Un million et quelques...

Un million de voix, de bulletins, d’électeurs…

Ce million, c’est ce qui sépare une France de la concorde... derrière Hollande à 51.67% de cette autre France de la discorde, anti-droits-de- l’homme, affairiste et sans pitié pour les faibles derrière Sarkozy à plus de 48%.

Oui ! Le million... un million sur 46 millions d’inscrits et 37 millions de votants ! C’est ce qui sépare la défaite de la victoire de Hollande, des électeurs n’en faisant qu’à leur tête : une grande majorité d’entre eux, côtés FN et Modem, a voté pour le candidat UMP.

Mais alors... qu’en était-il du rejet de Sarkozy ?

Donné très largement battu des mois durant (un rejet à hauteur de 60%), il a suffi d’une campagne menée autour des thèses du FN pour hisser Sarkozy à la hauteur d’une victoire probable et possible. Des départements… dans le Sud-Est notamment, affichent des scores compris entre 55 et 65% en faveur du Sarkozysme...

Le Sarkozysme... d’une main, des cadeaux fiscaux pour les plus riches et bréviaire FN de l’autre !

Un Sarkozysme qui n’a pas cessé dix années durant de flatter tout ce qui rabaisse l’être humain au rang d’un individu pétri de ressentiment, de rancœur, de revanche (1) tout en prenant soin d’entretenir toutes les peurs. Et à ce sujet, on laissera un militant UMP de l’Hérault le soin de conclure (2) : "A partir de demain, c’est la guerre. En comparant Sarkozy à Pétain, la gauche a accusé Sarkozy d’avoir vendu la France aux Allemands, mais eux, ils vont la vendre aux Arabes".

***

Cette campagne de 2012, le score de FN et le positionnement du candidat Sarkozy, à droite toute ! et aujourd’hui, après la communication des résultats définitifs, le risque bien réel de cohabitation (3), nous aura permis de faire le constat suivant : l’indifférence et l’absence de culture politique et historique sont incontestables car il faut le savoir : Marine Le Pen ne gêne plus personne... mais vraiment plus personne, jeunes, vieux, riches, pauvres, juifs, musulmans, cathos, ruraux, citadins, homos, hétéros, hommes, femmes... et la campagne de Sarkozy non plus.

Aussi, le commentaire et l’analyse politiques et l’action du même nom exigent dès aujourd’hui une autre approche même si on peut toujours continuer de prêcher dans ce qui ressemblera de plus en plus à un désert de références politique, morale et culturelle... celles d’un autre âge, et ce alors que l’on doit se fixer comme objectif (et devoir ?) d’être entendus mais... encore faut-il commencer par écouter avant de chercher à corriger quoi que ce soit et qui que ce soit.

Ecouter qui et quoi ? Une réalité certes locale, partielle et individuelle, virtuelle même ! et qui défie le plus souvent les statistiques (4) et des recensements de toutes sortes... mais une réalité tout de même qui prend appui sur un vécu, un vécu par procuration parfois aussi... mais là encore, un vécu vécu comme tel ! Car c’est avec ça que l’on fait de la politique pour le meilleur ou pour le pire. Toute négation de ce vécu, tout déni mènera à l’échec toute tentative d’imposer une autre réalité : celle des données scientifiques, statistiques et historiques.

On doit partir de ce vécu si on souhaite rompre le cercle vicieux du ressentiment, de la colère et de la rancœur à la racine duquel on trouvera une insécurité croissante ; et pour ce vécu-là, il n’y a pas de différence entre une réalité partielle, voire virtuelle et La réalité globale et quasi-scientifique des chercheurs et autres observateurs de la vie sociale.

Et puis, que l’on se souvienne : ventre affamé n’a pas d’oreilles !

Ventre aux mille faims… Car c’est bien l’insécurité – matériel, physique et culturelle -, insécurité identitaire re-sentie et vécue comme telle, ou bien redoutée... qui est au cœur de tous les affolements de la boussole sociale, au sein de catégories aussi nouvelles que surprenantes.

Jugez plutôt :

- Un homosexuel (qui ne s’en cache pas et qui en possède tous les signes extérieurs !) algérien et arabe (né en Algérie, récemment naturalisé), non pratiquant (ni mosquée ni Ramadan), qui a voté Sarkozy au premier tour, et second tour. A la fois francophone et arabophone, âgé de 35 ans il vit en couple à Paris 12è avec un français d’origine algérienne, né en France et seulement francophone.

Posez-lui la question suivante : "Mais... il n’y a rien qui vous gêne chez Sarkozy ? Rien dans la campagne qu’il mène ?".

La réponse suivante ne tardera pas :" Non, pourquoi ? Et puis, on est français nous aussi !"

- Le vote de juifs sépharades traditionnalistes sans excès, moyennement éduqués, que je côtoie régulièrement, réparti au premier tour entre Le Pen et Sarkozy. Au deuxième tour, ce vote s’est porté en faveur du candidat Sarkozy, et pas seulement parce qu’il s’agit d’un candidat circoncis.

Même question : "Mais... il n’y a rien qui vous gêne chez Sarkozy ? Rien dans la campagne de Marine Le Pen ?".

Même réponse :" Non, pourquoi ?" avant de se replonger dans l’actualité people de la famille Le Pen avec Gala et Voici car, après la fille, c’est la petite fille qui embrasse la carrière politique tout comme son grand-père, selon l’adage : "Plus on est de Le Pen en politique plus les uns rient, plus les autres pleurent". Inutile de préciser que l’affaire Merah (5) n’aura rien arrangé non plus.

Mais alors... à quand un vote massif des juifs et des musulmans pratiquants et traditionnalistes, même modérés, en faveur du FN ou de l’aile dure de l’UMP ? Ces croyants ayant finalement tout intérêt à rejoindre les catholiques pratiquants et traditionnalistes regroupés (remontés ?) contre une société jugée laxiste, corruptrice de leurs chères petites têtes brunes aux yeux noirs.

Autre catégorie à intégrer... à propos du vote FN...

- Une Ivoirienne évangélique, née en côte d’Ivoire, naturalisée française, 35 ans, mariée avec un enfant qui a voté FN car Marine Le Pen a été la seule à s’opposer à la chute de Laurent Gbagbo provoquée avec l’appui de l’armée française.

Une autre encore...

- Un jeune de 20 ans, français d’origine polonaise de la première génération – immigration des années 80 ; né en France de père Français, bachelier, il parle couramment le polonais sans toutefois l’écrire. 2012, c’est son premier vote : il est allé au FN. Pourquoi ça ? Scolarisé à Ivry sur Seine (94), racketté à plusieurs reprises au collège et au Lycée, avec ce vote il croit pouvoir rendre les coups qu’il a reçus et qu’il n’a jamais pu donner.

La nature a le vide en horreur, l’insécurité et la politique aussi. Et la réalité de ces nouvelles catégories méritent autre chose qu’un jugement moral à l’emporte pièce car... si condamner les émeutiers avec des "c’est pas bien de brûler des voitures" n’a jamais dissuadé qui que ce soit de les brûler... sermonner le Peuple avec des "c’est pas bien de voter FN" n’a jamais empêché qui que ce soit de s’y complaire. Sans oublier les cas où les thèses de ce parti ne sont même plus reconnues pour ce qu’elles sont : xénophobes, racistes, nationalistes, discriminatoires et ethniquement suprématistes…

Aussi, la lutte contre cette variable d’ajustement de la vie politique française qu’est le FN (un peu comme le chômage pour l’économie), ne peut être qu’un point de départ et sûrement pas un point d’arrivée. Dans le cas contraire, ce sera un échec. Et d’ailleurs : c’est un échec ! Et plus encore lorsque le FN s’ingénue à brouiller le jeu politique avec des discours dédiés au travail, à l’économie, au social... à vilipender le FMI, la Commission européenne, les banques... tout ce qui depuis trente ans minent les conditions de vie des Français (mais rien contre les patrons et le Medef, d’aucuns l’auront noté !).

Quant à ce journalisme politique qui ne tiendrait pas compte de ces nouvelles catégories, un journalisme arc-bouté à une analyse FN du type "racisme, antisémitisme, fascisme… " on peut craindre qu’à la longue, privé de lecteurs à l’exception d’une poignée de militants, il ne finisse par ne plus se parler qu’à lui-même.

Et les appels à la constitution d’un front républicain n’arrangeront rien… ils ne sont déjà plus relayés ni écoutés ni pris en compte. Vous pensez bien : "Un front républicain une fois tous les 5 ans, le soir des élections, à défaut d’un Pacte républicain (conditions de vie ensemble, justice, protection des minorités et des plus faibles...) tous les jours de l’année !" nous objectera-t-on.

***

Après dix ans de Sarkozysme, une brèche a été ouverte, grande (6), car tout est possible depuis que nous sommes tous livrés à nous-mêmes, sans projet collectif et directeur, seuls, en bandes, en clans, en communautés réelles ou virtuelles !

Mais alors... où trouver un espoir de redressement des valeurs humanistes ?

Le PS, pour ne parler que de lui, trouvera sans doute dans les années à venir son salut et ses chances de survie contre un déclin assuré (Hollande étant le dernier sursaut) dans sa manière de prendre à bras le corps les questions de l’immigration, de l’intégration, de l’insécurité tant économique que physique et culturelle, de l’exemplarité du personnel politique et de la protection des acquis sociaux pour y insuffler et y opposer un autre discours, une autre symbolique, d’autres réponses qui seront de vraies réponses tout en sachant que l’immense majorité des êtres humains, contrairement aux cadres et idéologues du FN et d’une partie de l’UMP n’a qu’un souci : vaquer à ses occupations sans être nécessairement habité par un besoin irrépressible d’un bouc émissaire sur lequel frapper chaque matin.

Dans le cas contraire, ce sont bien les hyènes et les chacals de la politique qui se nourrissent sur le cadavre d’un certain esprit humaniste qui, aujourd’hui, a bel et bien déserté les consciences de millions d’individus, le FN et une UMP de survie et en sursis qui rafleront la mise d’un nationaliste discriminatoire, refermé sur lui-même qui marquera le déclin de la France et de son rayonnement politique, culturel et économique un peu à l’image d’une Europe qui a déjà amorcé son retrait de la scène mondiale en tant qu’acteur autonome avant le déclin irréversible de son influence tant culturelle qu’économique.


1- Dix années de... "Vous n’aimez les syndicats ? Vous avez raison ! Vous n’aimez pas l’idée du vote des étrangers ? Vous avez raison ! Vous n’aimez pas les faux chômeurs, les fraudeurs du RSA ? Vous avez raison ! Vous n’aimez pas l’impôt, vous avez raison ! Vous n’aimez pas les fonctionnaires ? Vous avez raison ! Vous n’aimez pas les Musulmans ? Vous avez raison ! Vous n’aimez pas l’idée de mariage pour les homosexuels ? Vous avez raison !..."

2 - Vraiment ! Faut éviter d’encourager la bêtise... car à ce jeu on sort toujours gagnant, ou bien plutôt... perdant, côté intelligence même si d’autres pourront toujours se demander : qui a besoin d’un électorat d’une intelligence supérieure à toute la bêtise qu’un candidat est capable de susciter chez cet électorat ? La réponse sera la suivante : tous ceux qui refusent de baisser les bras.

3 - Même si rien n’est encore perdu... car, après tout, il y a des mariages de raison (l’élection de Hollande contre un rejet de Sarkozy) qui peuvent dès les premières semaines se transformer en mariage d’amour !

4 - Les derniers chiffres communiqués à propos de l’immigration contredisent toutes les affirmations d’augmentation massive, voire d’invasion, de populations oisives vivant d’aides sociales... (sans toutefois traiter la question de la densité et de la répartition de cette immigration)...

5 - Mais alors, pourquoi se précipiter chez le FN ? L’UMP et le candidat Sarkozy n’étaient donc pas capables de "prendre en charge" toute la colère suscitée par les actes de Mohamed Merah ? Là encore, on revient à la case départ : celle de l’absence de cultures politique et historique.

6 - C’est cette brèche ouverte, grande, qui va d’une partie des électeurs du Modem (à l’inverse du FN, avec le Modem, on peut respecter son leader et ses quelques cadres mais difficile trouver des excuses à ses électeurs qui ont voté majoritairement pour Sarkozy) au FN en passant par Sarkozy et l’UMP ...


 
 
 
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