Front de gauche antiproductiviste et Objecteur de croissance

En avant vers un Front de gauche du Bien-vivre ! par Paul Aries

En avant vers un Front de gauche du Bien-vivre !

Paul Ariès
Rédacteur en chef des Z’indigné(e)s
Directeur du journal le Sarkophage
Co-initiateur du Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance
Auteur de « Le socialisme gourmand, le Bien-vivre, un nouveau projet politique » (La découverte, mars 2012).

Le Front de gauche sort affaibli des législatives, électoralement, mais pire encore politiquement. Le Front de gauche n’a pas su maintenir la dynamique. Cet échec doit être analysé, sans rien cacher de ses causes, dans le but de renouer avec une stratégie victorieuse. Plusieurs raisons concordantes expliquent cet échec.

1) Tout d’abord Le Front de Gauche a choisi de ne pas mener de campagne nationale pour ces législatives. Nous avons fait dans ce domaine le service minimum alors qu’il fallait au contraire ouvrir toutes grandes portes et fenêtres pour permettre de faire vivre la mobilisation, sans souci d’appareil, sans concurrence. Conséquence : aucune initiative forte n’a été prise au niveau national alors qu’on pouvait imaginer un nouveau rassemblement à la Bastille, des pique-niques festifs unitaires dans chacun des départements, etc. Chaque organisation du Front de gauche a mené finalement sa propre campagne de façon très isolée. J’ai, en tant que co-initiateur du Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance, soutenu des candidats du Front de gauche, PCF, PG, GU…. Je le dis avec force : le Front de gauche ne pouvait qu’échouer à choisir de rester un cartel électoral.

2) Le Front de gauche n’a pas su donner un sens politique fort donc clair à ces élections législatives. Les thèmes mis en avant étaient en retrait par rapport aux présidentielles. On a joué l’idée illusoire d’un « vote utile » Front de gauche dans l’espoir de peser sur le PS. Conséquence : le sens général du vote Front de gauche (un vote à la fois anticapitaliste et antiproductiviste) a été gommé au profit souvent d’une simple surenchère. Nous payons aujourd’hui les insuffisances de notre projet. Je reste convaincu que nous aurions gagné à parler de gratuité des services publics locaux, de réduction du temps de travail (les 32 heures tout de suite !), de sortie nécessaire du nucléaire, etc. Nous n’avons pas su susciter le désir, donner envie...

Le Front de gauche est aujourd’hui au pied du mur. Nous devons plus que jamais garantir son futur. En refusant de participer, même à titre individuel (sic), au gouvernement « socialiste » qui sera bien davantage un gouvernement d’alternance que d’alternatives, ce qui n’interdit pas d’être une force de propositions ; en créant des collectifs locaux du Front de gauche, ouverts à toutes et à tous ; en libérant les initiatives pour enfanter un nouveau projet capable de susciter le désir, en prenant acte, à la fois, de la faiblesse électorale de nos forces, mais de la richesse des expérimentations. Oui, il existe déjà une société post-capitaliste et post-productiviste en souffrance. Nous devons ajouter à l’insurrection électorale et à celle des consciences, l’insurrection des existences. Nous devons réinventer une gauche maquisarde, une gauche qui fasse au maximum sécession d’avec les logiques du capitalisme et du productivisme, une gauche buissonnière mais capable de faire école. Nous devons penser, dès maintenant, les conditions de l’émergence de petits bouts d’une autre société, grâce à la richesse d’un véritable « socialisme municipal » autour notamment de la gratuité des services publics, grâce au retour nécessaire du mouvement coopératif, grâce à l’essor d’un « syndicalisme à bases multiples », etc. Nous devons apprendre à passer des passions tristes aux passions joyeuses, seule façon de battre le F-Haine. Nous devons dire que « résister c’est créer ». Nous vous donnons rendez-vous lors du Forum mondial de la pauvreté (fin juillet à Pau) que nous co-organisons avec Emmaus-Lescar-Pau pour obtenir du pouvoir socialiste les moyens de multiplier les alternatives, pour libérer sans cesse de nouveaux territoires (comme le furent les radios libres et les lois Auroux en 1981) ; nous vous donnons rendez-vous lors du deuxième forum national de la désobéissance à Grigny (Rhône), le dernier samedi de septembre, pour « désobéir à l’Union Européenne » en organisant un référendum d’initiative citoyenne sur le traité Merkozy, « pour désobéir à la dette » en organisant des audit des dettes publiques, en formant citoyens et élus à la désobéissance, une désobéissance pour dire « Non à tout ce qui nous tue » et « Oui au Bien-Vivre ». Face à l’échec malheureusement programmé du Parti socialiste et d’EELV, compte tenu de leurs choix politiques, nous ne pourrons résister à la vague brune qui menace l’Europe, que si nous avons un grand projet à la hauteur de l’histoire, que si nous inventons une nouvelle gauche tout autant sociale qu’écologique, une gauche de rupture avec le capitalisme et le productivisme, une gauche qui sache que la croissance économique ne reviendra pas, une gauche qui sache qu’il faut construire, dès maintenant, une société post-croissance, post-extractiviste, une gauche partageuse, une gauche capable d’écrire de « nouveaux jours heureux ».


 
P.S.

L’étude des résultats électoraux montre que plus les candidats Front de gauche mais aussi NPA, OC... ont développé des alternatives "rouges et vertes" solides , plus leur score est élevé. A suivre

 
 
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4 commentaires
  • Ces critiques et propositions présupposent que le Front de Gauche eût été une entité politique et organisationnelle construite, mais ce n’est pas encore le cas. Pour pouvoir mener une campagne législative nationale sur des objectifs tels que vous les indiquez il aurait fallu que tous les candidats en aient partagé la conception et dépassé leurs pratiques traditionnelles en la matière. Et quid de la voix des non-encartés et des divers comités locaux du FdG ? Ce n’est pas en 1 mois que cette question qui est celle de l’avenir du FdG aurait pu être réglée, d’autant que la campagne présidentielle a été calée sur des législatives telles qu’elles viennent de se dérouler. C’est pourquoi la candidature de JL Mélenchon à Hénin-Beaumont, et du coup non pas l’échec (20% des voix quand même) mais la défaite face au FN (qui est celle des socialo aussi) a pris tant d’importance.
    Je crois qu’il ne pouvait en être autrement de ces législatives. Aussi parler d’échec ou d’erreur me paraît décalé.
    Pourtant le titre de votre article reflète bien ce que je pense : après le baptême (et quel baptême avec la campagne présidentielle !) il faut passer rapidement à la consolidation/structuration du FdG. Cela va demander du temps, à mon avis pas sans mal. Syrisa est passé par là, die Linke aussi. L’échec ce serait le fracassement du FdG dans ce processus.

    • Réflexions préliminaires
      Pour la défaite de Mr Mélenchon, c’est la déception mais pas tellement l’étonnement ; au vu des résultats de la présidentielle, à savoir le succès de Mme Le Pen dans la région d’Hénin Beaumont, des médisances médiatiques sur Mr Mélenchon (celles des socialistes n’étant pas des moindres), il fallait s’attendre à une défaite tout en ne pouvant s’empêcher d’espérer. Il fallait l’enthousiasme d’un Mélenchon et sa croyance inoxydable dans les valeurs de la république et la clairvoyance de l’électorat pour affronter Mme Le Pen dans ces conditions. Surtout, qu’il garde son enthousiasme et sa combativité : il aura un grand besoin dans les mois qui vont suivre.
      Pour François Hollande et les socialistes, Mélenchon était l’ennemi à abattre, bien plus que Le Pen : ils ne vont pas le remercier maintenant et pourtant, ils auront besoin des voix du Front de Gauche pour le second tour.
      Et maintenant, la déception va arriver à grande vitesse : les socialistes vont avoir les mains libres pour mener leur petite politique de soumission au capitalisme ; ce sera une gouvernance bien maintenue dans les rênes de la commission européenne et dans celles des USA. En échange de leur obéissance, ils auront quelques “susucres” (comme Obama aux USA) : le droit d’augmenter le SMIC par exemple ... qui sera contrebalancé par une augmentation du chômage puisque la libre concurrence sur le marché du travail (le Bolkenstein modifié) amènera l’enrollement de travailleurs moins chers venus d’ailleurs, nouveaux esclaves d’un système pourri.

      Mais ce qui m’effraie dans les résultats, c’est la constante abstention et la poussée continue du front national : comment peut-on, même par déception, voter pour le front national. Il faut avoir du mou dans les méninges pour en arriver là ou n’avoir aucune vision historique autre que celle déformée par les médias, ce qui, je le crains, est le cas de pas mal d’électeurs. Et là, je pense que Jean-Luc Mélenchon a raison : le grand ennemi, c’est le front national. Le parti socialiste se démonétisera tout seul : il ne faudra pas un an pour que les électeurs aient compris et, après, si les esprits n’ont pas changé, le front national pêchera encore davantage de voix chez les déçus. Et comme les poussées extrémistes fleurissent en Europe et que Marine Le Pen est à “cul et à chemise” avec les autres partis d’extrême droite ouvertement néo-nazis (comme sa participation au bal des néo-nazis autrichiens), le risque d’une Europe partiellement brune est à craindre.
      Au fond, il vaut beaucoup mieux que Mr Mélenchon ne soit pas élu ; non élu, il ne sera pas en situation de soutenir le gouvernement socialiste dans une future situation difficile et ne sera pas impliqué dans les décisions de rigueur qui ne vont pas tarder à venir : pas de compromission avec les socialistes et les mains libres pour une véritable opposition sans nuance, une opposition active dans la rue.
      Mais ce que le Front de Gauche doit affiner, c’est sa position vis-à-vis de l’Europe qui doit être nette : tout est à “foutre” par terre et à recommencer, et le plus vite possible avant que les verrous ne soient définitivement mis en place (MES, gouvernement dominant toutes les nations, “police” européenne... ce que Van Rompuy et collègues sont occupés à mettre en route pour l’instant, dans la plus grande discrétion, bien sûr). Laissons faire les instances européennes et demain il n’y aura plus de souveraineté nationale, mais une main de fer (dictatoriale) pour toutes les nations qui rouspètent tant soit peu.
      Quand la France aura “bouffé” encore un peu plus de vache enragée sous les rigueurs de la troïka, elle comprendra peut-être et elle votera réellement à gauche. En attendant, j’espère beaucoup des élections grecques, bien que les partis européistes y soient occupés à un chantage à la peur : sortir de l’euro, ce serait la catastrophe, crient-ils à tous les vents ! Nous avons bien vécus sans l’euro pendant des décennies et sa présence n’a pas augmenté (au contraire) le produit intérieur brut de la majorité des différents membres et n’a pas empêché la spéculation, ce qui tue l’euro actuellement. Qu’elle s’appelle euro ou n’importe comment, une monnaie commune européenne ne sera pas viable sans réglementation des échanges et des flux financiers par les états qui doivent rester libres dans leur décisions

  • Le problème avec certains mouvements et partis de « gauche », c’est le côté « patriote », le côté « mêler le drapeau rouge avec le drapeau tricolore ».
    Sur les chantiers, dans les entreprises, on est tous des étrangers face au patron. Il y a deux camps. Celui des exploiteurs, et celui des exploités. C’est vrai qu’il y a aussi une troisième catégorie, ceux qui collaborent, mais ça c’est encore une autre histoire… En tout cas, il faut se rendre à l’évidence que, la classe ouvrière, elle, n’a pas de patrie, ni de drapeau, si ce n’est le drapeau rouge.........

    http://2ccr.unblog.fr/2012/06/01/ne...

  • Victor a raison...c’est bien justement toute la question. Faire du Front de gauche autre chose qu’un cartel d’organisations, accepter les adhésions individuelles, ouvrir plus largement à tous les anticapitalistes, écologistes anti-libéraux, etc. Il ne s’agit pas de revenir sur le passé mais d’imaginer un futur...autrement...pour un front de gauche élargi. Nous devons aussi avancer maintenant (les élections ne sont pas la bonne période pour cela) sur la bataille des idées...y compris en interne, reprendre les questions en suspens, comme celle de la gratuité des SP (eau vitale, transports en commun, services funéraires, etc) . Les thèses que je défends sont partagées par une partie, par exemple, des candidat-e-s et refusées par d’autres. Alors débattons....J’ai une conviction : le front de gauche n’a d’avenir que si nous inventons à la fois de nouvelles pratiques (faire de nos organisations des lieux de circulation de la parole, rompre avec une conception verticale de la politique) et si nous inventons un grand projet...une version française du Buen-vivir...Fraternellement. Paul Ariès

 
 
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