Du Leadership politique pour le peuple et la libération...

Le leadership, en sa substance pérenne, son substratum immuable, son "essence atemporelle" pour reprendre le vocable phénoménologique de Husserl, est sacerdoce laïc à la cause des dirigés, guidés selon l’amour fraternel de la phratrie qu’est le peuple, ainsi perçu et traité dans la proximité sentimentale du véritable leader. Signe de la disparition du leadership et du leader en notre temps : la platitude des buts à atteindre, tel l’équilibre budgétaire torpillé par les prédateurs oligarques qui financent les partis politiques, rétablissement exigeant toujours des sacrifices aux citoyens ; la vacuité de cause à se vouer chez la plupart de nos très honorables gouvernants ou prétendants aux "trônes".

Le leadership, quel qu’il soit, est politique car il s’agit de rapports humains et de pouvoir reconnu assumé par le leader pour et avec le groupe. Toutefois, en matière de gouvernance étatique, il revêt une importance vitale et capitale pour le destin des peuples.

Le temps des leaders a pris fin depuis que les partis politiques financés par le secteur des affaires, sont seuls à désigner des représentants parmi lesquels les votants du peuple devront élire les dirigeants de l’État. Et pourquoi, en nos sociétés de règne absolu du profit, la seule exigence faite aux prétendus élus du peuple, est de savoir faire prospérer les grandes banques et compagnies en feignant de se préoccuper du peuple. Tout ce qui est étranger au leadership authentiquement assumé qui est une romance sacerdotale vécue dans l’interaction amoureuse du leader et du peuple qu’il gouverne au-dessus de toute duplicité ou simulacre et de toute félonie dissimulée.

Le leader digne, se reconnaît d’abord par ses qualités intrinsèques de dévouement total jusqu’au dépouillement de soi envers ceux qu’il conduit et par sa transparence sans ombre d’aucun mensonge, d’aucune dissimulation ni personnel ni systémique-idéologique. Ce n’est donc jamais l’histrionisme personnel en vogue, constaté dans la plupart des présidences ou monarchies actuelles...

Sans imposer, s’imposer par ses talents et les ressources idéelles et morales de sa personne, voilà le fondement communicationnel et actionnel du leadership en accord avec lui-même et avec sa vocation au profit de l’humain. Toute autre forme ne peut être qu’agression par la manipulation, violence plurale sournoise d’autant plus grave et crapuleuse parce que rarement patente contre le peuple...

Le "leader" qui fait le chef, n’est rien qu’un tyran déguisé, comme ces niais maniérés de palais et de primature, qui font le pitre sans le dire, au nom de leurs patrons de l’ombre. Car rassembleur-orienteur par la confrontation des options de la projection collective du groupe, le leader éprouvé par sa consécration, est l’archétype sain de la grandeur mise au service de la bonne cause. Serviteur de l’élévation commune, qui bannit toute utilisation d’autrui à sa propre cause personnelle. Son touchau actéologique est l’accomplissement du peuple-phratrie dans la cause collective réussie grâce à la mobilisation plénière que sa vision profonde et haute a su imprimer au collectif.

Leadership, actéologie téléologique en tant que rationalisation de l’action collective à mener, praxéologie entéléchique c’est-à-dire mise en question permanente et ajustement de sa pratique du pouvoir comme leader au sein du groupe étant l’homme du service, agent au service de l’accomplissement et du mélioratif pour le collectif motivé, conduit, bien orienté mais jamais ni mené ni manipulé. Leadership : Action orientante où le Leader assume toutes les exigences déontiques de son engagement...

Dans le pis-aller félon et inversé de la politique systémique des États actuels, pour éviter le pire, les amis de l’émancipation des peuples sont parfois portés à appuyer en palliatif, le moins servile, le moins embourgeoisé le moins complexé asservi par l’esbroufe des "honneurs" et surtout celui qui manifeste un peu de caractère pour limiter les compromissions et être moins traître du peuple, parmi la faune actuelle des coureurs de fauteuils palatins sur l’échiquier des joutes que sont la plupart des candidats en lice à chaque élection. Toutefois, c’est aux peuples de guetter au-delà de l’insidieux carcan du vote utile, les probables leaders que le système marginalise ou cherche à éviter par la surmédiatisation des prétendants acquis à lui, les fameux présidentiables avérés, purs produits électoralistes des grands partis...

Leadership et popularité déviante

Le plus subtil piège tendu au leader, parce que ailleurs base objective de son pouvoir, c’est l’abandon aux diktats de foule pour la « popularité ». La popularité auprès de la foule sans vision court le risque d’altérer le leadership en vulgarité politicarde. Popularité, plébiscite par la cohue, chose qui se transforme trop souvent et si vite en aliénation des idées-forces de la vision authentique du leader, contresens de sa vocation humanisante du collectif, inversion du sens de la voie à suivre ! Et le leader, démocrate par essence et non par conjoncture, est celui qui instruit son peuple pour mieux l’orienter sans jamais se vautrer dans la démagogie d’une popularité populacière.

Sans devoir recourir à l’elenchos socratique, il est obvie que le courage de l’impopulaire, quand c’est nécessaire, est sans conteste, le plus sûr gage de survie sans déviance du but ascensionnel à atteindre, qui est, du reste, le fondement subjectif intrinsèque ; point de mire du leadership assumé intégral et démarche noble inhérente au leader fidèle à soi.

Pour le peuple le vrai Leader se reconnaîtra par la disponibilité et par la volition indomptable de rassembler les majorités et minorités légitimes, constitutives de la société comme au temps des premiers groupes humains sans État, afin de guider tous dans la concertation avec les noyaux constitués des bases populaires, sans intervention d’oligarchies imposant leur idéologie comme naturelle et transcendante au vouloir du peuple, sans mensonge de rapines financières ni privilégiés autorisés qui utilisent tous pour leur règne.

De fait, de la meilleure définition possible, le leadership digne est celui de la libération. Et le leadership de la libération est ajustement de l’État au profit du peuple, subvertissement du pouvoir se pâmant pour s’ajuster à la souveraineté effective du peuple...

Au bout de cette réflexion, pour moi qui refuse les faux happy ends à la mode hollywoodienne, je dis, au risque de déconcerter le lecteur, que dans le contexte actuel de nos soi disant démocraties, avec les élections sans grand choix pour le peuple, le plus souvent, rare y est l’émergence d’un leadership véritable ou d’un vrai leader.

Les peuples de l’occident et d’ailleurs sont la plupart des temps électoraux, en proie à l’invasion de meneurs bâclés, produits par des partis faux et félons, dans une criante et totale absence de leaders !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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