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Les semences du Diable

L’auteur nous parle de la Seconde Révolution Verte, celle qui passe par le OGM. Qu’y a-t-il là-dessous ?

La Insigna 12 juillet 2003 - Sira Rego Agence d’Information Solidaire (AIS), Espagne Juin 2003

En 1950, sous la bannière de la Révolution Verte, s’initia une étape de développement agricole sans précédent. Sous l’aval des organismes internationaux comme la Banque Mondiale, la florissante industrie de l’agriculture fit confiance à l’usage des pesticides et des fertilisants comme voie rapide afin de résoudre la faim dans le monde. Cependant, cet objectif contribua seulement à maintenir la croissance du déficit de la balance alimentaire des pays pauvres, en même temps qu’augmentaient les excédents dans les pays riches. Quatre décades plus tard, les grands « popes » de l’économie globale, encouragés de nouveau par la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) nous augurent une seconde Révolution Verte. Cette fois, de la main de la biotechnologie arrivent les aliments transgéniques.

Appelés aussi organismes génétiquement modifiés (OGM), les transgéniques sont des organismes vivants créés artificiellement auxquels on a introduit un ou plusieurs gènes d’un autre être vivant (virus, bactérie, végétal, animal ou humain). On franchit ainsi la frontière entre espèces générant des êtres vivants qui n’existaient pas antérieurement. Le résultat de ce croisement génère sûrement des semences améliorées qui, en plus de résister à l’action de plaies et aux inclémences du climat, peuvent croître dans des conditions extrêmes, ce qui garantit les récoltes et optimise les rendements.

Nonobstant, passée la bénignité de ces données se trouve une réalité alarmante. Les risques sanitaires à longue échéance des OGM présents dans notre alimentation ou dans les animaux dont nous nous alimentons n’ont pas été évalués et leur portée continue d’être méconnue, déjà que les études d’impacts se réalisent à posteriori. De leurs résultats, on a estimé qu’ils peuvent faire apparaître des allergies, de la résistance aux antibiotiques, des effets cumulatifs et carcinogènes. L’impact peut en venir à être irréversible, que l’on prenne en exemple le désastre produit par la compagnie japonaise Showa Denko qui conçut une bactérie qu’on employait dans ces cultures. Les conséquences furent funestes : 37 personnes moururent et 1500 autres demeurèrent avec des séquelles permanentes.

L’autre grand préjudicié est le milieu ambiant. En plus de la contamination traditionnelle par l’utilisation de pesticides et autres agents chimiques qui, appliqués aux OGM se dénomment « biocides », on en arrive à un nouveau concept de dégradation de l’écosystème : l’érosion génétique. Cela suppose la contamination d’espèces sylvestres par des pollens de plantes modifiées, ce qui produit une homogénéisation de la diversité biologique et, pour autant, mène à la disparition d’une multitude d’espèces qui constituaient des centres de diversité. Mais, quels intérêts se cachent derrières ces aliments ? A en juger par les chiffres, ils sont nombreux. Jusqu’à 2002, les OGM occupaient 16% du total à l’échelle mondiale, avec quatre espèces de base (58% de soya, 12% de maïs, 12% de coton et 7% de canola). On estime que le marché des transgéniques arrivera à être coté à quelque 3 mille millions de dollars pour la fin de cette année, avec une croissance annuelle de 10%.

En tête de cette technologie se trouvent de grandes transnationales comme Monsanto, Novartis, Aventis, DuPont, Bayer, Hi-Breed et Astra-Zeneca. La biotechnologie s’est convertie en un commerce multimillionnaire de quelques entreprises formées par des sociétés anonymes qui, à travers la vente, la fusion ou l’absorption, peuvent apparaître ou disparaître, converties en d’autres, éludant ainsi de possibles responsabilités pour dommages à moyen et long terme. Il n’est pas rare que les pays développés, spécialement les États-Unis, principal du monde, soient les plus intéressés par ce négoce, déjà que les grandes biotechnologies leur appartiennent.

La majorité des innovations dans ce champ sont motivées par des critères économiques. De fait, on crée une dépendance directe de l’agriculteur avec ces grandes entreprises, due à ce que les cultures transgéniques sont des plantes patentées avec droit de propriété intellectuelle qui défend aux agriculteurs de reproduire, inter changer ou emmagasiner des semences de leur propre récolte. Aussi, nous nous trouvons avec des semences stériles à sa seconde génération ou avec des semences suicides possédant des caractéristiques qui peuvent être activées ou désactivées par des substances « régulatrices ». Bien sûr, commercialisées seulement par ces industries, ce qui implique un investissement annuel afin de garantir les récoltes suivantes et s’assurer de gras bénéfices.

En mai 2003, les E.U. dénonçaient devant l’OMC le moratoire européen sur la commercialisation de nouveaux OGM. Par cela, l’Union Européenne établissait un contrôle de fer sur les aliments transgéniques. La possibilité de commercialiser de nouvelles espèces était pratiquement nulle. Résultat paradoxal qui, deux mois seulement à la suite de la dénonciation et des dures déclarations de Bush accusant l’Union Européenne d’être de connivence avec la faim dans les pays pauvres, ils en sont venus à approuver un nouveau règlement sur la commercialisation et l’étiquetage des alimentas modifiés.

Des soupçons qui se révèlent fondés surgissent à vérifier que ce nouveau règlement diminue le contrôle de ces aliments, admettant la présence jusqu’à 0,9% de substance contaminante qui n’aura pas à être mentionnée à l’étiquetage. Soupçons aussi lorsque les grandes corporations américaines vont posséder un nouveau marché en Europe qui fera augmenter significativement leurs bénéfices.

Le chemin ouvert aux transgéniques nous augure un futur gris. Jusqu’à maintenant, en Europe, on commercialisait 18 espèces modifiées ; avec le nouveau règlement, on pourrait atteindre le double en seulement quelques mois. De plus, quoique l’étiquetage soit obligatoire, les normes se montrent confuses sur certains points, ne garantissant pas aux consommateurs le droit au libre choix.

Il est alarmant que pendant que ces grandes multinationales s’enrichissent, concentrant la production agricole, des millions de personnes perdent l’héritage historique de leur environnement naturel, et voient disparaître leur milieu de vie. « Nous sommes ce que nous mangeons », disait Hippocrate. Mais, que mangeons-nous ?

Traduit de l’espagnol par : Pierre Trottier, juillet 2003 Trois-Rivières, Québec, Canada.
Source : La insigna
Sur d’autres sujets on pourra consulter : http://cf.geocities.com/pitrottier


 
 
 
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