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L’OIRPC fait confiance au Carlyle Group

Plus de seize millions de Canadiens versent 6% de leur salaire annuel au Régime de pensions du Canada (RPC). La mission du RPC, créé en 1966, est de fournir à tous les travailleurs canadiens, un revenu de retraite ainsi qu’une aide financière à leur famille en cas de décès ou d’invalidité. À sa création, le RPC récoltait une cotisation de 3,6% annuellement sur le salaire des cotisants. Dans le milieu des années 90, ce pourcentage s’élevait à 6% (au 1er janvier 2003, le taux combiné de cotisation des travailleurs canadiens et de leurs employeurs était de 9,9% des gains) et pourrait atteindre 14,2% dans les générations futures. Cette prédiction est celle de l ’Office d’investissement du RPC (OIRPC) et s’appuie sur certaines variables, comme celles de l’évolution de la démographie et l’allongement de l’espérance de vie de la population canadienne.

Jusqu’en mars 1999, l’actif total du RPC était constitué de liquidité servant à payer le dû des travailleurs retraités et d’obligations d’états. Après cette date, l’OIRPC commençait à recevoir un pourcentage des fonds du RPC et elle les investissait dans des fonds indiciels d’actions. Au 31 mars 2003, l’actif du RPC comprenait 38,1 milliards de dollars de titres à revenu fixe gérés par le ministère des Finances à Ottawa et 17,5 milliards (31% de l’actif du RPC) de dollars d’actions et de placements immobiliers gérés par l’OIRPC. Selon leur propre dires, à compter de l’exercice 2004, l’OIRPC devrait assumer la responsabilité de la gestion de l’ensemble de l’actif du RPC dont la valeur totale est actuellement de 55,6 milliards de dollars (ce projet a été approuvé il y a de cela quelques mois par le Parlement). Le transfert d’argent des coffres du RPC aux mains de l’OIRPC s’échelonnera sur 3 ans pour se compléter en 2007. D’ici cette date, l’actif total aura atteint les 80 milliards de dollars.

Les investissements (actions de sociétés fermées, immobilier et infrastructure et énergie et ressources naturelles) se font, selon le rapport annuel de l’OIRPC, à partir des « convictions communes de placement que partagent [ses] administrateurs et [sa] direction qui serviront de base à la prise de décisions cohérentes et intégrées. »[1] Les Canadiens peuvent à présent dormir sur leur deux oreilles puisque leur argent est entre bonnes mains et sera investit intelligemment. En effet, avec des investissements dans JPMorgan Partners (100 millions de dollars américains sur cinq ans au fonds J.P. Morgan Partners Global Investors), The Blackstone Group (200 millions de dollars américains sur six ans au fonds Blackstone Capital Partners IV L.P) et… The Carlyle Group (60 millions de dollars américains, sur cinq ans au fonds Carlyle Venture Partners II,LP), nul doute qu’ils feront une bonne affaire.
Esquisse d’une entreprise aux actions philanthropiques ; le Carlyle Group

Puisqu’il y aura d’ici les cinq prochaines années 60 millions de dollars dans ce groupe, voyons voir de qui il s’agit. Le Carlyle Group est un fonds privé d’investissement dirigé depuis janvier 2003 par Louis Gerstner (succédant à Frank Carlucci [2]), un ancien boss d’IBM. Possédant 13 milliards de dollars d’actifs en gestion, Carlyle Group a été durant la dernière campagne électorale américaine, la principale source de contribution à notre cher cow-boy texan, l’érudit George II. Enregistrant des revenus annuels de 16 milliards de dollars, le Carlyle Group est principalement présent dans trois domaines : la défense, les médias et la pharmaceutique.

En plus de domicilier de nombreuses holding et filiales dans des paradis fiscaux, d’être le onzième fournisseur d’armes du Pentagone via sa filiale United Defense (une bonne partie des commandes à la United Defense dépendent de l’administration à la Maison Blanche), de gérer l’essentiel des placements financiers du Saudi Binladen Group[3], de n’être pas obligé de divulguer à la Security Exchange Commission le nom de ses associés et actionnaires, de n’être pas coté en bourse (ce qui présente plusieurs avantages), d’être en conflit d’intérêts avec l’actuelle présidence américaine (Bush père est sur le conseil d’administration de Carlyle), cette société mondiale de financement par capitaux propres [4] située à Washington DC. a déjà entretenu des liens avec le banquier saoudien Khaled Ben Mahfouz, au centre du scandale de la BCCI (Bank of Credits and Commerce International ou Bank of Crooks and Criminals comme le suggéra M. Robert Gates). C’est que voyez-vous, douze milliards de dollars se sont évaporés lors de la banqueroute de la BCCI. Des noms aussi « prestigieux » que Frank Carlucci, James A. Baker et George Bush père ont été cités directement ou indirectement dans ce scandale.

Au conseil d’administration du Carlyle Group, on retrouvait dernièrement Sami Baarma, directeur de la Prime Commercial Bank du Pakistan, dirigée par Kahlid Ben Mafhouz. Ce dernier a été arrêté en août 2000 sous l’administration Clinton pour soutien à l’organisation El Quaïda.

En résumé, n’est-ce pas une bonne idée de confier prochainement la somme de 80 milliard de dollars à 35 gestionnaires payés entre 40 000 et 4 00 000 dollars par années pour faire d’aussi judicieux placements ? Comme le disait Richard Desjardins : « y nous disent qu’y veulent notre bien, pis y vont l’avoir ». Ils seront à présent plus de 16 millions de cotisants à subir les bons et surtout les « mauvais » (dans les deux sens du mot) placements de l’OIRPC. Pour ce qui est des Québécois, leur cotisation équivalente est le Régime des rentes du Québec (RRQ). Cet argent est géré par la Caisse de Dépôt et Placement du Québec qui a déjà investit dans Videotron qui a des investissements dans Carlyle Group…On dirait que la boucle se referme.

Jean-François Mercure

NOTES
[1] www.cppib.ca/fr/
[2] Ancien directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), il est aussi relié au scandale de la faillite de Sears World Trade (SWT) qui servait, selon le magazine Fortune, de couverture à certaines opérations des services secrets américains. Après la faillite de SWT, Carlucci empoche étrangement la somme de 735 722 dollars où il y était directeur. Selon le Washington Post du 18 novembre 1987, « sous la direction de Carlucci, SWT opérait comme conseiller en vente d’armes pour des firmes américaines et étrangères ».
[3] Saudi Binladin Group, déjà accusé de terrorisme, a à sa tête 12 parents d’Oussama ben Laden (Les ben Laden, des entrepreneurs aux liens multiples sur www.cyberpresse.ca)
[4] www.cppib.ca/fr/


 
 
 
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