HOLLANDE PRÉSIDENT : L’avènement d’une France qui retrouve sa vocation humaniste

« Qu’est-ce qui a été ? ce qui sera. Qu’est-ce qui sera ? ce qui a été. Rien de nouveau sous le soleil. » « Nihil novi sub sole. »
Paroles de Salomon dans l’Ecclésiaste

On dit souvent que la défaite est orpheline et que la victoire a beaucoup de pères. C’est en l’occurrence ce qui arrive en France à l’approche des élections du 22 avril où les sondages prédisent dans tous les cas la victoire de Hollande devant un Sarkozy qui s’est battu comme un beau diable en vain. Paradoxalement, ces élections franco-françaises suscitent en Algérie, de loin, plus d’engouement que les élections du 10 mai en Algérie. Il est vrai que dans la cacophonie, la pauvreté des débats et surtout le manque de crédibilité des anciens et nouveaux partis, les citoyens se désintéressent d’une élection qui, à défaut d’être truquée selon certains, est pour le moins porteuse pourtant, de tous les dangers notamment d’une remise en ordre de la fondation de la IIe République remise aux calendes grecques de cinq années de galère en attendant le futur Messie ou Mehdi « Moul assa’a » qui sortira l’Algérie de son long sommeil trompeur, bercé par une rente insolente qui anesthésie tout effort cérébral ou physique s’en remettant de ce fait au baril de pétrole gardien d’une paix sociale.

L’échec de la droite

Le bilan de Nicolas Sarkozy n’est objectivement pas plus mauvais du fait d’une crise mondiale qui lamine l’emploi. Certes, on rappelle à Sarkozy qu’il a fait perdre à la France son triple A, que le chômage a explosé. Ce qui a vraisemblablement joué en sa défaveur, c’est le style, la proximité de l’argent, et surtout sa gestion de l’identité, de l’émigration, et du vivre-ensemble qui a fait apparaître l’Islam en France comme l’antéchrist du XXIe siècle. Ceci est d’autant plus incompréhensible que Sarkozy avait fait montre de tolérance dans son ouvrage : « La République et l’espérance.. » C’était, il y a bien longtemps. On avait, un temps, oublié le Karcher, mais rien n’y fit, le démon de la politique a fait que les idées les plus extrémistes ont refleuri dans le programme du président sortant, en vain. Les Français -au vu des sondages- s’en sont montrés indifférents.

Le Monde diplomatique qui reprend globalement les thèmes qui ont plombé la campagne du candidat-président, nous lisons : « Nicolas Sarkozy a d’abord espéré rejouer sa campagne victorieuse de 2007 en se présentant comme un outsider extérieur au « système », porte-parole autoproclamé de la « majorité silencieuse » en butte à une « gauche caviar ». Plus sa réalisation devenait aléatoire, plus les anciens « amis » et obligés de M.Sarkozy, ministres ou intellectuels, désertaient sa cause, signalant ainsi que l’intérêt de leur carrière leur imposait de rompre avec le candidat sortant, plus celui-ci a durci le ton. En matière d’immigration et de démagogie antimusulmane, son discours n’a cessé de se rapprocher de celui de Marine Le Pen. Quatre jours avant le premier tour, interrogé par France Inter, il a cru bon d’insister à la fois sur la question du droit de vote des immigrés et sur celle de l’interdiction de la burqa, un peu à la manière d’un joueur surclassé qui, en désespoir de cause, en revient à son vieux répertoire vermoulu. Mais même l’utilisation des assassinats de Toulouse et quelques interpellations à grand spectacle, largement relayées par les médias, n’ont pas suffi. Il lui faudrait donc faire peur autrement. (...) Si en définitive l’actuelle campagne se traduit par l’échec des tentatives de diversion xénophobes, par le refus argumenté des politiques d’austérité européennes, par la mise en accusation des campagnes de propagande médiatique, elle aura réalisé davantage que les précédentes. » (1)

Les ralliements à un Hollande qui court vers la victoire

Justement, à propos de nouvelle république, nous allons rapporter les espoirs en France pour l’avènement d’une VIe République à la faveur de ces élections qui, à en croire les sondages et les signes avant-coureurs, des ralliements de la 25e heure : Amara, Begag et tant d’autres qui ont émargé au banquet de la droite, quémandent des éventuelles miettes du nouveau banquet de la gauche. Même des économistes s’en mêlent et font allégeance-sur le tard-à Hollande : Dans une tribune du Monde récente, 42 économistes - dont beaucoup marqués à gauche- jugent le programme du candidat socialiste « crédible et ambitieux ». « Nous appelons à voter François Hollande ». En jugeant « la crédibilité du projet de chaque candidat, notamment de la cohérence d’ensemble des propositions, de leur impact sur la cohésion sociale, de la constance et la fiabilité des engagements et leur compatibilité avec les contraintes budgétaires, un candidat se dégage à nos yeux, c’est François Hollande », écrivent-ils. (2)

Même des intellectuels -marqués à gauche- se réveillent. Pour rappel, BHL a déjeuné discrètement avec Hollande dans un restaurant branché à 170 euros le couvert...Cette fois, les intellectuels Jean-Pierre Mignard, Henri Leclerc, Benjamin Stora, Mona Ozouf... plaident pour « un arc démocratique, autour de Hollande, qui doit aller du Modem au Front de gauche ». « Nous voulons, écrivent-ils, le changement et nous le voulons maintenant. Nous voterons dès le 22 avril pour François Hollande. Nous avons conscience que c’est autour de sa candidature que la victoire est possible. Nous sommes aussi conscients que c’est avec sa candidature que la France devra relever les défis d’un nouvel ordre du monde. Si l’on ne peut pas distribuer des richesses que l’on n’a pas ou plus, il faut que les êtres humains soient enfin respectés, que la jeunesse soit la première des priorités, que la vieillesse soit protégée, que l’on en finisse avec la tyrannie de l’argent dans une société gangrenée par la pauvreté et la stigmatisation quasi officielle des étrangers et des immigrés. Nous sommes lucides sur les efforts nécessaires au redressement du pays. Mais ils ne seront acceptables et acceptés que si la France devient le modèle d’une démocratie politique, sociale et culturelle exemplaire. Loin de jeter le discrédit sur les « corps intermédiaires », c’est par une négociation large associant tous les acteurs, en particulier les partenaires sociaux, qu’un tel redressement pourra être entrepris. »(3)

Ces messieurs appellent ensuite à un rassemblement de la gauche, de la gauche des écolos jusqu’au centre : « Pour qu’une large majorité de Français adhère à ce renouveau, il faut qu’une vaste coalition se forme, aussi puissante que les défis lancés par la crise du capitalisme financier sont destructeurs. Cette coalition doit regrouper tous les hommes et toutes les femmes, les partis et les courants de pensée qui le souhaitent, en dehors des classifications auxquelles nous sommes accoutumés et qui nous servent parfois de confort. Qu’importe s’ils viennent de la gauche radicale, de la social-démocratie, de l’écologie, du courant démocrate ou du gaullisme social. Et tant mieux s’ils viennent de l’arc le plus large, du Front de Gauche au MoDem, tellement la volonté commune d’une République nouvelle doit savoir vaincre les vieilles timidités ». (...) Ces pistes doivent être empruntées pour que le peuple français retrouve confiance dans ses élus, reprenne courage et mobilise ses forces, qu’il soit effectivement associé aux décisions, lourdes et nécessaires, qui le concernent lui seul. »(3)

Le phénomène Mélenchon

Un Ovni pourtant bien identifié venu de nulle part qui a pris à la hussarde les destinées du parti communiste, l’a aguerri pour en faire une force de frappe qui frappe fort. D’un parti évanescent notamment après les débâcles successives qui vit le parti descendre doucement les marches vers l’enfer après des périodes fastes de Georges Marchais, ce fut la lente détérioration avec Robert Hue et Marie Georges Buffet qui ont correspondu avec la débâcle du grand frère soviétique, le néolibéralisme triomphant. Nous avons suivi un vrai tribun qui remue les foules, avec le sens de la répartie, et des références puisées dans le bréviaire de la Gauche mythique celle des Jaurès avec aussi des accents soixanthuitards qui ont donné un coup de jeune à ceux qui ont vécu mai 1968 période heureuse pendant laquelle « il était interdit d’interdire ».

A Marseille, le candidat du Front de gauche a centré son discours sur l’immigration et spécialement « méditerranéenne ». « Notre chance c’est le métissage », dans un plaidoyer pour une Méditerranée fraternelle, il salue « Arabes et Berbères » par qui seraient venues en Europe « la science, les mathématiques ou la médecine » au temps où selon lui « l’obscurantisme jetait à terre l’esprit humain ». Refusant « l’idée morbide et paranoïaque du choc des civilisations », il a dit sa pensée aux Maghrébins « qui ont libéré le sol de la patrie des nazis »... « Les peuples du Maghreb sont nos frères et nos soeurs » et il n’y a « pas d’avenir pour la France sans » eux, a-t-il dit, interrompu par les « tous ensemble, tous ensemble ! » (...) S’attaquant à Nicolas Sarkozy et aux « partis extrémistes de la haine qui montrent du doigt au nom de sa religion », il s’est exclamé pour dire « foutez-nous la paix ! ». « La France n’est pas une nation occidentale » a-t-il cru bon encore d’ajouter, « vouée à suivre le char des Etats-Unis d’Amérique » mais « une nation universaliste ».

« Pour moi, la question se pose pour un homme public de la façon suivante : séparer strictement l’Etat et la religion, un point ! Le reste, c’est une affaire privée. » S’agissant du halal - problème de fond pour l’avenir de la France, a en croire la droite et de son extrême, Jean-Luc Melenchon avait déclaré qu’« on n’attrape pas une religion en mangeant de la viande ».

Qu’en est-il d’Eva Joly qui n’eut pas une campagne facile ? Mal élue en face d’un Nicolas Hulot, elle ne fut pas aidée, elle fut tournée en dérision par un Daniel Cohn-Bendit, l’insubmersible qui, de son poste d’observation veille sur les politiques allemandes et françaises. Tristan Berteloot nous décrit le sacerdoce de la « Dame de fer » : au cirque d’Hiver, où elle tenait meeting, Eva Joly a adressé un message à la candidate d’extrême-droite et « représentante du parti de la haine » Marine Le Pen : « Nous sommes chez nous, nous les Français et les Françaises, métèques venus des quatre coins du monde pour faire la France. Nous les métis et les immigrés, qui travaillons sur les chantiers, nous cassant le dos pour ériger des bâtiments, nous sommes chez nous. Nous les nègres, bougnoules, youpins, Norvégiennes ménopausées, nous sommes la liberté d’aimer, l’égalité devant la loi, la fraternité. » (4)

Pourquoi François Hollande sera président ?

François Hollande né en 1954 est le fils du docteur Georges Hollande, favorable à l’Algérie française. Licencié en droit, diplômé de HEC Paris, de l’Institut d’études politiques de Paris, il sort 7e de l’École nationale d’administration (ENA). Il adhère au Parti socialiste en 1979 et devient conseiller de François Mitterrand pour les questions économiques. En 1997 Lionel Jospin est nommé Premier ministre. Il lui laisse les rênes du parti en novembre 1997. Après le congrès de Reims, Martine Aubry prend les rênes du Parti socialiste.

François Bazin explique la simplicité du programme présidentiel de François Hollande par... sa chance : « François Hollande a de la chance. Dans toute élection, c’est une qualité rare qui donne à celui qui la possède une assurance tranquille dont on ne mesure pas suffisamment la force de mobilisation, dès lors que le choix relève plus de la raison que de la passion..(...) Avec pour seul viatique, un thème (la jeunesse), un engagement (la justice grâce à la réforme fiscale) et une promesse (le contrat de génération), il a enfoncé le même clou. Pour le reste, il n’a eu de cesse de montrer que « le plus » de sa candidature était l’assurance de la gagne face à Nicolas Sarkozy.(6)

Il reste que l’électorat de Mélenchon est du pain bénit pour Hollande qui a su passer à travers les gouttes de pluie sans froisser personne, faire le dos rond et avancer avec sa cinétique qui est plus due aux maladresses des autres qu’à sa performance intrinsèque. Pourtant le peuple de gauche veut croire aux valeurs humanistes qui tordront le cou au postulat de Hobbes de la « guerre de tous contre tous » qui fut si bien mis en musique sous le règne UMP. Dans une grande mesure l’empathie à l’endroit de Jean Luc Melenchon participe de ce fond rocheux humaniste du peuple de France, mis à mal- il faut bien le dire- par une vie de plus en plus difficile et un matraquage permanent visant à faire apparaître « l’autre » cet allogène, « ce pelé ce galeux d’où viennent tous nos maux » comme le responsable de l’anomie actuelle.

Qu’en est-il des futures relations de Hollande avec l’Algérie ? Tout d’abord il ne faut pas faire dans l’angélisme ; il existe des thèmes en France qui transcendent les clivages droite -gauche, notamment sur l’émigration, la finalité est la même : le contrôle de l’émigration, seule la méthode est dit-on plus humaine. Il en est de même de la politique extérieure. Le PS avait félicité Sarkozy pour l’invasion de la Libye avec comme conséquence le lynchage d’un homme. Il en est de même de la place de la France dans l’Otan, de la Syrie et du refus de Hollande d’envisager l’entrée de la Turquie durant son mandat.

Cependant, on se souvient qu’au lendemain de sa désignation comme candidat officiel du Parti socialiste pour l’élection présidentielle de mai 2012, François Hollande rend hommage aux manifestants algériens massacrés à Paris lors de la manifestation du 17 Octobre 1961. Dans un entretien accordé en août 2011 à l’hebdomadaire Jeune Afrique, François Hollande expliquait que les deux pays doivent être « dans une relation de confiance mutuelle et dans la construction de projets communs. « Je souhaite que les choses soient dites, expliquait-il (...) Il ne faut pas nous figer dans une commémoration qui sera forcément différente dans l’évocation du souvenir en Algérie et en France. Nous devons être dans une relation de confiance mutuelle et dans la construction de projets communs. Tant de liens humains, culturels et économiques nous unissent... » (5)

On le voit, François Hollande veut marquer son époque et est en rupture avec les paléo-socialistes qui ont toujours trompé l’Algérie. Souvenons-nous de la Sfio, et même du Parti communiste qui ont tous voté les pouvoirs spéciaux pendant la Guerre d’Algérie. Souvenons-nous de « l’affection » particulière de François Mitterrand pour les condamnés à mort algériens, lui qui a aboli la peine de mort 25 ans plus tard. En définitive, comme dit dans l’Ecclésiaste. « Rien de nouveau sous le soleil » Espérons que la nouvelle génération de socialistes assumera sereinement l’histoire sanglante de la colonisation en Algérie et forgera des relations apaisées. L’Algérie est prête à assumer sa part de responsabilité devant l’Histoire.

Professeur Chems eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz


 
P.S.

1. Présidentielle, le débat malgré eux 19 avril 2012 http://www.monde-diplomatique.fr/ca...

2. Des économistes de renom appellent à voter Hollande L’Expansion.com 18 04 2012

3. « Pour une nouvelle République avec Hollande » 18-04-2012 http://tempsreel.nouvelobs.com/elec...[Actu8h]-20120419

4. Tristan Berteloot « Nègres, bougnoules, youpins, Norvégiennes ménopausées »... 19-04-2012

5. François Bazin http://tempsreel.nouvelobs.com/actu... socialiste/20111006.OBS1868/primaire-ps-les-candidats-au-banc-d-essai-hollande-le-chanceux.html 7102011

 
 
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