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Du virtuel au criminel.

La caméra s’attarde en gros plan sur la main du héros vengeur, qui remplit le chargeur de son pistolet avec des balles qu’on devine destinées aux méchants. Rambo range soigneusement sa panoplie impressionnante d’armes dans un méga étui, revêt son costume de justicier où pendouillent une demi-douzaine de grenades, et dessine sur son visage buriné, aux mâchoires serrées, des couleurs de guerre. Encore une scène de violence à l’écran qui se prépare. Dans le même genre, mon fils de 12 ans joue sur son ordinateur. Un jeu qui consiste à tuer le maximum d’ennemis virtuels. Assis dans mon salon, j’entends le crépitement des balles déclenché par la souris de son PC.

Bof ! De la fiction virtuelle me direz-vous, et la majorité d’entre nous savons faire la différence entre le virtuel et la réalité, ce que certains esprits plus fragiles n’arrivent pas à intégrer. Sûrement, mais vous me voyez venir. Encore un auteur qui voit le mal partout, penseront certains. C’est vrai qu’on a tous joué aux gendarmes et aux voleurs quand on était petits, ou aux cow-boys, et on n’a pas tourné mal pour autant.

La violence, la vraie, on la voit à la télé, dans les nombreux pays ravagés par la guerre, et ça n’est pas ce qui manque. On voit des hommes presque mourir en direct, on nous montre complaisamment des cadavres mutilés, ou à demi-décomposés, qui gisent çà et là. On voit des enfants, même pas des adolescents, manier des fusils-mitrailleurs plus gros qu’eux. Eux ne jouent pas. Et puis on regarde les actualités dans l’hexagone : Une attaque de fourgon blindé, où les agresseurs ont froidement abattu les gardiens, une attaque de banque qui a mal tourné et un otage est mort, exécuté sans remords.

Ces scènes nous montrent le mépris absolu que certains ont pour la vie humaine. Parce que certains enfants, à force de voir des hommes « mourir » si facilement à l’écran, en arrivent à banaliser le meurtre, incapables de faire la différence, entre fiction et réalité. Tout comme il est prouvé que certains criminels ont développé leur vice par suite d’une enfance malheureuse, une culture télévisuelle de violence ne favorise t’elle pas la vraie violence à l’âge adulte ?

L’amour de la nature, de la justice, le respect de la vie sous toutes ses formes, à commencer bien sûr par la vie humaine. Est-ce que ce sont des valeurs dépassées ? Est-ce ringard de le rappeler ? On ne se trompe pas non plus en affirmant qu’il y a une corrélation directe et indéniable entre la facilité de posséder des armes, comme aux Etats-Unis, et la violence armée, à l’école ou ailleurs.

Je me trouve tout con, à la fin de cet article, car je me rends compte que je viens d’énoncer des choses qui sont devenues des lieux communs, tant ce que je dénonce ici est banalisé aujourd’hui dans nos sociétés. Et ça me semble grave, non ? D’autant qu’il y a manifestement surenchère à l’écran. Toujours plus de morts, de poursuites et d’explosions, dans des cascades à grand spectacle.

L’homme, page blanche dans son jeune âge, devient progressivement un être accompli par ses relations avec les autres, avec ceux qui lui apprennent les valeurs humanistes, ses parents étant au premier rang. Si, au lieu d’être exposé à cette saine formation, l’enfant baigne dans un monde virtuel dégradant, que deviendra t’il ? Et comme l’humanité n’est que l’agrégat de millions d’enfants qui reçoivent la même « éducation » corrompue, que peut-on espérer ?

Algarath.


 
 
 
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