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En attendant l’oncle Sam, le Libéria meurt.

A Monrovia, on meurt chaque jour. Des centaines de cadavres jonchent les rues et leurs familles en appellent à leur « cousin » américain de venir les sauver. « Mais il n’y a pas d’intérêts stratégiques à intervenir ». Alors mourez donc Libériens, vous n’avez pas de pétrole !

La guerre civile au Libéria dure depuis un plus de quinze ans, mais cette fois c’est la fin. Les rebelles du LURD [1] contrôlent les trois quarts du pays et assiègent la capitale Monrovia. Les combats sont extrêmement durs autour des trois ponts qui permettent d’accéder au centre ville, pilonnés au mortier jour et nuit. Le président normalement au pouvoir, Charles Taylor, est inculpé de crimes de guerre par le tribunal pénal international pour le Sierra Léone, et avait promis de quitter le pays pour laisser sa place à une nouvelle administration élue mais il aura fallu la certitude de la défaite pour qu’il décide de quitter le pouvoir le 11 août, pour s’exiler dans un pays où il ne sera pas inquiéter par la justice internationale et après que des milliers des ses partisans et de ses adversaires soient morts dans une lutte qu’il avait le pouvoir d’arrêter. Mais il est trop tard, les combats ne s’arrêteront pas tous seuls. Les rebelles du LURD sont trop proches de la victoire totale et les partisans de Taylor savent que si Monrovia tombe, les rebelles n’épargneront personne. Seul une intervention extérieure peut donc ramener la paix.

La population se cache et tente de fuir la ville par tous les moyens, laissant sur son passage les cadavres des civils tués durant les combats entre rebelles et partisans du président Taylor. Certains ont tenté de trouver refuge dans l’immense ambassade américaine, mais ses portes sont restés closes en face de femmes et d’enfants se faisant massacrer sous les obus aveugles. Cette même population a appelée le président Bush pour les sauver et leur rendre la paix. Après tout, le travail aurait moins compliqué qu’en Irak et là les soldats auraient vraiment été acclamés comme des libérateurs. Cela semblait logique que les Etats-Unis envoient de l’aide à un état créé par d’anciens esclaves américains affranchis et dont les liens sont historiques. La monnaie est le dollar, le drapeau représente une étoile et des bandes rouges et le nom de la capitale rend hommage au cinquième président des Etats-Unis, James Monroe. De plus une telle action suivrait la ligne politique américaine, tout au moins celle qui sort de la bouche de George W Bush : « nous voulons rétablir la paix et la démocratie partout où cela nous est possible de le faire ». Un détachement de 41 soldats est donc logiquement arrivé à Monrovia pour…. protéger le personnel de l’ambassade ! Et durant ce temps, eh bien, les cadavres continuaient de s’empiler dans les faubourgs de la ville.

Heureusement les membres de la CEDEAO [2] se sont, eux, réunis et ont décidé d’envoyer des troupes d’interposition le plus rapidement possible tout en demandant aux Etats-Unis d’envoyer du soutien en hommes, logistique et financier. La réponse du président Bush est révélatrice des véritables intentions de la politique interventionniste américaine à l’étranger : « Il n’y a pas d’intérêts stratégiques à intervenir ». Ainsi, que des centaines de civils innocents meurent chaque jour ne représente pas un quelconque intérêt. S’il n’y a pas de l’argent à gagner, ça ne vaut pas le coup de défendre la liberté, la justice et la démocratie. C’est vrai quoi, il faut que les investissements soient rentables, c’est la première règle du capitalisme et la vie des gens n’est rien d’autre que des capitaux aux yeux de ces chers technocrates.

Face au tollé qui a suivit cette déclaration et l’embarras de l’ambassadeur américain aux Nations-Unis, les Etats-Unis ont finalement fait une proposition au conseil de sécurité pour l’envoi d’une force multinationale au Libéria. D’après cette proposition, cette force serait en très grande partie composée de soldats de la CEDEAO, qui aurait de toute manière été envoyé là bas. Mais par contre, aucun soldat américain ne sera envoyé à Monrovia, si ce n’est pour « défendre les intérêts américains » dixit Donald Rumsfeld. Et Même si Bush a promis qu’il serait actif, pas même 1 dollar n’a été envoyé pour soutenir l’opération. Rappelez-vous, on n’envoie pas de jeunes hommes se faire tuer juste pour en sauver des centaines d’autres, tout du moins si après la guerre, il n’y a pas de matières premières à piller, telle que le pétrole. Et le peuple libérien, abandonné par son si proche voisin d’outre-atlantique, a déposé des centaines de cadavres devant l’ambassade américaine en signe de colère tout en hurlant, Honte à vous !!!. « Au premier regard, l’Amérique et le Libéria étaient si proches. Maintenant, les relations ont un goût amer. » a déclarée Mme Moulson, une descendante des premiers émigrés américains. Et les Etats-Unis ont le devoir moral d’intervenir au Libéria, comme le rappelle l’Archevêque de Monrovia, Michael K.Francis « Nous avons été là pour eux dans le passé, ils nous doivent bien ça. ».

Oui, honte à toi, George W.Bush, qui place l’argent au dessus de la vie humaine, le profit avant l’équité, l’hypocrisie et le cynisme avant la justice et l’honnêteté. Quel mépris tu manifestes envers le reste du monde pour décider qui doit être « sauvé » au nom de Dieu et qui doit être laissé à la misère et à la guerre. Des milliers de vie sacrifiées pour des billets de banques ou des chiffres sur un compte en banque, argent virtuel, qui ne sert qu’à faire encore plus de profits, plus de morts pour qu’une minorité puisse posséder une majorité de richesses. C’est pour cela que les Etats-Unis est un pays qui ne dort jamais, il n’a de cesse de faire des cauchemars.

Démosthène.


Notes

[1Libériens Unis pour la Réconciliation et la Démocratie

[2Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest


 
 
 
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