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L’Échec du Communisme Soviétique.

Pour ceux qui en ont assez des théoriciens spécialistes, qui savent tout sur rien et rien sur tout et qui n’ont rien vécu de ce qu’ils se permettent d’analyser, les lecteurs d’Oulala.net vont lire ici un témoignage de première main sur les raisons de l’échec du communisme en ex Union Soviétique. J’ai passé la plus grande partie des années 80 en URSS, dirigeant d’un groupe industriel français. Et quand je suis rentré en France fin 1987, je n’ai pas ramené que ma charmante épouse, ballerine diplômée de l’École de Danse du Bolchoï, j’ai aussi ramené tous les éléments d’une analyse vécue du communisme soviétique et de son échec, symbolisé quelques années plus tard par la chute du mur de Berlin.

On sait aujourd’hui que le communisme soviétique a été un échec, et les communistes français n’ont jamais eu l’occasion de faire leurs preuves en France, au niveau national du moins. On pense d’ailleurs que le capitalisme est un succès. À tort, mais ceci est une autre histoire. Le communisme, du moins sa version soviétique, a été un incontestable échec économique, qui a entraîné un désastre social. On attribue toujours l’échec du système économique communiste au manque de motivation des travailleurs. Ça n’est que très partiellement vrai, et j’ai rencontré là-bas des centaines de travailleurs motivés. Ce qui a tué le système c’est surtout son incapacité à s’adapter suffisamment rapidement aux changements de conjoncture, aux variations des besoins.

Un système économique efficace doit fonctionner comme en cybernétique, avec des boucles de rétroaction, avec des capteurs qui enregistrent des données et qui agissent sur un effecteur pour modifier les paramètres du système. C’est le principe de la bouilloire électrique, du système de chauffage de votre maison ou de la climatisation de votre voiture. Si le thermostat est réglé sur une température de 20 degrés mais que cela prend quatre ans à chaque changement de température pour ajuster le débit de la chaudière, vous risquez de mourir de froid, ou de faire monter la température jusqu’à faire exploser le système. Un système économique efficace doit avoir, à sa disposition, des milliers de capteurs et les mécanismes du marché s’adaptent au plus vite à des variations.

En URSS, il n’y avait aucune rétroaction. Tout était organisé par le plan quinquennal. Cinq ans c’est bien long pour réagir. Sans compter que le plan était décidé principalement en fonction d’impératifs politiques, par le parti communiste. Le mécanisme, lourd, imprécis, inflexible, inadaptable et inefficace était le suivant : Sitôt le plan quinquennal voté par le parti communiste, les ministères sectoriels et le ministère du commerce extérieur devaient organiser l’acquisition de matériel. Les négociations étaient confiées aux centrales d’achat. J’ai de nombreuses anecdotes à ce sujet. Plus d’une vingtaine de machines-outil lourdes, à 20 millions de francs lourds l’unité, avaient été commandées à tort par des centrales d’achat à ma société, et dormaient depuis des années dans des caisses, à l’extérieur des usines qui les avaient reçues. Car les usines n’avaient pas besoin de ces machines. Malgré tout les directeurs d’usine savaient s’adapter, par le troc ! Ce qui n’avait pas été planifié pouvait encore être acquis chez les autres. Le système en était réduit à fonctionner avec une économie de troc parallèle.

Quelques semaines avant mon départ de Moscou, en désaccord avec les politiques de mon employeur, j’avais été contacté par un nouvel employeur éventuel, Tetra Pak, pour être leur directeur en URSS. J’ai eu la chance, dans ce contexte, de rencontrer pendant près d’une heure Mikhaïl Gorbatchev. Il avait demandé à ce groupe suédois, spécialiste de l’emballage des fluides alimentaires, d’étudier l’implantation d’usines pour le stockage, l’emballage et la distribution du lait. Assis à la table de négociation face à Gorbatchev, alors que je faisais également la traduction anglais-russe pour les participants, celui-ci nous dit que 90 % du lait produit dans toute l’Union Soviétique était perdu lors de son stockage, de son transport et de sa distribution ! Un gâchis absolu !

Fort des années passées à voyager dans ce pays, je savais déjà que le système économique allait un jour sonner le glas du communisme. Et voilà que j’apprenais de la bouche même du numéro un du pays que cette fin était imminente. Un pays de près de 300 millions d’âmes qui perd 90% de sa production de lait est condamné. Car tout le reste était à l’avenant, dans l’industrie agro-alimentaire, dans l’industrie légère ou lourde comme dans n’importe quelle autre industrie. Un manque d’organisation qui pénalisait gravement le système économique.

Sur la route de l’aéroport de Sheremetievo pour prendre mon vol de retour en France, quelques semaines plus tard, je méditais sur la fin du communisme et de son échec. Tout le monde connaît la suite. L’Union Soviétique a éclaté, place à la Russie. La Russie qui a fait le mauvais choix du capitalisme, et beaucoup s’en mordent les doigts.

L’échec du système en Union Soviétique ne condamne pas le communisme. Un communisme, aménagé, moins radical, plus flexible que celui qui a été le modèle soviétique, pourrait avantageusement remplacer le capitalisme. Parce que les dirigeants du parti et ses idéologues, en France comme ailleurs, ont cruellement manqué de créativité et d’imagination, cette alternative au capitalisme sauvage est restée un vague souvenir, auquel ne se raccrochent plus que quelques inconditionnels. Il appartiendra à des jeunes communistes créatifs de faire renaître un nouveau communisme pour le XXI ème siècle. Il sera en compétition avec d’autres idéologies renaissantes, y compris un socialisme qui demande à être revisité, pour remplacer avantageusement le capitalisme, lèpre qui ronge l’humanité. Le vrai communisme rendra à l’homme sa dignité, contrairement à sa version soviétique édulcorée, dont les dirigeants avides de pouvoir et de culte de la personnalité ont tué des millions d’innocents. Le tort des communistes français de cette époque a été de ne pas se démarquer des abus perpétrés de l’autre côté du rideau de fer. S’ils avaient eu ce courage, leurs suffrages vogueraient allègrement au-delà des quelques pourcents qu’ils représentent aujourd’hui.

Algarath.


 
 
 
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