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La Morale des Faux-Culs.

Habitant l’Amérique du Nord, j’ai promis à certains lecteurs de les tenir au courant des dernières nouvelles sur ce continent où il se passe, comme vous le savez, beaucoup de choses depuis l’arrivée au pouvoir de 43 (George Bush, le 43ème Président américain). J’ai trouvé l’histoire suivante assez significative des travers d’une certaine société américaine pour que je la rapporte ici.

Les conservateurs républicains chrétiens fondamentalistes sont des fanatiques religieux dont l’influence est énorme aux Etats-Unis. Les millions de membres de ce groupe, à qui appartient George W Bush, viennent de perdre une de leurs idoles, un gourou très lu et très écouté en Amérique. Non ce n’est pas Bush, malheureusement oserais-je dire, et personne n’est mort non plus. C’est quelqu’un dont la découverte de la double vie est très gênante, pour ces extrémistes croyants, aux principes bien-pensants et archaïques.

Leur modèle moral était incarné par William Bennett, ancien ministre de l’éducation sous Reagan et créateur de « Empower America », association très influente qui milite en faveur de valeurs morales sévères, et qui prône une Amérique forte et musclée pour imposer son pouvoir au monde. Vous voyez ce que je veux dire. Ce donneur de leçons Numéro Un de l’Amérique jouait de très grosses sommes au casino depuis des années. Si c’est excusable pour Monsieur tout le monde, c’est gênant pour un prêchi-prêcha, dans une Amérique hyper à cheval sur la morale et sur l’adéquation entre les paroles et les actes. William Bennett a perdu 8 millions de dollars en 10 ans. Cet argent était le sien, gagné par la vente des livres et des conférences. Ses travers ont été rendus publics dans plusieurs articles de Newsweek et du Washington Monthly, qui ont fait grand bruit outre-Atlantique, où l’on ne rigole pas avec le respect de la morale. Il venait de perdre un demi-million de dollars en deux jours au club Bellagio de Las Vegas, et a fait un virement télégraphique de 1,4 million de dollars pour couvrir ses pertes de 2 mois ! William Bennett a dit « J’ai joué toute ma vie et ça n’a jamais été un problème moral pour moi ». Bon ! On peut trouver le jeu immoral, ou penser au contraire que c’est un passe-temps ordinaire pas bien méchant. Mais quand on est Américain serré des fesses, qu’on a fait toute sa carrière à se poser en incarnation de la vertu, joué à être Monsieur la Morale, imposé ses points de vue étriqués, publié des dizaines de livres pontifiants sur le vice et la vertu, et donné des centaines de conférences à 50,000 dollars l’unité sur le sujet, ça la fout mal de se faire prendre la main dans le sac.

Il a toujours prôné un soutien inconditionnel à George Bush, à Israël, à l’industrie du tabac, et excusé au passage l’usage de l’alcool et la pratique modérée du jeu. Il est fermement opposé à l’usage de la marijuana car, écrit-il, cela cause la perte de son foyer, le crime, l’abus émotionnel et physique, le suicide, la ruine financière et l’éclatement de la famille. Tous ces problèmes sont créés aussi par le jeu, soi-dit en passant. Sa croisade pour la moralité inclut la condamnation des homosexuels, de la marijuana, et des pacifistes opposés à la guerre. Vous vous rendez compte ! La morale de ces gens-là c’est de condamner les pacifistes qui s’opposent à la guerre ! Ses livres son lus par les fondamentalistes, son premier public, qui y puisent la source de leurs valeurs morales. Il vient d’écrire un livre sur la moralité de la guerre faite par les Etats-Unis en Irak et ailleurs pour combattre le terrorisme, qui est dans tous les rayons des librairies. Un coup de pouce à Bush, de concert avec les médias, qui a aidé à convaincre bien des électeurs à violer toutes les règles de la communauté internationale. Il est intéressant de noter le fait que l’argent gagné à vendre la vertu ait servi à financer le vice.

Il a créé le concept de « relativisme moral », insistant sur une vision claire du comportement moral fondé sur les valeurs conservatrices républicaines chrétiennes. La même paroisse que George W Bush, peiné dit-on par les révélations sur son copain William Bennett, dont la perte de crédibilité va l’affecter quand même un peu, bien qu’il prenne rarement la peine de donner le change.

Si cet imbécile veut perdre son argent au jeu, ça le regarde. Là ou je ne suis pas du tout d’accord, c’est sur sa condamnation des homosexuels, qui ont évidemment le droit de vivre comme tout le monde, sur son cautionnement de la guerre illégale, sa haine des pacifistes, son lèche-cultisme de Bush et d’Israël, et surtout, bien sûr, sur sa propagande au service de la doctrine Bush. Sa popularité ne survivra pas au scandale, mais l’Amérique lui retrouvera vite un remplaçant, car les candidats aux idées pourries qui veulent se faire du fric à caresser les Américains dans le sens du poil ne manquent pas.

Bref, on savait que ces fanatiques n’en étaient pas à une contradiction ou à une guerre près, on voit que ceux qui leur servent de guides moraux sont des faux-culs sans morale, qui ne respectent pas les règles qu’ils conseillent aux autres. Au pays de l’oncle Sam, l’hypocrisie se cultive à un degré rarement atteint, et le cynisme sert de code moral qui permet d’imposer tous les points de vue, même les plus tordus.

Algarath


 
 
 
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4 commentaires
  • > La Morale des Faux-Culs. 13 mai 2003 08:16, par Ahnad

    Belle illustration de l’hypocrisie qui règne dans certains milieux d’outre-atlantique !
    Dans le style "fais ce que je te dis et pas ce que je fais" on ne peut trouver mieux.
    Bravo.

    • > La Morale des Faux-Culs. 31 décembre 2003 16:13, par PyerVar

      L’hypocrisie, c’est le langague le mieux adapté par toutes religions ou morale qui se veut un modèle parfait.
      Èvidemment, tout en nous cachant ses contradictions.
      C’est que le caméléon a su se faire pousser des ailes depuis le temps. Quelle puissance l’imaginaire.

  • > La Morale des Faux-Culs. 18 mai 2003 19:46, par Philippe Carmagnat

    William Bennett et ses semblables s’imaginent peut être que l’argent, vitrine de l’expression perverse "réussite sociale" (beurk !) donne l’impunité.
    Tant que la fascination pour le fric masquera les valeurs humanistes, on n’en sortira pas.

    • > > La Morale des Faux-Culs. 18 mai 2003 23:55, par Algarath

      Merci de dénoncer le problème numéro un : L’argent roi qui masque les valeurs humanistes. Je connais des centaines de gens qui ont très brillament réussi leur vie et ont une place sociale enviée pour leur contribution à la société et à l’humanité mais qui n’ont pas le rond.
      Cordialement. Algarath

 
 
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