École-Société, pour une téléologie ouverte de l’humanité...

Bref survol du statut de l’école.

L’école, telle qu’elle est aujourd’hui, est l’ironie même de l’éducation - cet "educere" consistant à conduire et orienter le sujet humain par la transmission de valeurs pour la libération - en tant qu’elle impose un formatage officiel aliénant de l’esprit par la séduction (seducere) de la réussite égoïste dans la société, au mépris de toute mission moralisatrice voire libératrice de l’homme. Désapprendre l’habitus actuel d’enfermement dans la vision simpliste et plate du succès personnel pour apprendre à intégrer l’autre comme semblable à élever et servir par tout savoir et savoir-faire avant tout enrichissement matériel, telle doit être la téléologie socio-scolaire révolutionnaire de notre temps.

La question de l’école renvoie à celle de la société voire de l’humanité : Quel type de société et quelle sorte d’hommes voulons-nous ? Tout changement de société et d’humanité impliquera une réforme radicale de l’école qui, en forte part, structure les mentalités et prédétermine les rationalités en action dans le monde.

L’école est la matrice de structuration de l’humanité sociale. Aussi, est-elle le germe et la parturiente de tout un pan de la nature sociale, étant l’une des institutions fondamentales de reproduction de la société, déterminant ses modalités d’existence, ses valeurs, ses projets de maintien ou de transformation du collectif, ses assises du savoir et du savoir-faire !

On oublie trop souvent que l’école est le choix d’une société se projetant dans ses buts, ses attentes, sa construction de soi et sa définition de l’homme. Alors, la question appariée à celle de l’école et de ses modalités, est donc :

Faut-il changer la société ? Et, par voie de conséquence, la famille, la citoyenneté ? Faut-il revisiter et réviser nos fondements idéels et factuels d’humanité ?

La terre est devenue une géhenne et la société un bordel où tous les mérites authentiques spirituels, intellectuels et moraux sont rejetés, méprisés s’ils ne rapportent pécuniairement au système socioéconomique, s’ils ne sont prostitués à l’ordre économique malsain. Dès la petite enfance, nous mettons l’homme au pas par des sortes d’hexis bien inculquées sous forme d’ambitions, de rêves pour l’apprêter au service du Moloch institutionnel incarné par l’État qui garantit l’ordre social par ses lois, sa répression éducationnelle où tous sont à peu près esclaves de l’ordre imposé par et pour quelques-uns. Alors, oui, il faut tout changer, si un tant soit peu, nous croyons que l’homme prime les choses et les idéologies. Hélas, nous enseignons aux enfants des monstruosités comme la compétitivité féroce qui rend opportuniste et inhumain en percevant l’autre comme adversaire ennemi plutôt qu’une société de partage et de convivialité ; l’auto-évaluation par la consommation ; la foi aux clivages bêtes et indécents de notre société de malaise...

Il ne s’agit pas de favoriser la réussite sociale dans un monde en décomposition, non, mais de refaire le monde, la société au profit de l’Homme, où il a toutes les chances effectives d’être Esprit Libre qui se choisit sans être chose adaptée que l’ordre social manipule, que l’ogre du monde utilise !

Fonction téléologique de la société - en tant qu’elle permet au pouvoir social de former ceux sur qui dépend son maintien ou sa transformation dans la projection institutionnelle vers le futur collectif - l’école doit être prise en main par les partisans de la liberté ; et l’école nouvelle, libérée, moulera l’humain, le façonnera citoyen et s’érige voie et démarche d’avenir par où advient le devenir social désaliéné.

Le monde hideux de la ploutocratie actuelle fera tout pour maintenir l’école au stade d’usine de compétences immédiates au service de la professionnalisation-emploi qui sous-tend l’ordre de la production-consommation. Les ploutocrates continueront à élaborer une école où l’éveil à l’esprit critique sera marginalisé, maintenu parmi une infime minorité sous contrôle dans les universités où lesdits spécialistes en sciences humaines et en philosophie sont payés pour éviter les questions essentielles avec la société. Et, si jamais un ou deux d’entre les spécialistes vraiment doués - car plusieurs sont des affairistes et même des répéteurs médiocres de conneries officielles dans un langage scolaire - osent prendre position pour la vérité, la presse des riches ne manquent jamais de les faire passer pour des excentriques, des excessifs, des fous, des illuminés, des pédants, des extrémistes etc...

Comme dans la boutade d’Ivan Illich proclamant l’avènement d’"une société sans école", il faudra en quelque sorte, (fermer les écoles) pour une société autrement scolarisée, c’est-à-dire, sans le type d’école planétairement en vogue, qui ne cesse de vampiriser l’esprit des hommes dès l’enfance, au profit d’une minorité diabolique.

À ceux qui aiment la vérité, l’humanité et le changement, l’une des plus grandes batailles, sera celle de la réforme radicale de l’école pour une révolution de l’entendement et du comportement...

Tout le pari de l’éducateur digne de soi et respectueux de l’éduqué - le sujet humain à orienter - est de faire de la fonction essentielle de l’éducation et de toute pédagogie une orientation conductrice optimale qui outille l’homme de toutes les armes critiques pour comprendre et choisir sa vie, son monde en l’édifiant librement. Opérer l’éducation en tant que le lieu d’une édification de l’homme en collaboration consciente avec lui, loin de l’école d’asservissement et d’aliénation qui sévit aujourd’hui par le matérialisme sauvage la corruption, la construction-pérennisation des clivages grossiers de domination et d’exploitation de l’homme par l’homme.

Le combat pour la réforme de l’éducation planétaire via l’école sans mur et aspatiale (sans espace précis) parce que partout portée par la technologie et tous les moyens de communication dont nous disposons aujourd’hui, constitue ce que j’appelle, dans le titre de ce texte, sa téléologie ouverte, puisqu’elle visera la projection (téléologie collective) de l’humanité comme plus libérée, plus consciente, plus digne de ses facultés et attributs. Ladite téléologie éducative est donc ouverte comme porte de tous les possibles pour une libération sociale de masse.

Si nous avons parlé d’école sans murs, c’est parce que nous sommes pour le démantèlement jusque dans sa matérialité, du carcan de l’éducation actuelle. On se sert de l’école pour dresser des murs immatériels où l’on cloître les esprits, alors que l’Éducation, la grande, la vraie, est ravageuse de toute claustration, ennemie jurée de la servitude tant idéelle, idéologique que factuelle orchestrée par l’économie et la politique de l’État.

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CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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