Bayrou : À quoi sert le Centre ?

On a tendance à répondre : À rien ! Bayrou, à ne pas avoir pris de position à l’époque, a contribué d’une certaine façon à faire gagner Sarkozy en 2007. Affaibli cinq ans plus tard, pesant la moitié moins lourd en terme de voix mobilisables, on craint qu’il ne réitère le même comportement en 2012.

Il a écrit aux deux candidats avec une certaine outrecuidance pour un arbitre qui n’en jouera sûrement pas le rôle. Tellement intransigeant et donneur de leçons qu’il n’arrive pas à oser une compromission. Mais la vie n’est que cela, Monsieur Bayrou. Ça n’est pas honteux de soutenir quelqu’un qui est bien plus proche de vos idées, d’oser donner votre préférence. Seriez vous quelqu’un qui ne sait pas prendre position ni agir ? Quelle est l’explication consciente ou subconsciente de votre neutralité maladive et de votre inhibition de l’action ? Suspect, tout cela, on a envie d’appeler Freud à la rescousse.

Relancer l’industrie, produire en France, sauvegarder les emplois, en créer d’autres, améliorer la compétitivité, réduire la dette et le train de vie de l’État, moraliser la vie publique. Vu ce que Sarkozy a fait sur ces différents points pendant son quinquennat, ou plutôt n’a pas fait, Bayrou devrait plutôt faire confiance à Hollande, non ?

Bayrou est un homme honnête, on peut difficilement le nier, il en a la posture, l’allure et le discours. Il communique très mal, bien qu’il ait de bonnes idées. Il ne suscite pas l’enthousiasme pour aller au combat et il se plaît dans le rôle de donneur de leçons, condescendant à en être parfois puant. Il est du genre : « J’ai de bonnes et de saines idées, mais n’attendez pas que je vous mène à la bataille, et puis si je ne suis pas élu mes voix je me les garde. Moi je sais ce qui est bon pour la France, et je suis le seul à pouvoir mettre en œuvre ce que je prône avec tant de justesse ».

Il devrait s’exprimer le 3 Mai pour donner des consignes de vote pour le 6 Mai à ses 3 millions d’électeurs. Hollande aura beaucoup moins besoin des voix du Centre que Sarkozy. S’il advenait que Bayrou s’abstienne de prendre clairement position, sa crédibilité comme leader politique serait une fois de plus enfoncée. Ses électeurs seront moins timorés que lui, à n’en pas douter. Dommage que l’égo d’un faux modeste et son intransigeance le condamne encore une fois à ne servir à rien.

On mesure le gouffre entre la vacuité de Bayrou et l’efficacité de Mélenchon. Pendant que l’un se complait dans sa posture offusquée inactive, l’autre oeuvre, de concert avec Martine Aubry, pour faire perdre le Font National aux législatives dans 60 à 100 circonscriptions. Bayrou se comporte comme un adolescent capricieux, et Jean Luc Mélenchon montre une fois de plus, si besoin était, qu’il a la stature d’un grand homme d’État. Là où l’un a accumulé les revers, l’autre s’imposera comme vainqueur.

Sarkozy est peut-être en train de simplifier le dilemme pour Bayrou en ayant amorcé un brusque virage vers l’extrême droite. On peut croire que le Béarnais pourrait concilier le besoin de ménager l’UMP et prendre quand même position en justifiant son choix de faire voter Hollande par la personnalité critiquable à ses yeux de Sarkozy. À moins qu’il ne fasse voter blanc pour les mêmes raisons. Chassez le naturel...

Algarath


 
 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes