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Chirac et l’Irak

Dénoncer la guerre sans s’attaquer à ses causes est naïf.

CHIRAC et l’IRAK

Dénoncer la guerre sans s’attaquer à ses causes est naïf. Comme il était naïf de croire que l’on sauverait la démocratie en votant Chirac. Comme il était naïf de diaboliser Le Pen sans dénoncer la ghettoïsation des immigrés. Chirac ment à l’opinion publique lorsqu’il se présente comme un grand défenseur de la paix et du droit retrouvant ainsi une stature internationale bien fragilisée par les « affaires » minables dans lesquelles il patauge depuis 20 ans. En réalité, en compagnie de Poutine, le génocideur des Tchétchènes, et de la clique d’apparatchiks liberticides au pouvoir en Chine, Chirac a laissé le gang Bush-Blair attaquer l’Irak. Le simple fait, pour les trois nations dotées d’un droit de veto, de ne pas réclamer une Assemblée Générale de l’ONU pour condamner cette guerre décidée unilatéralement par Bush sans l’accord du Conseil de sécurité et au mépris du droit international, constitue un acquiescement tacite de cette agression et met les EU à l’abri d’une condamnation prévisible. Mais non ! L’affaire doit se régler "entre grandes personnes". Histoire que les vraies magouilles et les vraies raisons de la guerre ne se voient pas trop ! Et entre l’impérialisme français en Afrique et celui des EU sur le reste du monde, il n’y a jamais qu’une différence de degré, pas de nature. Ici et là, il s’agit toujours de préserver le standing de vie occidental fondé sur le pillage des richesses de la planète et sur l’exploitation des peuples : le capitalisme, c’est la guerre tous les jours du fort contre le faible, des riches contre les pauvres !

Chirac passe ainsi en douceur d’une « opposition » à la guerre à la préparation de l’aide humanitaire sous l’égide de l’ONU qui lui permettra de participer à la juteuse reconstruction d’un Irak écrasé par les bombes « démocratiques » US. Aujourd’hui, il ne condamne plus la guerre. Il la regrette. Nuance ! Il la cautionne de facto. Et demain, n’importe quel pays pourra mener une « guerre préventive » contre son voisin sous les prétextes les plus divers. Cette nouvelle notion va engendrer une fracture irréparable dans l’histoire des relations internationales. Elle introduit une nouvelle ère de barbarie où la force primera sur le droit. En réalité, Chirac n’est pas mécontent de laisser Bush faire le sale boulot, assuré qu’il est de retirer quelques substantiels marrons, du feu irakien déclenché par l’hystérie sécuritaire de l’hyper puissance américaine. Auréolé par sa nouvelle stature gaullienne, Chirac pourra alors revendiquer haut et fort la part du gâteau de la seconde réserve pétrolière du monde au nom des principes du droit international et du refus d’un protectorat américain sur un Irak ainsi « démocratisé » par la guerre. A une condition cependant : que cette guerre ne soit pas trop rapide et provoque suffisamment de morts et de dommages collatéraux. C’est d’ailleurs aujourd’hui bien parti : le « remodelage » du Moyen Orient en Protectorat américain gouverné par des marionnettes et livré aux appétits des multinationales va s’avérer plus dur que prévu ! La « libération » d’un Irak transformé en champ de ruines et jonché de cadavres justifiera alors pleinement a posteriori le refus de Chirac de se joindre à Bush.

Décidément, Chirac n’a pas failli à sa réputation : plus que jamais, c’est bien : « Super-Menteur » ! Que faudra-t-il aux gogos du « peuple de gauche » pour enfin comprendre qu’ils sont gouvernés par un sinistre bouffon ? Il n’empêche ! Qu’est-ce ça fait du bien que de se retrouver encore dans les rues printanières (aujourd’hui comme hier, il fallait y chercher à la loupe un électeur de droite !) pour crier « non à la guerre ! » comme on avait hurlé, il y a un an, « non à Le Pen ! »… alors qu’on savait bien que le premier n’avait aucune chance de prendre le pouvoir et que la seconde n’avait aucune chance de ne pas avoir lieu ou de s’arrêter ! Mais du moins se donnait-on bonne conscience du devoir accompli devant notre incapacité à changer une société impuissante à stopper la course à la destruction de la planète, fondée sur l’injustice et l’inégalité, adoratrice du seul et unique vrai dieu, le dieu-fric (dernier avatar laïc des religions monothéistes, aussi totalitaire et intolérant que God, Yahvé ou Allah).

Et pendant ce temps, le patronat peut continuer à licencier à tour de bras, sacrifiant des dizaines de milliers de travailleurs sur l’autel du profit pendant que de son côté, l’Etat-patron peut restructurer et privatiser à tout va, accentuer la précarisation, casser les acquis sociaux arrachés par les travailleurs depuis 50 ans (retraite, assurance chômage et maladie, etc.) tout en accentuant la répression contre le mouvement syndical et contre les mouvements de résistance au développement de l’injustice et de la violence sociales exercées contre tous ceux qui n’entrent pas dans le moule libéral et refusent le nouvel Ordre moral. Et pendant ce temps, Sarkozy peut multiplier ses rafles de marginaux, sa traque des pauvres et l’affrètement de ses charters de clandestins. Cerise sur le gâteau : le 17 mars, le Congrès a restauré constitutionnellement la Féodalité en France, … à l’abri de l’ultimatum US !

Mais comme le dit l’adage, il se peut qu’ « à toute chose malheur soit bon »…Pour la première fois dans l’Histoire, s’est levé dans un même élan une opinion publique populaire mondiale dénonçant l’arrogance impérialiste et l’hystérie sécuritaire d’une hyper puissance décadente qui prétend régir le monde : des millions d’hommes et de femmes ont crié qu’un autre monde est possible ! Ils sont l’avant garde d’une révolution mondiale, sur les rails de l’Histoire depuis peu, pour la naissance d’un monde respectueux de chaque être humain, d’un monde où l’homme ne sera plus au service de l’économie et esclave du fric mais où tous les biens de la terre seront partagés par tous les hommes ! Ne restons pas sur le quai ! Le train ne passera pas 2 fois.

André Monjardet

andre.monjardet@wanadoo.fr


 
 
 
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3 commentaires
  • > Chirac et l’Irak 9 avril 2003 14:51, par Algarath

    Chirac est un politicien, qui vit dans un monde de politiciens. Et la moindre des choses dont on puisse dire de la vocation politique est qu’elle est suspecte : Goût du pouvoir et égocentrisme effréné dans le meilleur cas, délits d’influence et corruption aggravée dans le pire. Le mensonge fait partie intégrante de la carrière politique, de la même manière qu’un nageur qui nage dans une piscine n’a aucune chance de ne pas en ressortir mouillé.

    J’ai fréquenté le monde politique, de l’intérieur et trop longtemps à mon goût il y a une quinzaine d’années, quand je me suis retrouvé sur la liste électorale d’un député de gauche connu. J’ai compris alors que Mitterrand ne valait guère mieux que les autres, et il a remporté dans sa carrière politique, haut la main, la palme du mensonge, qui depuis, il faut bien le dire, va sans conteste à Bush.

    Alors dire que Chirac est un menteur n’est probablement pas faux. Dire que ce n’est pas un Président d’envergure exceptionnelle l’est. Jacques Chirac est le Président de tous les courages, tant en politique intérieure où il entreprend des réformes de fond indispensables à l’assainissement de l’état, qu’à l’international où il rayonne : La Yougoslavie, l’Europe, la guerre d’Irak, la défense de l’ONU, pour ne citer que les succès les plus évidents.

    Oui, tout compte fait, Jacques Chirac est mieux qu’un homme politique, c’est un humaniste qui mérite du respect et de l’admiration. Il restera dans l’histoire comme un phare de la démocratie, un pourfendeur de l’hégémonie américaine, un visionnaire qui parachèvera l’œuvre européenne.

    Et si vous lisez mes articles sur Oulala.net, vous verrez que je ne me laisse pas facilement berner par des imposteurs, ce que Chirac n’est pas.

    Cordialement

    Algarath

    • > > Chirac et l’Irak 10 avril 2003 21:35, par La vigie du soir

      Euh !!! Chirac un type qui peut paraître sympa aux Guignols de l’Info, je veux bien, mais de là à le canoniser presque, comme vous y allez !

      Par contre nous sommes en désaccord de fond sur la vision que vous avez des hommes politiques. Le « tous pourris » qui est grandement à la mode chez les bobos ou les anars, ne reflète en rien la réalité française et participe a discréditer le politique en général.

      L’Amérique nous donne un aperçu des dérives et des errements engendrés par l’absence de pouvoir politique.

      Continuez donc a dire que les politiques sont TOUS corrompus, donnons le pouvoir à la finance ou à la religion et attendons sagement la fin de l’occupation de la planète par l’Amérique.

      P.S. Moi, je suis pour le renforcement du pouvoir politique en partant du principe que l’on a que les hommes politiques que l’on mérite. C’est nous qui mettons le petit bulletin dans l’urne !

      • > > > Chirac et l’Irak 14 avril 2003 09:14, par pakita

        Je dirais plutot qu’on elit des representants parmi des hommes politiques que l’on n’a pas forcement choisis. Plus les fonctions auxquelles ils pretendent sont importantes, donc le pouvoir grand, plus il est difficile d’y arriver, et plus la concurrence a d’ambition.

        N’ayant jamais frequente ces milieux-la, peut-etre ceux d’entre vous qui les connaissent pourront repondre a cette question que je me suis toujours posee : jusqu’ou peut-on arriver en politique sans sacrifier son integrite ?

        Mais le "tous pourris" tel que j’ai tendance à le penser ne concerne pas que les politiques. Il est aussi valable pour les financiers, les religieux, et les gens de pouvoir en general. Parce que tant d’hommes et des femmes sont prets a vendre leur ame, avec pere et mere en prime, pour le pouvoir. Comment, en restant honnete, ne pas etre ecarte de la route du pouvoir par ceux qui sont prets a tous les coups bas ?

 
 
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