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Le commerce que demande Lula

Le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, n’est pas dupe face aux miroitements du néolibéralisme. Issu de l’industrie et du syndicalisme, Lula est homme à argumenter et donner des chiffres, et à dire les choses telles qu’elles sont.

Traduit de l’espagnol par Pierre

LA INSIGNIA, 21 juillet 2003
PAR Oscar Gutierrez (AIS), Espagne.
Commerce loyal de la part des pays riches. Cela est l’une des exigences que le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva , accompagné de ses homologues chilien Ricardo Lagos, de l’argentin Nestor Kirchner, et du sud-africain Thabo Mbeki, qu’ils ont située sur l’agenda de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), profitant de sa présence à la réunion des leaders de centre-gauche tenue à Londres les 14 et 15 juillet passés. Le leader brésilien, fidèle au discours qui l’a accompagné tant dans sa visite à Washington au mois de juin qu’à Evian (France) devant les mandataires du G-8, en est venu à dénoncer à voix haute le double racloir qu’utilisent les pays riches à l’heure de parler commerce : libéralisme pour le sud face au protectionnisme du nord.

Lula a su manier son actuelle popularité afin de faire dire aux plus hauts responsables de l’Union Européenne et des États-Unis la nécessité impérieuse de réformer le système d’inter échange commercial actuel, absolument déséquilibré, par un modèle plus juste orienté vers la réduction de la pauvreté. La responsabilité retombe maintenant sur le compromis de l’OMC, des pays riches en définitive. La prochaine réunion de cet organisme se tiendra à Cancun le prochain mois de septembre. Mais, en vérité, est-ce que le commerce est une des solutions à la pauvreté ?

Selon un rapport de l’ONG Oxfam International, si l’Afrique, le sud-est asiatique et l’Amérique Latine voyaient augmenter de seulement 1% respectivement leur participation aux exportations mondiales, les rentrées obtenues sortiraient de la pauvreté 128 millions de personnes. Le commerce croît plus vite que le Produit Intérieur Brut (PIB). De fait, pour les pays en développement, le commerce extérieur représente presque un quart de leur PIB, une proportion plus grande que celle des pays riches. L’obstacle : les barrières douanières, les subsides et les liens commerciaux qui rendent impossible un inter échange juste du nord au sud. En d’autres mots, plus de 1 000 millions de dollars qui demeurent aux frontières commerciales, presque le double de ce que les pays pauvres reçoivent à travers l’aide au développement.

Ainsi, les pays en développement crient commerce lorsqu’on leurs parlent d’aide. Dans le cas de l’Afrique subsaharienne ou des pays du sud de l’Asie, si leur participation au commerce augmentait de 1%, les rentes dépasseraient cinq fois ce qu’ils reçoivent comme aide des pays de l’OCDE (Organisation pour la Coopération et le Développement Économique). Précisément, le dernier rapport sur le Développement Humain élaboré par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) situe l’Afrique comme une des régions les plus retardataires dans la course afin d’accomplir les Objectifs du Millénaire : la réduction de la pauvreté de moitié d’ici 2015.

Pour le PNUD, une des clés qui ouvre la porte au développement du Tiers Monde sera le démantèlement des subventions et des tarifs douaniers. Comme le signale le rapport sur le Développement Humain, les E.U. accordent comme subventions aux productions de coton le triple de ce qu’ils destinent comme aide à toute l’Afrique subsaharienne. L’Union Européenne dépense pour chaque vache laitière plus que ce qu’elle concède pour le développement de chacun des habitants de la même région africaine. Ces barrières choisissent précisément de mettre le frein au commerce des produits de ceux qui dépendent totalement des pays en développement, de ceux qui peuvent obtenir un certain avantage comparatif sur le marché et maintenir leur compétitivité. Les subventions européennes ont désordonné le commerce des produits laitiers à partir de la Jamaïque et du Brésil, de même qu’elles l’ont fait sur le marché sud-africain du sucre. La raison : les aides dans ces secteurs facilitent la surproduction à bas prix, l’excès de la demande sur le marché et la chute des prix pour les pays en développement qui ne comptent ni sur des subventions ni sur d’autres produits pour être compétitifs.

Au chapitre des barrières douanières, le PNUD met en évidence le cas du Bangladesh qui en est arrivé à supporter le paiement de 14% de ses exportations aux E.U., pendant que la France payait seulement 1%.

Un double racloir qui, aujourd’hui, regarde avec une attention spéciale le commerce des produits pharmaceutiques, sujet encore aux accords de l’OMC en ce qui concerne la propriété intellectuelle, et qui fait que des maladies comme le SIDA, la malaria ou le paludisme ne cessent de contribuer à la pauvreté du Tiers Monde. Pour l’instant, ce sont les E.U. qui maintiennent bloquées les négociations au sein de l’OMC. Sans le libre accès aux médecines génériques de moindre coût, le sida continuera d’en finir avec la vie de millions de personnes. Seulement en Afrique, l’année passée, deux millions de personnes moururent, majoritairement des agriculteurs, dû à cette pandémie. Afin de faire taire certaines critiques, Bush a réitéré, dans sa tournée sur le continent africain, qu’il dépensera 15.000 millions de dollars en cinq ans afin de combattre le sida. Pour l’instant, le Congrès a rabaissé cette somme à 1.000 millions de dollars pour le premier envoi.

Aux recommandations du PNUD sur le démantèlement des barrières douanières, il faudra unir, pour le moment, le libre accès aux médecines génériques, pour les pays possédant moins de ressources, et l’appui, à partir des institutions multilatérales, à la diversification de la production, afin d’éviter la vulnérabilité de certains pays devant la chute des prix. C’est ce qu’exige Lula et c’est face à ces exigences que les principaux leaders annoncent la prochaine réunion de l’OMC en septembre à Cancun. Avec le même message se terminèrent les travaux de la Ronde de l’Uruguay (1986-94) et de l’OMC lors de leur dernière réunion à Doha, en 2001. Tout continue comme avant.

Traduit de l’espagnol par Pierre Trottier, juillet 2003 Trois-Rivières, Québec, Canada
Source : La Insignia
Sur d’autres sujets on pourra consulter le site de Pierre Trottier


 
 
 
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