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Décentralisation et retraites

La droite frappe fort, la riposte doit être à la hauteur !

La rue gronde, à juste titre, et Messieurs Fillon et Ferry, sous les lambris de leurs bureaux respectif tentent de minimiser l’ampleur de la grogne. Fermés à toute négociation (pour l’instant), ils n’ont de cesse, aidés par l’ensemble des médias, de tenter d’opposer les parents d’élèves ou les élèves eux mêmes aux enseignants en Grève.

Il convient d’être vigilants et de ne pas se laisser prendre par cette manœuvre grossière et sans cesse répétée qui consiste à toujours désigner un bouc émissaire pour mieux accomplir la basse besogne : en l’occurrence la casse du système de retraites et le démantèlement du système éducatif français.

La grossière tentative de division du mouvement syndical montée avec la complicité du fils spirituel de Nicole Notat - l’intelligence en moins – a fait long feu et n’a servi qu’a galvaniser les troupes. Chérèque, est égal à son père, lui-même ex-dirigeant de la CFDT, devenu préfet chargé des suppressions d’emplois dans la sidérurgie lorraine. qui a joué un rôle essentiel dans la casse de la sidérurgie française.

Le baron Sellière de haut de son arrogante fortune ne tarit pas de propos méprisants en direction de cette rue dont il ne peux même pas imaginer la précarité de l’emploi et des salaires, la souffrance et les fins de mois difficiles. Le patron du Medef, flanqué de Sarkozy frère (oui, on en a un à l’Intérieur et l’autre au Medef !) a cessé de comptabiliser le nombre de chômeurs qu’il a envoyé à l’ANPE sans passer par la case remerciements. C’est d’avoir mené cette politique là qui le fait apparaître en héros auprès des Madelin et autres encartés à l’UMP, sans oublier l’érection matinale que tous les chroniqueurs boursiers lui doivent.

Si chacun a bien compris la problématique des retraites, il n’en est pas de même pour la décentralisation dont les mécanismes sont toujours relativement flous pour le commun des mortels.

Pour être bref, on pourrait résumer ainsi les choses :
- imposer des charges financières supplémentaires aux collectivités locales sans leur transférer la totalité des budgets s’y rapportant. L’objectif étant de diminuer durablement le budget de l’Etat. Ah ! Maastricht quand tu nous tiens…
- obliger ces mêmes collectivités locales à augmenter leur fiscalité pour faire face à ces transferts si elles veulent assurer le même service en direction de la population.
- démanteler la cohérence de l’Education Nationale et créer une école à plusieurs vitesses suivant le lieu géographique où elle se trouve.

C’est donc le fondement même de "la République une et indivisible" qui est remis en cause.

37,5, 40, 55, 60, 65 : quine !

Cotiser 40 ans, voilà l’idée lumineuse de ce début de siècle lancée par le Medef, pour lui éviter de cotiser plus. Rappelons, pour mémoire ou pour les plus jeunes, que nous nous sommes battus en son temps pour la retraite à 60 ans, voire à 55 ans… Donc, pour un recul de société c’est un sacré recul si l’on fait les comptes ! Pour le jeunot qui a la chance d’avoir quelques diplômes en poche, il va être plutôt rare qu’il trouve un emploi avant 25 ou 28 ans peut être. Pour peu qu’il subisse quelques années de chômage suivies de quelques autres de travail précaire, au cours de sa longue vie de salarié, il risque de se retrouver au turbin, bien après avoir fêté ses 70 ans ! On avance sur la bonne voie ! Rassurons nous, pour celui qui commencera plus tôt, ce qui signifie qu’il n’a guère de formation et de diplômes, quant il aura épuisé toutes les galères concoctées par le baron Sellière et ses acolytes : petits boulots, précarité, chômage, stages bidon et autres formations, il y a fort à parier que pour lui aussi ce soit en qualité de septuagénaire qu’il fête son départ à la retraite.
Si l’on tient compte de l’usure du temps, des maladies spontanées à venir [1], des épidémies et autres virus, de la casse de la sécu et de celle programmée du système de santé, il se peut que le nombre de retraité(e)s chute dangereusement dans les années qui viennent. C’est peut être cela que vise le Medef : la mort au travail pour tous et la vente des caisses de retraites, pour l’Euro symbolique, aux Pompes Funèbres Générales.

Le fut du canon et les canons de l’info

Les médias, propriété des marchands de canons, se taisent ou caressent la France d’en haut dans le sens du poil. Et si à l’occasion, ils peuvent filer un petit croc en jambe au mouvement revendicatif, ils ne s’en privent pas. La leçon de l’avant présidentielle a été parfaitement retenue et le matraquage se poursuit au service du pouvoir en place. De la japperie matinale sur la radio du service public – qui pour l’occasion est au service du privé – au rictus jouissif d’un Pujadas ou de son siamois tentant de minimiser l’ampleur des manifestations en annonçant quelques milliers de manifestants plutôt que de donner le bon chiffre qui était de 250 000 ce jour là, la presse annonce clairement, pour celui qui veut bien l’entendre, de quel côté elle se situe. En l’occurrence, pas du côté de ceux qui payent la redevance et qui cotisent pour payer grassement le désinformateurs professionnels du service public. [2]

Quant à nos philosophes, la tendance est proche de celle de l’omerta, chère à toutes les sociétés maffieuses. Il faut dire que leur grand patron, transformé pour un moment en fossoyeur de l’Education Nationale, donne l’exact reflet de ce que peut être la pensée décadente au service du libéralisme : le fric, le fric, le fric et, s’il nous reste du temps on pensera peut-être !
Penser, chez ces gens là, ne veut pas forcément dire – voire ne pas dire du tout : réfléchir à un modèle de société qui serait au service de l’Homme. Penser signifie noircir quelques feuillets, enfoncer des portes ouvertes, se compromettre avec le pouvoir, écrire ce que tout le monde souhaite entendre, sortir son ouvrage pour le « Salon du Livre » et se faire payer sa promotion sur les chaînes de radio et télévisions publiques par le contribuable avant de lui revendre (au contribuable) le dit produit estampillé, comme on vendrait un paquet de lessive « vu à la télé » dans toutes les "grandes surfaces".

Ce n’est pas BHL qui nous démentira ou qui relèvera le niveau, lui qui n’a pour obsessions que les dommages collatéraux issus des guerres coloniales états-uniennes. Sélectif dans les pays et la religion, sélectif dans la dénonciation, sélectif dans le sujet et l’analyse mais toujours constant dans le bide littéraire ou cinématographique.

La stagnation de la pensée signant les prémices de la décadence, nous sommes sur la bonne voie pour nous inscrire sur la liste des civilisations disparues. Le terme : « aller se faire voir chez les Grecs » prendra alors toute sa signification.

Gouvernance bananière

Avec à sa tête un Président porteur d’un score électoral à faire pâlir de jalousie, la plus petite république bananière, la France donne des leçons au Monde. Elle porte sur la scène internationale la voix de la paix et de la sauvegarde des institutions internationales. Elle dit la démocratie à l’Afrique. Elle fustige les régimes totalitaires en n’omettant pas de commercer avec eux. Elle désigne le bon et le mauvais, le terroriste du patriote mais elle oublie qu’elle doit sa liberté face à l’occupant nazi à une levée en masse de terroristes, appelés à l’époque « résistants », galvanisés par l’appel du 18 juin. Les mystères de la sémantique sont insondables !

La France gouvernée par une nuée de technocrates, d’énarques et de politiciens au service de la finance qui ne connaissent rien de la réalité du terrain et qui ne savent de la vie du peuple que ce que leurs laquais leur en rapportent au travers la lucarne télévisuelle, toutes chaînes confondues.
Chacun se souvient d’un Balladur descendant dans le métro, pour cause électorale, et lâchant, pathétique, cette phrase désormais entrée dans l’histoire : « Il fait chaud ! ». Hé oui, Monseigneur, les transports en commun n’ont rien de comparable à la chaise à porteur de vos ancêtres et à la limousine que vous affectionnez tant !
Un autre avait déclaré, aussi, en son temps : « (…) si vous ajoutez à cela, le bruit et l’odeur !…

Et la rue parle, elle gronde même, elle vocifère et ce, depuis pas mal de temps déjà. Du mouvement pacifiste printanier à la défense des retraites le peuple de France s’exprime plutôt fort. Raffarin, qui se croit, lui aussi, porteur des 82 % des voix présidentielles, affirme que ce n’est pas la rue qui gouverne. D’autres l’ont dit avant lui et on perdu une occasion de se taire.

La rue a toujours raison et elle l’a montré de manière criante tout au long de l’histoire. Louis XVI en sait quelque chose, lui qui y a laissé quelques centimètres.

C’est la lutte…

Aujourd’hui, la lutte qui s’est engagée entre le pouvoir et la rue dépasse le cadre des retraites et de la décentralisation. Il s’agit d’un choix de société capital et historique. Nous sommes à la croisée ou deux voix sont possibles :
- soit la rue sait se mobiliser et parvient à imposer ses revendications pour faire échec durablement aux visées libérales du pouvoir en place ;
- soit le libéralisme l’emporte et notre société basculera inéluctablement ver le modèle anglo-saxon avec tout ce que cela comporte de privatisation, de casse du service public et autres réjouissances bien connues dans ces pays là.

Ajoutons que si c’est la deuxième voie qui l’emporte, elle signera, de fait un affaiblissement durable du mouvement syndical et revendicatif. Chacun comprend, dès lors que le bras de fer engagé va mobiliser toutes les ressources dont disposent le patronat et le gouvernement réunis. Et elles sont grandes.
Le combat n’est pas, pour autant, perdu pour la rue qui ne manque pas de moyens et d’arguments. Gardons en mémoire que le G8 s’ouvre à Evian début juin et que cela ferait carrément désordre si la France, puissance qui accueille tout ce beau monde, était paralysée par la grève générale !

Comme à toute chose malheur est bon, si d’aventure l’on s’acheminait vers l’affaiblissement du mouvement syndical et le silence forcé (ou imposé) de la rue, ce serait une aubaine pour le PS et donc la social démocratie qui, du coup, deviendrait la seule alternative possible pour redonner espoir au peuple. Une sorte de recours alternatif. L’alternance quoi. Mais, ne soyons pas machiavélique, chacun sait bien que les choses ne sont pas calculées de la sorte dans les états-major !


Notes

[1Avez-vous remarqué que les maladies spontanées ont tendance a se multiplier depuis quelque temps ?

[2Je vous invite à lire, à ce propos,l’excellent dossier de PLPL.


 
P.S.

Illustration : OLT

 
 
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1 commentaire
  • > La droite frappe fort, la riposte doit être à la h 21 mai 2003 23:52, par Mehr Licht

    Il faut dire aussi,Que le baron Sellière qui s’appelle De Wandel, tout comme Dassault s’appelle Bloch, n’est pas plus baron que Poivre est D’Arvor. Votre article exprime tout à fait la malhonnèteté de la droite. Méfions-nous des Madelins en puissance.

 
 
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