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Les Etats-Unis et leurs alliés sont responsables de la catastrophe en Afganistan.

Le prétexte humanitaire : « Nous devons occuper militairement l’Afghanistan pour
éviter une catastrophe humanitaire », argumentent à présent les puissances
occidentales. Mais ne sont-elles pas responsables de cette catastrophe ? Un
incendiaire déguisé en pompier ?

Le pays le plus puissant du monde est occupé à bombarder un des plus pauvres.

Les dirigeants des Etats-Unis chauffent également l’opinion pour bombarder
l’Irak, la Colombie ou la Corée du Nord. On ne sait pas encore dans quel ordre,
ça dépend si l’on écoute le ministre Rumsfeld, son vice-ministre Wolfowitz ou le
vice-président Cheney (1). Qui peut croire que l’humanitaire soit vraiment
l’objectif ? Est-ce humanitaire d’aggraver les souffrances de la Corée du Nord,
dont l’agriculture se remet de trois années consécutives de sécheresse ? Ou
d’ajouter au martyre du peuple irakien, étranglé par onze ans d’embargo
criminel ?

Quant à la guerre en Afghanistan, en voici les résultats : l’Alliance du Nord,
qui avait tué cinquante mille personnes en quatre ans d’occupation de Kaboul,
reçoit une « seconde chance ». Elle a immédiatement pillé les dépôts de nourriture
et rétabli son monopole absolu sur le trafic de l’héroïne.

Les bombardements ont chassé près d’un million et demi de civils afghans hors de
leurs maisons. Les plus chanceux sont arrivés dans les camps déjà surpeuplés –
2, 5 millions de réfugiés avant le 11 septembre - du Pakistan ; les moins
chanceux sont arrivés dans les camps iraniens, également surpeuplés, où la
dysenterie et le choléra se sont déclarés ; les encore moins chanceux errent sur
les routes à l’intérieur de l’Afghanistan, quasiment sans nourriture et sous des
abris de fortune dans le vent glacé ; les encore encore moins chanceux sont
enfermés dans les montagnes Hazara, devenues inaccessibles, et attendent de
mourir de faim et de froid. C’est ce que faisait remarquer un e-mail d’une
progressiste française.

En outre, avec leurs bombes, les Etats-Unis ont détruit des barrages, centrales
électriques, approvisionnement en eau, hôpitaux, écoles, fragilisant davantage
encore la population à l’approche de l’hiver. Enfin, ils ont saboté le travail
de l’ONU et des ONG qui tentaient de venir en aide à la population, bombardant
quatre des cinq entrepôts de la Croix-Rouge.
A présent, ils prétendent « secourir la population afghane ». Mais les années
précédentes, quand les ONG actives en Afghanistan criaient au secours, elles
n’ont reçu aucune aide. Aujourd’hui, touchées par la grâce sans doute, l’armée
US, l’armée britannique, l’armée allemande, l’armée française, l’armée belge et
quelques autres se bousculent pour remplir leur « devoir humanitaire ».
Ne veulent-elles pas en réalité occuper le terrain pour partager richesses et
zones stratégiques ? Comme au Kosovo, découpé en zones d’occupation après de
sordides marchandages. En Afghanistan, pas question de laisser le rival
contrôler seul le pipeline à construire depuis l’Asie centrale.

Relire les prétextes du passé est instructif

Ce touchant conte de fées humanitaire n’a rien de nouveau. Chaque fois qu’elles
veulent occuper une région stratégique, les grandes puissances occidentales
avancent de nobles raisons. Et, à chaque guerre, les prétextes évoluent selon
les besoins.
Premier exemple : la guerre contre l’Irak en 91. Pour envoyer les troupes US dans
le Golfe, Bush père prétend qu’il faut « protéger l’Arabie saoudite », menacée
selon lui d’invasion. Puis, ça devient « libérer » le petit Koweït (un des Etats
les plus dictatoriaux au monde). Celui-ci « libéré », voici plus humanitaire
encore : protéger les Kurdes du nord de l’Irak (riche en pétrole, c’est un
hasard). Plus tard, pendant dix ans, ce sera lutter contre les armes de
destruction massive. Par contre, celles de l’armée israélienne sont financées
par les USA.

Deuxième exemple : le bombardement de la Yougoslavie en 99. Clinton prétend
d’abord vouloir mettre fin à la purification ethnique orchestrée selon lui par
le gouvernement de Belgrade. Puis, quand les bombardements US ont provoqué le
chaos au Kosovo -les milices séparatistes albanaises de l’UCK attaquant la
police serbe et celle-ci chassant une partie de la population civile-, l’Otan
prétend intervenir pour mettre fin à un exode spectaculaire …qu’elle a elle-même
provoqué ! Ayant soigneusement excité le conflit, les USA pourront installer
leurs bases militaires au Kosovo en se prétendant « arbitres ».
Troisième exemple : la guerre en Afghanistan. Les objectifs avancés n’ont cessé
d’évoluer. Rappelez-vous… D’abord, « capturer Ben Laden ». Puis, « renverser les
talibans qui le protègent ». Quand ils ont proposé de le livrer à un pays tiers
et que les USA ont refusé, c’est devenu « mettre fin à l’oppression des femmes ».
Oppression qui ne les gêne aucunement en Arabie saoudite. A présent, ils sont en
Afghanistan pour y « ramener la paix ». En réalité, qu’on évoque les crimes de
l’Alliance du Nord ne les dérange guère. C’est une bonne excuse pour imposer des
bases militaires.
Les pires agresseurs se sont toujours justifiés par de nobles prétextes. Léopold
II « civilisait » le Congo, Hitler « libérait » les nations opprimées, Washington
« démocratisait » le Vietnam…

"C’est la dernière fois que je vous dis la vérité"

Contrôler l’Afghanistan est la véritable raison de la présence de troupes
occidentales dans le pays. On annonce d’abord de petits contingents pour peu de
temps mais, très vite, on augmente(ra) le nombre et la durée. Comme dans le
Golfe, en Bosnie, au Kosovo.
Le 17 novembre, la Grande-Bretagne a décidé d’envoyer 6.000 hommes. Des troupes
qui ne seront pas si bienvenues : « Nous n’avons pas besoin d’aide étrangère », a
déclaré Alou Zehi, un commandant d’artillerie de l’Alliance. « Le plus important
est que nous ne permettrons à aucun pays d’utiliser l’Afghanistan comme base ».
(2) a déclaré Abdullah au ministre britannique des Affaires étrangères Jack
Straw.
Les puissances occupantes (y compris l’armée belge) se préparent de beaux jours
là-bas. Les pertes de soldats occidentaux sont déjà bien plus importantes qu’on
ne le dit. Après avoir martelé aux journalistes : « Nous n’avons pas eu de
victimes », le ministre US de l’Armée, Rumsfeld, excédé par les questions
embarrassantes sur ses hélicoptères qui ne cessent d’avoir des « accidents », a
lancé : « C’est la dernière fois que je vous dis la vérité. (3) »

Michel COLLON


 
P.S.

(1)The Independent, 21 novembre 2001.
(2) The Telegraph et Reuters, 17 novembre 2001
(3) UPI, 19 novembre 2001.

Crédits Photo :
The Independent

 

 
 
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