Sarkozy viré par les Français !

Ça y est, on est enfin débarrassés du personnage, et avec lui de sa politique. François Hollande, dont le « Moi Président de la République » au cours du débat restera dans les annales, avait bien résumé les griefs opposables au Président sortant. Sans que la liste soit exhaustive elle avait laissé Sarkozy sans voix au cours du débat et, si j’osais ce jeu de mots, lui avait coûté des voix lors de l’élection.

Il voulait être chef de tout et se mêler de tout sans qu’au bout du compte il se sente responsable de quoi que ce soit. Il pensait que la crise lui fournirait l’excuse suprême de son échec mais la majorité des électeurs ne s’est pas laissé abuser. Tellement imbus de sa fonction et de lui-même, il considérait que son Premier Ministre n’était qu’un collaborateur, et poussait le mépris jusqu’à le dire sans vergogne. Bien que Président de la République, il participait à la collecte de fonds pour son parti et s’impliquait dans ses réunions. Coutumier du « fait du prince », il ne laissait pas la Justice fonctionner de façon indépendante et nommait lui-même les membres du Parquet contre l’avis du Conseil Supérieur de la Magistrature. Il nommait les directeurs de chaînes de télévision publique, pour s’assurer que les médias lui soient dévoués. Sarkozy a protégé le statut pénal du Chef de l’État, et beaucoup d’électeurs l’ont interprété comme un désir d’être au-dessus des lois. N’imposant pas un code strict de déontologie à ses ministres, il leur laissait cumuler leurs fonctions avec des mandats locaux. Il avait tendance à sous-estimer les avis des partenaires sociaux et des syndicats.

À court d’arguments au terme de sa campagne Sarkozy prétendait que sans lui et avec Hollande la France deviendrait l’Espagne ou la Grèce. Lui et certains membres de son gouvernement mettaient en avant leur expérience du pouvoir contre l’inexpérience d’un « imperator sans glaive ». Sarkozy sauveur de l’Europe alors qu’elle menaçait d’éclater, Sarkozy seul à pouvoir dompter les marchés, et dialoguer avec l’Allemagne de Merkel.

Comme les cimetières sont peuplés de gens irremplaçables, Sarkozy est maintenant remplacé et, si on note la différence, on constatera très vite qu’elle est largement positive et que les catastrophes annoncées par le sortant déchu ne se produisent pas. On peut vraiment parler d’une ère nouvelle qui s’annonce pour la France. On verra bien sûr le changement radical de style à la tête de l’État. Le bling-bling ostentatoire qui a tant agacé les Français disparaîtra au profit d’un comportement modéré et contenu. On n’entendra sûrement pas des « casse toi pauvre con » et autres amabilités lors des sorties présidentielles, et la dignité de la fonction sera rétablie.

Avec un gouvernement de Gauche, la justice sociale reprendra ses droits, les négociations avec les partenaires sociaux et les syndicats seront actives et constructives. La régression des années Sarkozy cèdera la place à un progrès. Le pouvoir d’achat reviendra au centre des préoccupations de gouvernement, ainsi que l’industrialisation et l’emploi.

On déplorera peut-être que les changements soient insuffisants par rapport à ce qui est juste et nécessaire. On attendra que le Front de Gauche et Jean Luc Mélenchon conservent les acquis de la campagne et consolident leurs positions pour se présenter aux législatives et à la présidentielle de 2017.

Dans l’intervalle, François Hollande devra faire face à une menace d’explosion de l’Europe. Il n’est pas exclu que le système financier mondial s’écroule ou doive se battre pour sa survie et que le monde subisse un choc similaire à la crise de 1929. Les sacrifices démesurés qui sont imposés à la Grèce, l’Espagne, l’Italie et aussi bientôt à la France et à d’autres rendent possible un ras le bol des électorats qui exigeront de ne pas rembourser leur dette ou de n’en rembourser qu’une fraction. Il est vraisemblable que l’oligarchie financière et les dirigeants politiques à sa botte doivent adoucir l’austérité en mettant en place d’importants moyens de relance de la croissance. La France pourrait en profiter et Hollande et la Gauche au pouvoir en tirer gloriole. Plus Hollande demandera de renégocier les accords européens, plus il obtiendra des concessions au niveau des aides à la relance.

Sarkozy a contribué à faire accepter l’austérité, bien qu’il s’en défende. Il a joué l’Europe contre la France, les riches contre les pauvres, les forts contre les faibles. Sa défaite nous épargne la fusion entre le libéralisme et le nationalisme, promis avec son rapprochement du Front National. Hollande nous sauve d’un libéralisme débridé et d’un nationalisme à la Le Pen. On oublie que Sarkozy, avec sa complice Merkel, ont forcé l’austérité dans toute l’Europe, et que cet excès dans un sens reviendra dans l’autre par un effet boomerang. Attendons nous à ce que plusieurs pays européens refusent l’austérité et remettent en cause les accords ficelés à la va vite par l’axe franco-allemand. En cassant de facto le pacte Merkel-Sarkozy, l’élection de François Hollande donne aux pays européens écrasés par l’austérité une raison d’espérer. Si Hollande réussit à contrer les Allemands, le rôle nocif de Sarkozy deviendra l’évidence pour plus de Français, comme il l’est déjà pour beaucoup d’Européens.

Des forces considérables et contradictoires vont s’opposer dans les cinq ans à venir. Le FN revigoré, avec des dents très longues et un style déguisé pour éviter la mise au ban, la Droite qui va éclater et muter au risque d’être avalée, et le Front de Gauche qui va devoir acquérir une taille électorale et une influence significative au-delà des 25%. Il sera intéressant, bien qu’anecdotique, d’observer le rôle que jouera Sarkozy dans tout ça !

Algarath


 
 
 
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