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LA CONSPIRATION CONTRE CHAVEZ

La semaine précédant le Coup d’État au Venezuela contre le président Chavez, Ignacio Ramonet, directeur du Monde-Diplomatique, était présent, comme par hasard... Il nous livre ses réflexions ainsi que celles du président Chavez.

Traduit de l’espagnol par : Pierre

KOEYU

Venezuela 17-04-02

La Conspiration contre Chavez

Par Ignacio Ramonet

Traduit de l’espagnol par :
Pierre Trottier

Pour la première fois en plus de dix ans, un coup d’État militaire a tenté de renverser, le 11 avril en Amérique Latine, un président démocratiquement élu qui tentait de mettre en œuvre un programme de transformations sociales. Les États-Unis et le Fond Monétaire International ne purent dissimuler leur joie durant les brèves heures pendant lesquelles, paraissait-il, Hugo Chavez avait perdu le pouvoir au Venezuela.

Chavez n’avait pas donné l’ordre d’ouvrir le feu contre les manifestants comme le clamaient mensongeusement certains canaux de télévision (je me réfère au montage truqué et falsifié que Venevision diffusa mondialement) ; les preuves existent au contraire que les premiers coups de feu partirent des francs-tireurs dissimulés parmi les manifestants golpistes contre les partisans de Chavez, parmi lesquels se produisirent quatre morts

Ce grave coup à la démocratie, avec son aspect caricatural (une junte militaire présidée par le chef patronal Pedro Carmona) fit reculer, pendant 48 heures, tout le continent latino-américain à une ère politique que nous pensions dépassée, celle des années du pinochetisme et de répression. Cela a été un terrible avertissement pour tout dirigeant latino-américain qui tenterait de s’opposer au modèle ultra-libéral et critiquerait la globalisation. Cet avertissement est dirigé, en première instance, à Luiz Inacio Lula Da Silva, du Parti des Travailleurs (PT) au Brésil, que les sondages placent en tête des intentions de vote aux prochaines élections présidentielles d’octobre.

Toute cette conjuration se voyait venir. J’étais à Caracas la semaine précédant les faits. On percevait immédiatement une atmosphère de tension extrême. Le Coup venait.

Le Venezuela possède une structure de richesse scandaleusement inégale. Quelque 70% de la population vit dans la pauvreté. Pendant 40 ans, deux partis – Action Démocratique (social-démocrate) et COPEI (démocrate-chrétien) – se sont partagé le pouvoir et la richesse nationale. Les niveaux de corruption atteignirent des dimensions inouïs.

Pendant que nous parcourions les rues de Caracas, Hugo Chavez me disait que le Venezuela avait reçu, entre 1960 et 1998, en rentrées de devises de la vente du pétrole, l’équivalent de 15 Plans Marshall. ’’ Avec un seul et unique Plan Marshall ’’ me disait Chavez ’’ on put reconstruire toute l’Europe détruite pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et avec 15 Plans Marshall au Venezuela, on est seulement parvenu à ce que quelques corrompus aient amassé certaines des plus grandes fortunes du monde, pendant que la majorité de la population gisait dans misère.

Ce système de corruption, combattu par Chavez, a fini par s’écroules en 1998. Les deux partis – AD et COPEI – furent balayés et disparurent. Chavez fut élu avec un programme de transformations sociales et avec le projet de faire du Venezuela un pays plus juste et avec moins d’inégalités. Quelques personnes pensèrent que, comme tant d’autres, une fois établi au pouvoir, il oublierait ses promesses et tout continuerait comme toujours. Mais ce commandant, d’origine très humble, admirateur des grands libérateurs latino-américains, était décidé à ne pas trahir ses électeurs, ces habitants des petits ranchs qui voyaient en lui leur dernière espérance pour sortir de la pauvreté, de l’inculture et de l’humiliation. ’’ La lutte pour la justice, la lutte pour l’égalité et la lutte pour la liberté ’’ me disait Chavez, ’’ certains l’appellent socialisme ; d’autres christianisme ; nous nous l’appelons Bolivarisme ’’.

Son gouvernement lança toute une série de réformes sociales : écoles dans les quartiers oubliés, réalisations en faveur des indigènes, micro-crédits pour la petite entreprise, loi des terres en faveur des pays sans terre, amélioration des infrastructures à l’intérieur du pays, t…’’ Nous avons diminué le chômage ’’ me contait Chavez. ’’ Nous avons crée 450.000 nouveaux postes de travail. Pendant les dernières deux années, le Venezuela monta de 4 rangs dans l’indice de développement humain. Le nombre d’enfants scolarisés augmenta de 25%. Plus de 1,5 millions d’enfants qui n’allaient pas à l’école sont scolarisés maintenant. Nous avons fait des campagnes massives de vaccination dans les secteurs marginalisés de la population. La mortalité infantile a diminuée. Nous sommes à construire 135.000 logements pour les familles pauvres. Nous répartissons des terres à des paysans sans terre. Nous avons crée la Banque de la Femme qui octroie du micro-crédit. Durant l’année 2001, le Venezuela fut l’un des pays possédant la meilleure croissance du continent, près de 3%. Nous sommes en train de sortir le pays de la prostration et du retard ’’.

A mesure que ces réformes se mettaient en pratique, beaucoup de ceux qui l’avaient soutenu cessèrent de l’appuyer. ’’ Ils le traitèrent de caudillo ou d’autocrate pendant que jamais n’avait régnée une telle liberté. Il n’y avait aucun prisonnier d’opinion dans le pays. Mais la minuscule classe riche, et la classe moyennement haute, spécialement blanche, comme beaucoup d’intellectuels et de journalistes, voyaient avec frayeur la perspective de voir monter dans l’échelle sociale les gens de couleur, cuivré ou noir, qui ici, comme dans toute l’Amérique Latine, occupent les places inférieures dans la société ’’ me disait Chavez. ’’ Ils m’appelaient le mignon ou le négro, ne supportant pas que quelqu’un comme moi ait été élu président ’’.

Ainsi nous arrivâmes à la situation de 11 avril. Une situation de confrontation de classe contre classe. D’un côté le Président Chavez, appuyé par une partie majoritaire de la population commune ; de l’autre une alliance néo-conservatrice : la bourgeoisie qui occupait les rues du quartier riche avec des casseroles appuyée par le secteur patronal ; les médias de communication (presse, radio et télévision) férocement hostiles, mentant extraordinairement, inventant des rumeurs et des calomnies, faussant les évidences ; et l’aristocratie ouvrière (les travailleurs du pétrole) mobilisés par la CTV, le syndicat considéré comme le plus corrompu d’Amérique Latine.

Cette alliance réactionnaire déclara une guerre sans merci au président Chavez avec l’appui de quelques médias internationaux (par exemple, le canal CNN en espagnol) et le soutient mal dissimulé des États-Unis. Washington, dans sa volonté de dominer le monde à la suite des évènements du 11 septembre, ne pouvait supporter, comme le disait Colin Powell il y a quelques semaines, l’indépendance diplomatique recouvrée du Venezuela, son rôle à l’OPEP, son manque d’appui au Plan Colombie, ses bonnes relations avec Cuba, son attitude militante contre la globalisation néo-libérale.

Il y a quelques mois, l’administration Bush nomma comme sous-secrétaire d’État pour les affaires américaines – c’est-à-dire Proconsul des États-Unis en Amérique Latine – Otto Reich, ancien collaborateur de Reagan, conspirateur dans l’affaire Iran-Contra, expert en organisation de sabotages et d’attentats, spécialiste dans les arts de la contre-révolution. Otto Reich a été l’architecte occulte de la conjuration contre Chavez.

Ces mauvaises intentions des États-Unis, la veille du Coup d’État, Hugo Chavez les avaient perçues avec une insolite lucidité : ’’ En ce qui concerne la grève du 9 avril, c’est seulement une étape dans la grande offensive nord-américaine contre moi et contre la révolution bolivarienne. Et ils continueront d’inventer quantité de choses. Ne t’étonne pas si demain ils inventent que j’abrite Ben Laden au Venezuela. Ne t’étonne pas qu’ils aillent jusqu’à sortir quelques documents démontrant avec dates et preuves que Ben Laden et un groupe de terroristes de Al-Qaeda sont dans les montagnes du Venezuela. Ils préparent un Coup et s’ils échouent, ils prépareront un attentat ’’.

· Inacio Ramonet est directeur du ’’ Monde-Diplomatique’’,
Fondateur de l’organisme ’’ ATTAC ’’ et un des promoteurs du Forum Mondial de Porto Alegre.

Traduit de l’espagnol par :

Pierre Trottier, septembre 2002

Trois-Rivières, Québec, Canada

Source……..Koeyu…….www.koeyu.com

· Sur d’autres sujets on pourra consulter :
· http://geocities.com/pitrottier


 
 
 
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