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Les Apprentis Sorciers.

La victoire militaire fulgurante de la première armée du monde contre de pauvres hères affaiblis par la guerre de 1991, 12 ans d’embargo sévère et 30 ans de tyrannie, aurait pu faire croire que le reste puisse se passer de façon aussi catégorique, aussi facile, aussi indiscutable. Ce serait faire une fausse récurrence.

Tout d’abord, il faut préciser que la bataille de Bagdad n’a pas vraiment eu lieu. Il y a eu un carnage, comme l’a mentionné un officier britannique qui y a assisté. Les bombardements intensifs, peu soucieux de la distinction entre civils et militaires, auraient fait environ 40,000 morts dans les rangs des soldats irakiens et Dieu seul sait combien de victimes civiles. Saddam, en dépit de ses rodomontades de dictateur de pacotille, ne s’est pas battu. Un premier signe qu’il avait dû s’arranger à l’amiable avec les Américains, c’est le fait qu’il n’a pas brûlé les puits de pétrole. C’était dans la logique qu’il les détruise au début de l’invasion. Il n’a pas non plus joué son rôle de chef des armées. Piètre général, qui a laissé ses troupes à l’abandon, sans stratégie, sans commandement suprême, et ceux qui se sont battus en rangs dispersés ont été décimés. Leur fidélité mal placée à leur dictateur, ou leur attachement à leur pays, leur auront été fatals. Saddam restera dans l’histoire comme un guignol pitoyable, et les Arabes n’en feront pas un héros. On attend toujours, au passage, la découverte d’armes chimiques et bactériologiques, prétexte à la guerre, motif de la résolution 1441, qui aura fait couler tant d’encre, de salive, de testostérone, et de sang d’innocents.

Les Américains, en envahissant l’Irak, avaient une responsabilité morale : Celle de maintenir l’ordre, de protéger les populations, de sécuriser les édifices publics. Au lieu de cela, ces apprentis sorciers ont laissé les pilleurs saccager les maisons, voler ou détruire d’inestimables trésors antiques dans les bibliothèques et les musées, dévaliser des banques. Les hôpitaux, débordés, en manque de médecins, de chirurgiens, d’équipements d’urgence, de produits anesthésiants ou de médicaments pour les victimes, n’ont reçu aucune aide de l’occupant. Ils auront servi de mouroirs pour des Irakiens horriblement blessés par des tapis de bombes. Aucune force de police n’a été mise en place dans les dix premiers jours de l’occupation pour protéger les populations civiles et les biens publics et des personnes. Alors que toutes les structures du pays avaient été détruites par les Américains, rien n’avait été prévu par eux pour limiter les souffrances du peuple irakien. Cet oubli, délibéré ou non, n’ajoute rien à la gloire de ceux qui, ivres de leurs succès militaires et diplomatiques faciles, affichaient d’un air goguenard leur satisfaction. Au lieu d’œuvrer pour organiser les nouvelles structures temporaires de l’Irak, ils mettent déjà en chantier la prochaine invasion. À qui le tour ? À la Syrie ? Et de menacer, de sous-entendre, d’affirmer des soupçons sur un ton péremptoire, de gonfler ses muscles, de promettre éventuellement une grosse punition. « Vous avez vu la démonstration impressionnante en Irak. On peut faire la même chose, aussi facilement, chez vous. Alors faites vite ce qu’on vous dit, bien sagement ».

Au lieu de jouer son rôle protecteur envers un peuple « libéré », l’occupant américain a consacré tous ses efforts à la protection du patrimoine pétrolier irakien : protéger les puits de pétrole, sécuriser le ministère du pétrole avec une cinquantaine de chars et des centaines de soldats postés sur les toits ou autour des édifices. Ce faisant, il s’est assuré de pouvoir se « payer sur la bête ». Une préoccupation suspecte, qui laisse plus que des doutes sur les motifs réels de cette mise en scène théâtrale. Pour s’en convaincre, lisez mon article sur Oulala.net, « L’Irak sera ruiné, à moins que… ». Alors que le pillage des ressources naturelles de l’Irak a déjà commencé, les Irakiens, eux, n’ont aujourd’hui ni eau, ni électricité.

Dépassés par les évènements sitôt la victoire militaire assurée, les Américains sauront-ils gérer les multiples complications politiques et sociales de l’après Saddam ? En Afghanistan, les talibans se réinstallent tranquillement, contre des forces américaines relativement impuissantes. En Irak les civils qui manifestent sont la cible des Américains, qui "tirent dans le tas".

En Irak, la machine américaine aurait pu, finalement, nous impressionner, en maîtrisant la situation, en anticipant les besoins humanitaires, en protégeant le peuple. Elle aurait montré que ses préoccupations pour les peuples du Moyen-Orient étaient sincères et réelles. Au lieu de cela, elle a montré que la loghorée écœurante des médias américains n’était que de la grossière désinformation, que les discours pontifiants de la clique de Bush n’étaient que de la poudre aux yeux. D’ailleurs qui, d’entre nous, était dupe.

Ayant écarté l’ONU, l’Amérique ne lui a substitué que le chaos. Les Américains sont des apprentis sorciers pitoyables, des artisans minables de l’instauration d’une caricature de « démocratie », des sinistres imbéciles, finalement, pétris de condescendance et forts de leurs canons. Mais la force brutale n’a jamais remplacé la légitimité, la communauté internationale le rappellera avec force aux Américains qui, il faut le craindre, ne feront qu’entendre sans écouter.

Algarath


 
 
 
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