La preuve par 9.

L’Irak : Un nom qui évoque quantité d’émotions fortes et durables. La première crise majeure de ce début de XXI ème siècle est très riche d’enseignements qui, paradoxalement, porteront leurs fruits.

Chacun garde en mémoire, bien sûr, l’extrême division politique des États Nations qui a précédé le conflit, sur la question de l’utilité et de la légitimité d’envahir ce pays. Cette division, exacerbée par la découverte d’un incroyable unilatéralisme américain, a laissé des traces indélébiles sur les rapports entre grandes puissances, et l’ONU a été brutalement mise à mal. Cette prise de conscience mènera à l’établissement d’une défense européenne plus forte et plus indépendante des Américains et, probablement, à une mutation de l’ONU vers un rôle plus musclé. Bref, vers moins de dépendance à l’égard du géant impérial, qui en fin de compte sera perdant à moyen terme.

Les raisons présentées par l’administration Bush pour y mener une guerre courte mais dévastatrice et une invasion militaire sont encore aujourd’hui, plus que jamais, l’objet d’interrogations et d’enquêtes. Si la communauté internationale a mis la pédale douce sur le sujet, couardise et diplomatie obligent, c’est une partie de la classe politique, des médias et des citoyens aux États-unis et en Grande-Bretagne qui réclament des comptes à leurs dirigeants. L’affaire est loin d’être terminée. Elle pourrait s’avérer fatale à Blair et infiniment dommageable à Bush pour les élections présidentielles de 2004.

Mais la véritable preuve qui est faite en Irak c’est qu’en dépit d’une incontestable supériorité militaire pour gagner une guerre courte, l’Amérique est incapable d’y gagner l’après-guerre. Chaque jour aggrave la situation de l’envahisseur américain. Le sentiment croissant de honte et de ressentiment des Irakiens d’être ainsi occupés, le manque d’eau, d’électricité, d’essence, les pillages et agressions quotidiennes et l’insécurité, font que les beaux plans théoriques des faucons néo conservateurs ne se réalisent pas. Et le temps travaille contre Bush : un soldat par jour en moyenne qui y meurt (http://lunaville.org/warcasualties/...), des milliers de soldats blessés rapatriés (un fait bien caché, mais documenté sur l’Internet aux Etats-Unis), un gouffre financier de 5 milliards de dollars nécessaires chaque mois, soit 60 milliards par an. Quand on compare ce chiffre aux 40 milliards de dollars que coûte annuellement toute la sécurité civile aux Etats-Unis (police, pompiers, etc), on se rend compte de l’effort financier démesuré imposé au budget américain pour reconstruire l’Irak. Reconstruction dont de plus en plus de gens aux Etats-Unis prennent conscience qu’elle n’a pas lieu et qu’elle n’aura jamais lieu. Il faudrait des années, des centaines de milliers de soldats et de policiers en plus que l’Amérique n’a pas, et des centaines de milliards de dollars pour espérer réussir ce pari. Pari dont se foutent allègrement les contribuables américains. D’accord pour trouver louable de déposer Saddam Hussein, pas d’accord pour consacrer des ressources totalement démesurées avec l’intérêt national américain. Même si la base soutien Bush, les cadres et certains ténors du parti républicain ont pris leurs distances vis-à-vis de ce problème et incitent Bush à trouver un moyen de battre en retraite d’Irak, en sauvant si possible les apparences. Ça ne sera pas facile.

Bref, c’est déjà la preuve par neuf. La preuve qu’aucune super puissance au monde, pas même l’Amérique, ne peut occuper par la force un pays et y changer les mentalités, en voulant y installer une démocratie à l’occidentale par exemple. C’est le constat d’une incroyable impotence qui deviendra évidente, chaque jour un peu plus, au monde entier. Et nous devrions tous nous réjouir de cette constatation. La diplomatie marche aussi bien, sinon mieux. Et elle coûte moins cher en dollars et en vies humaines. Quel gâchis en Irak ! Le piètre résultat atteint, ou plutôt l’absence totale de résultat positif en valait-il la chandelle ?

L’Irak, c’est en définitive une leçon magistrale et douloureuse, administrée à une puissance impériale qui a sous-estimé le coût d’occupation d’une zone conquise par les armes. J’ai la conviction que cette leçon portera ses fruits et rabaissera le caquet des aspirants envahisseurs. Les temps modernes ne se prêtent plus, semble t’il, aux invasions et occupations des Huns et des Romains de l’antiquité, même si la barbarie n’a pas, on l’a vu, disparu de la surface de la terre.

La guerre d’usure qui a lieu en Irak se terminera tôt ou tard par un piteux retrait, la queue entre les jambes, de l’envahisseur américain. Qui aura peut-être appris à ses dépens qu’être une puissance coloniale efficace oblige à disposer de forces d’occupation en nombre considérable. L’Amérique un empire à part entière ? Non ! Une puissance militaire technologique, aux effectifs humains relativement réduits, qui n’avait pas encore compris que pour gagner il faut durer, et qui s’est bercé de douces illusions coloniales.

Et les véritables raisons de cette guerre, c’est probablement l’avidité d’un groupe d’influence pour profiter des juteux contrats de reconstruction et de concession pétrolière, ainsi que les profits du complexe militaro-industriel. Les pétroliers texans, au premier rang desquels la famille Bush, entourée de ses conseillers comme Dick Cheney, Condi Rice et Rumsfeld, engrangent maintenant les dividendes du conflit, sur le dos des contribuables américains.

Et l’Amérique a des érections bien trop courtes, même si elles sont incroyablement violentes, pour engrosser le reste du monde et y imposer une progéniture de valeurs inadaptées. Car l’extension à l’identique des valeurs américaines au reste du monde est un leurre. Ça marche à la rigueur pour Mac Donald ou Coca-Cola, pas pour ce qui fait une civilisation élaborée. Une seule culture, un seul point de vue, qui conviendrait à l’incroyable diversité et à la richesse des cultures millénaires ! Que nenni ! La naïveté des Américains dans ce domaine n’a d’égal que leur arrogance et leur brutalité, dissimulée par leur logorrhée propagandiste et les "bons sentiments" dont ils sont pétris.

Il ne manque à L’Amérique qu’un millénaire ou deux de civilisation éprouvée, pour espérer diffuser son modèle au reste de l’humanité. Il y a fort à parier que le monde ne restera pas en vie suffisamment longtemps pour voir ça. La vraie question est de savoir si la fin viendra d’un seul coup avec une série d’explosions atomiques, ou si la planète mourra progressivement, usée jusque la corde, au-delà de ses capacités de réaction, par les abus des hommes.

Vous trouvez que je suis pessimiste ? J’ai mes raisons. Je ne vois aucun signe de sagesse, qui permette d’espérer, dans les innonbrables manifestations de la folie meurtrière des hommes. Guerres, massacres, extermination, épuisement des ressources naturelles, soif de domination, l’histoire de toutes les époques de l’humanité est constellée de ces fléaux, et cette triste constatation devrait nous convaincre que nous sommes encore loin de mériter notre nom d’"humains". Pour dérangeante qu’elle soit, cette affirmation n’en est pas moins vraie, n’en déplaise aux inconscients et aux rêveurs, manipulés à leur insu.

Des milliers de civils irakiens sont morts. Ces tristes statistiques sont reprises en détail sur le site suivant :http://www.iraqbodycount.net/. Dites moi après ça si cette guerre valait le coup d’être faite. Ou allez le dire à cette petite fille qui a perdu ses deux pieds. Mais de quelle matière inhumaine peuvent être faits les Hitler, les Staline, ou les leaders actuels qui n’hésitent pas à tuer des innocents au nom de leur civilisation, si "belle" qu’elle doive être imposée à tous ? Des barbares qui ne montrent aucune pitié ni remords pour leurs crimes abominables. En ce qui me concerne, je les tiens pour la lie de l’humanité, et ils n’en méritent même pas le nom. Ceux qui se sont joints à Bush pour cette infâme besogne ne méritent que du mépris.

Algarath.


 
 
 
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