desquelles Hollande sera Président seront mises à profit pour que le Front de Gauche consolide son socle auprès des Français, pour qu’en 2017 ce soit Mélenchon qui soit élu et pas la Droite ou le Front National. Les Gauches voient les choses différemment, et c’est la raison pour laquelle chacune doit s’appuyer sur sa propre majorité, la plus forte possible. Le challenge de Mélenchon sera de faire en sorte qu’à la prochaine présidentielle son parti représente près d’un tiers des suffrages et batte le PS. Ce sera d’autant plus possible si, hélas, François Hollande déçoit les Français.

Tout donne à penser que François Hollande, qui n’a même jamais été ministre, a un profil qui ne convient pas pour être Président. Il revendique l’influence d’Henri Queuille , dont on peut rappeler deux citations :

1- Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout.

2- La politique ce n’est pas de résoudre les problèmes, c’est de faire taire ceux qui les posent.

Il faut remplacer l’agité de l’UMP, ce qui semble en bonne voie, mais que se passera t’il si on le remplace par un mou qui agit peu, ne sait pas se décider et atermoie ? On risque d’être abreuvés pour les cinq prochaines années de critiques acerbes dans les médias et les oppositions vont être féroces. Quant aux partenaires politiques des autre États internationaux, ils ne tarderont pas à comprendre que le nouveau Président français n’est peut-être pas à la hauteur, avec toutes les conséquences que cela entraîne. Arrivé à ce niveau de responsabilités, on ne peut entretenir très longtemps l’illusion, quoique Sarkozy y soit arrivé assez longtemps pour finalement récolter son dû.

Et si Bernadette Chirac avait raison ? On se souvient que les éléphants du PS ont copieusement critiqué Hollande en son temps, dont Lang, Fabius et Martine Aubry. Il y a totale contradiction entre l’ampleur et la gravité des enjeux pour la France et le choix pour nous sauver d’un Président trop léger pour les taches à accomplir. Bien sûr on peut se tromper et on le souhaite, mais un recruteur juge sur un CV et celui de François Hollande montre la probabilité d’une erreur de casting qui pèsera lourd pour le pays et pour la Gauche qui s’apprête à prendre le pouvoir en Mai.

Les Français sont allés de déception en déception depuis des années, on sait tous que le pouvoir d’achat s’effrite continuellement, que la précarité s’est installée, et que l’avenir s’annonce très incertain. Nos compatriotes se sentent floués par la mondialisation, par l’Europe, et par la classe politique. Il est clair que ces élections vont souligner ces fortes inquiétudes et il est certain que les scores des différents candidats vont refléter les espoirs dans chaque candidat et dans leur programme. On s’attend à des surprises lors d’une élection édifiante.

Algarath


 
 
 
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2 commentaires
  • François Hollande : L’erreur de casting 22 avril 2012 11:00, par cosette

    Effectivement, il y a eu erreur de casting mais à la suite de "primaires", ce qui est encore plus désespérant et ne me rend pas optimiste pour l’avenir.
    Oui, un recruteur recrute sur CV et le sien est affligeant. Et pourtant quelques millions de "Français" l’ont choisi, lui, le mou au lieu de Martine qui, tout en étant "socialiste" est beaucoup moins molle.
    Hollande sera élu et se plantera car un mou se plante nécessairement. Mais n’est-ce pas précisément la chance du front de gauche, à condition qu’il continue sur sa lancée. Continuera-t-il ? sera-t-il conscient de sa responsabilté historique ? les Français (pas ceux des primaires) le suivront-il ? C’est toute la question. Il va falloir se battre à mort !
    La révolution n’est pas dans les gènes des Français comme on l’entend dire, la révolution est dans l’intelligence des leaders du genre de Méluche comme celle (ratée ?) de 1917 fut dans l’intelligence de Lénine. Sans chef charismatique, entouré d’intelligences libres et désintéressées, aucune révolution ne réussit et ça la droite le sait.
    Si on veut réussir faudra que ça saigne au propre comme au figuré. Préparons-nous y camarades !

 
 
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