QUI TIRE LES FICELLES EN ALGÉRIE DEPUIS 50 ANS

L’opacité du régime mise à jour dans un livre qui mouille la France

Roger Vétillard

Le Département Renseignements et Sécurité (DRS) est, en Algérie, le successeur de la Sécurité Militaire (SM), équivalent français de la DGSE et de la DCRI. Mohamed Sifaoui, qui paraît extrêmement bien renseigné, veut nous démontrer qu’en fait, le pouvoir algérien est tenu par une organisation peu apparente, qui s’impose aux hommes politiques qu’elle choisit. Les informations foisonnent, parfois déjà connues par ceux que l’histoire de l’Algérie, après l’indépendance, intéresse. Elles montrent un pouvoir algérien anti-démocratique, corrompu, menteur, manipulateur. C’est une "kleptocratie", une "dictature", une "maffia", qui s’organise, dès la signature des accords d’Evian, pour aboutir aux mises à l’écart de Ferhat Abbas et de Ben Youssef Ben Khedda, avec les épisodes sanglants de l’été 1962, notamment dans l’Ouest algérien, la prise du pouvoir de l’armée des frontières, en faveur de Ben Bella, puis de Boumediene.

Depuis 50 ans, les purges, les assassinats, les "suicides", les mises à l’écart se succèdent. LA SM et le DRS se sont alliés successivement à des organisations maffieuses (gang des Lyonnais), des barbouzes (SAC), des terroristes (ETA) et se sont rapprochés d’Al Qaïda et du GIA, avec la volonté de les instrumentaliser. Ces tendances vont s’accentuer avec l’arrivée au pouvoir de Chadli Bendjedid. Ce dernier, refusant l’identité berbère, va être à l’origine du "printemps berbère" de 1980 avec des manifestations réprimées dans le sang en Kabylie.

Les islamistes manipulés avant d’échapper à leurs manipulateurs

Le président va utiliser, dès lors, les islamistes, représentés par le groupe des Frères Musulmans, pour s’opposer aux Kabyles. Ils vont être à l’origine d’assassinats et d’agressions. En 1988, les émeutes seront utilisées pour éliminer certains caciques du FLN et de l’armée. Et plus tard, en 2001 et 2002, la répression policière des mêmes contestataires fera de nombreuses victimes (plus de 120 morts et 5 000 blessés). Chaque fois, depuis 50 ans, qu’un mouvement populaire menace le pouvoir, la SM ou le DRS utilise tous les moyens pour briser la contestation, souvent désignée comme le "parti de l’étranger". "Il y a eu incontestablement une manipulation du malaise social à des fins politiques" .

C’est ainsi encore qu’au cours des années 80, la SM va utiliser les islamistes pour lutter contre les tendances démocratiques, berbéristes et progressistes. Des imams égyptiens sont appelés et rétribués ; ce qui explique l’influence grandissante de ce courant et va aboutir au coup d’Etat de 1992. Au lieu de choisir l’ouverture politique, qui aurait évité une guerre civile meurtrière à son pays, Chadli Bendjedid a préféré les intrigues et instrumentalisé l’islamisme.

Et il n’est pas rare qu’il y ait eu collusion entre les services secrets algériens et français, ces derniers fermant les yeux sur les opérations illicites des premiers. Cela n’empêche pas une lutte sévère interne à l’Armée algérienne entre les maquisards et les DAF (déserteurs de l’armée française) soupçonnés de sympathie pour l’ancienne puissance coloniale.

Le Front islamique du salut (FIS), sous l’impulsion d’Ali Benhadj, d’Ahmed Sahnoun et d’Abassi Madani, qui s’inspire d’une lecture idéologisée du Coran, sera légalisé en septembre 1989 par Mouloud Hamrouche, dans le cadre d’une stratégie de division des opposants au FLN, avec l’aval de François Mitterrand et de Michel Rocard. Les élections municipales de 1990 voient le triomphe des islamistes qui veulent l’application stricte de la Charia, alors que le Premier ministre voulait "créer un climat démocratique pour dissoudre l’islamisme dans la modernité". Et, ajoutait-il "nous sommes sûrs de nos arguments et nos moyens." La suite l’a contredit.

Mais l’armée n’est pas dupe et intervient pour s’opposer, dit-elle, à la théocratie et défendre la démocratie, avec la bénédiction des puissances occidentales. Les méthodes utilisées pourraient, selon Sifaoui, conduire leurs ordonnateurs devant le Tribunal Pénal International .

Et tout au long de ce demi-siècle, les suicides et les assassinats de responsables politiques, militaires ou syndicaux ont été très nombreux. L’attentat contre le président Mohamed Boudiaf, à Annaba, le 29 juin 1992, et la pseudo-prise en charge médicale du blessé sont révélateurs de cette ambiance, qui conduit à annoncer la mort du président plusieurs heures avant qu’elle ne soit effective.

Parmi toutes ces affaires, celle des moines de Tibhirine reçoit un nouvel éclairage. Pour notre auteur, les moines n’auraient pas été tués "si les services de la DGSE, en France, n’avaient pas tergiversé et si le général Lamari n’avait pas agi en revanchard."

Aujourd’hui encore , la situation de l’Algérie reste instable sur le plan politique et la démocratie est un vœu pieux. Le projet de société qui est appliqué s’inspire largement de la Charia. La liberté de conscience n’est pas respectée, les minorités religieuses sont harcelées, les minorités sexuelles interdites. Il n’y a pas d’égalité entre les sexes, pas de laïcité, le racisme et l’antisémitisme sont banalisés et tolérés. La société algérienne est porteuse d’une sous-culture, pâle copie des us et coutumes du Moyen-Orient .

"Le pays est dirigé par un clan mafieux, constitués de civils et de militaires, tapis derrière des prête-noms et des lampistes, et si on doit désigner l’institution qui détient les clés du système, c’est le DRS et son responsable le général Mohamed Mediène, alias Toufik qu’il faut citer" . Alors, tous pourris dans les cénacles des pouvoirs algériens ? Non, nous dit-on car " il ya des hommes comme Liamine Zéroual qui sont des hommes parmi les plus intègres. Et même au sein du DRS, il y a des gens d’une haute probité morale et intellectuelle…". L’Etat DRS poursuivra-t-il sa marche au sommet de cet Etat ?

Ce livre abonde d’anecdotes, d’informations et de révélations. On regrette que les sources ne soient pas citées. Car cette lecture est à l’origine d’un réel malaise : comment imaginer que les agissements du pouvoir algérien soient aussi machiavéliques et diaboliques ? L’ouvrage est interdit en Algérie.

"Histoire secrète de l’Algérie indépendante" de Mohamed Sifaoui - Nouveau monde éditions 390 pages à 21,30 €


 
 
 
Forum lié à cet article

11 commentaires
  • QUI TIRE LES FICELLES EN ALGÉRIE DEPUIS 50 ANS 28 mai 2012 23:40, par ZAYOUF

    Il y a pas plus manipullateur que le Sfaoui lui meme ;je refuse de citer son prenom car le mérite pas !!
    Aucun pays arabe ou musulman n’est bien à ses yeux ;aucun arabe français ou musulman n’est de bonne foie à ses yeux ; le Sifaoui est payé par les média français pour casser de l’arabe ; c’est grace à sa langue de bois qu’il a pu etre français de nationalité ; quel mérite !

    • QUI TIRE LES FICELLES EN ALGÉRIE DEPUIS 50 ANS 1er juin 2012 15:29, par cedricx

      tout à fait d’accord ! Sifaoui n’a aucune crédibilité et il faut bien le dire : il raconte n’importe quoi ! mais ça plait aux lecteurs pas trop exigeants, c’est l’essentiel !

  • VENDRE SON ÄME POUR EXISTER 30 mai 2012 00:48, par brams49

    Il fut un temps où j’avais du respect pour cet individu qui avait choisi de combattre de façon virulente l’intégrisme qu’il vivait en Algérie. A son arrivée en France, rien ne l’obligeai à se compromettre avec les « chiens de garde » des soutiens indéfectibles à l’état d’Israël, à savoir BHL, Caroline Fourest , Finkelkraut etc.. en les suivant dans l’amalgame terrorisme islamiste – resistance palestinienne et dans la stigmatisation des musulmans de France. Il en viendra même à justifier Le massacre de Gaza. Se construire une renommée ainsi et à ce prix est infamant et il en ressortira totalement disqualifié pour parler des algériens. Il a du certainement lire le commentaire de cette dame âgée qui écrira qu’elle avait honte pour ses parents. Personnellement, je l’avais invité à poursuivre ses « plongées » journalistiques qu’il avait menées dans les milieux islamistes et asiatiques par une infiltration de la LDJ ou le Bétar. Soyez sans crainte, Il n’osera pas ! Pour finir, lors de son apparition dans l’émission « C dans l’air », ça m’a fait bizarre de l’entendre dire « nous, en France.. » Tout de même en arriver à ce point pour claironner sa nouvelle nationalité française, c’est manquer de pudeur. J’ai des parents installés en France depuis des lustres qui n’ont n’en pas fait une montagne.

  • QUI TIRE LES FICELLES EN ALGÉRIE DEPUIS 50 ANS 30 mai 2012 13:35, par brams49

    Il fut un temps où j’avais du respect pour cet individu qui avait choisi de combattre de façon virulente l’intégrisme qu’il vivait en Algérie. A son arrivée en France, rien ne l’obligeai à se compromettre avec les « chiens de garde » des soutiens indéfectibles à l’état d’Israël, à savoir BHL, Caroline Fourest , Finkelkraut etc.. en les suivant dans l’amalgame terrorisme islamiste – resistance palestinienne et dans la stigmatisation des musulmans de France. Il en viendra même à justifier Le massacre de Gaza. Se construire une renommée ainsi et à ce prix est infamant et il en ressortira totalement disqualifié pour parler des algériens. Il a du certainement lire le commentaire de cette dame âgée qui écrira qu’elle avait honte pour ses parents. Personnellement, je l’avais invité à poursuivre ses « plongées » journalistiques qu’il avait menées dans les milieux islamistes et asiatiques par une infiltration de la LDJ ou le Bétar. Soyez sans crainte, Il n’osera pas ! Pour finir, lors de son apparition dans l’émission « C dans l’air », ça m’a fait bizarre de l’entendre dire « nous, en France.. » Tout de même en arriver à ce point pour claironner sa nouvelle nationalité française, c’est manquer de pudeur. J’ai des parents installés en France depuis des lustres qui n’ont n’en pas fait une montagne. Pour ce qui est du contenu de cet article, on se presse de reprocher d’un coté de la méditerranée l’opacité de la DRS alors que de l’autre on trouve normal d’invoquer le secret- défense. Aussi, sans justifier les régimes autocrates qui se sont succédés, il y a lieu d’avoir en mémoire que l’Algérie n’a pas encore fêté son cinquantenaire, et après toutes les épreuves traversées il est normal de la voir hésiter à adopter d’un projet de société bien déterminé.

  • QUI TIRE LES FICELLES EN ALGÉRIE DEPUIS 50 ANS 1er juin 2012 16:49, par Mearffi

    Le torchon sous forme de livre de ce scribouillard n’apporte aucun élément tangible qui permettrait de confirmer ses racontars à la place d’anecdotes et autres éléments cités comme des révélations. L’énumération sous le forme de révélations de la majorité des données sont celles que tout algériens connaît de longue date, toutefois avec la particularité que ce scribouillard remet au goût du jour les principes adoptés par les colons qui avaient des indigènes spécialement rémunérés pour dénonçaient d’autres indigènes, même s’il fallait inventer pour incriminer.
    La seule vérité est que contrairement aux élites des autres pays, les algériens, soit disant intellectuels et universitaires sont dans leur majorité matérialistes et corrompus jusqu’à l’os ; ils font de la masturbation du cerveau uniquement pour grappiller certains avantages, en espérant sournoisement que le petit peuple se soulève et verse son sang pour leur permettre de voir venir en toute quiétude.

  • QUI TIRE LES FICELLES EN ALGÉRIE DEPUIS 50 ANS 1er juin 2012 17:37, par BELOU

    La haine des algériens est son fond de commerce.
    Sifaoui le bidonneur de reportages à la mords-moi-le-nœud.

  • QUI TIRE LES FICELLES EN ALGÉRIE DEPUIS 50 ANS 2 juin 2012 09:12, par Khaled

    Alors , sifaoui ?
    Tu n’as pas fini de déblaterer sur le pays qui t’a permis de devenir ce que tu es ?

  • QUI TIRE LES FICELLES EN ALGÉRIE DEPUIS 50 ANS 3 juin 2012 18:56, par Mohamed

    Bonjour
    Ce "bonimenteur/arnaqueur" n’a ni culture historique, ni culture politique. J’ai commencé à lire ce texte et je me suis arrêté au paragraphe "Le Front islamique du salut (FIS), sous l’impulsion d’Ali Benhadj, d’Ahmed Sahnoun et d’Abassi Madani.." qui m’a immédiatement situé le personnage inculte qu’il est. S’il existe bien en Algérie une "autorité" qui a été la première à s’opposer avec force au FIS, il s’agit bien de l’ancien président de la ligue islamique, feu le cheikh Ahmed Sahnoun qui a tout fait pour que le mouvement islamique algérien structuré évite de se fourvoyer dans l’activisme politique et reste au contraire dans l’activité sociale, culturelle et caritative. Tout a été fait par les principaux leaders de la mouvance islamique pour empêcher les marginaux (à l’intérieur du mouvement) qu’étaient Abassi Madani et Ali Belhadj de créer un mouvement politique qui saperait la démarche éducative, sociale, sociétale, culturelle et humaine qui était la philosophie même de l’action du courant islamique majoritaire de l’époque.
    Ainsi donc, le premier à s’opposer clairement à l’existence même du FIS est celui-là même que cet ignare désigne comme co-fondateur. Une aberration de plus à mettre au crédit de l’escroquerie intellectuelle des pseudos experts de la mouvance islamique. Heureusement que le ridicule ne tue pas....
    Mohamed

  • Les croisades de Sifaoui 3 juin 2012 22:33, par Sissi

    D’après la légende, Mohamed Sifaoui est un opposant algérien qui a fuit son pays à la fin des années 1990. Mais, quelques mois seulement après avoir débarqué en France, « l’opposant » est bizarrement devenu l’ami de certains haut-gradés algériens, au point de venir soutenir le très sympathique général Khaled Nezzar lors d’un procès qui s’est tenu à Paris en 2002.

    Transformé en pourfendeur de « l’islamisme », le dynamique Mohamed est devenu le fournisseur officiel de barbus aux chaînes de télévision françaises qui louent ses services comme on loue ceux d’un traiteur pour une soirée d’anniversaire. C’est ainsi que, dès 2003, son inséparable caméra cachée lui a permis de démasquer, pour France 2 et M6, une prétendue « cellule d’Al Qaida à Paris ». Une étrange affaire qui s’est soldée par « la fuite » du principal protagoniste du « reportage » – un soi-disant militant algérien du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) – en… Algérie, pays où le « jihadiste » coule, d’après nos informations, des jours assez tranquilles. Il se passe des choses étranges en Algérie.

    lire la suite :http://www.bakchich.info/medias/2006/11/15/les-croisades-de-sifaoui-49944

  • Le documentaire consacré à Mohamed Sifaoui a été réalisé par Antoine Vitkine et Fabrice Gardel. Qui est Antoine Vitkine ? Un membre du Cercle de l’Oratoire, qui édite la revue Le Meilleur des mondes, revue des néoconservateurs français. Se côtoient dans le Cercle, André Glucksman, Pascal Bruckner et Romain Goupil, de solides soutiens de l’intervention américaine en Irak, ainsi que Jacques Tarnero, Pierre-André Taguieff et Stephane Courtois. Dans ces conditions, on peut être sûr de l’objectivité du propos et du portrait qu’il dresse de Mohamed Sifaoui, « un homme en colère ». Ayant échappé à la mort en Algérie, affirme la présentation, ce « journaliste indépendant » est « installé désormais à Paris avec sa famille, il passe sa vie à enquêter sur les islamistes, en prenant parfois de réels risques physiques – il a par exemple infiltré une cellule terroriste ».

    Lien pour lire l’article : http://blog.mondediplo.net/2007-08-26-Apres-avoir-infiltre-Al-Qaida-Sifaoui-infiltre

  • QUI TIRE LES FICELLES EN ALGÉRIE DEPUIS 50 ANS 9 juin 2012 09:19, par El Khorti

    Tir groupé contre Sifaoui. Est-ce de la part de ceux qu’ils dénoncent ? Ce journaliste a-t-il tort de dénoncer la mafia qui dirige le pays et que tout le monde constate, l’opacité, la manipulation de toute sorte : élections truquées, partis éprouvettes, manipulation des terroristes islamistes, mise à l’écart des démocrates, prédaion des richesses etc. On n’a pas besoin de lire son livre pour être d’accord avec le résumé qui en est fait dans cet article.