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Éloge du mensonge.

La polémique autour du film de Mel Gibson, « La passion », nous incite à nous interroger sur la fabrication de vérités au détriment de la réalité historique, et surtout sur la nécessité de présenter la réalité autrement, pour éviter les manifestations de haine.

La ligue anti-diffamation américaine, l’ADL, ne prétend pas que Mel Gibson déforme la vérité dans son film, qui montre que le Christ a été crucifié par décision des Juifs. Elle demande simplement au réalisateur de ne pas présenter les faits tels qu’ils sont, ce qu’ils ne contestent pas, pour ne pas attiser le ressentiment envers les Juifs du monde entier. Car les historiens sont d’accord sur le fait que Jésus-Christ a été condamné, sur l’insistance très marquée du tribunal juif du Sanhédrin. Jésus empêchant les marchands juifs de commercer au temple (véritable raison), et créant des troubles de nature à mettre le gouvernement juif, mandaté par l’occupant romain, en difficulté vis-à-vis de celui-ci (prétexte pour se débarrasser d’un gêneur).

Entre deux maux, ne faut-il pas choisir le moindre ? Au diable la réalité historique ! Il est sage de ne pas alimenter la haine en déclenchant une vague qui fera des victimes. Que Mel Gibson le comprenne et modifie sa version des faits. Peut-être vaut-il mieux fabriquer une version édulcorée que de faire souffrir des gens qui n’ont que trop souffert d’une haine incroyablement tenace à leur égard, et totalement injustifiée. Les jusqu’au-boutistes de la vérité historique ne doivent-ils pas comprendre que dire la vérité toute nue est louable, mais que ce point de vue extrémiste doit s’effacer devant la nécessaire protection de certains de nos contemporains, qui n’ont rien à voir directement avec le martyre du Christ.

On pourrait prétendre qu’insister à présenter la vérité historique dans ce film constituerait d’une certaine manière une incitation à la haine raciale. En effet une des raisons à l’origine de l’antisémitisme est le reproche de certains chrétiens fait à ceux qui ont tué le Christ. Projeter un film à des millions de spectateurs, dont certains interprètent tout au premier degré, serait semer la haine, alimenter les sentiments racistes, et inciter à la vengeance. Il y a des millions de fondamentalistes chrétiens aux États-Unis qui soutiennent Israël et qui pourraient, s’ils voyaient un tel film, devenir des adversaires acharnés de l’état hébreu.

Prôner l’apaisement semblera pour beaucoup être la seule décision possible, car tout mensonge vaut mieux que la haine. Tant pis si on taxe cette décision de parti-pris. Il n’en est rien. Pour éviter la haine soyons prêts à tout, même à mentir, ou à laisser mentir les autres. Certaines positions sur des questions cruciales comme l’opposition aux droits des Palestiniens sont, elles, dignes d’être combattues avec intransigeance et nous devons continuer à ne pas nous en priver, jusqu’à ce que la paix règne en Palestine et que les Palestiniens aient recouvré leurs droits. Ce que ne contestent pas, d’ailleurs, une majorité d’Israéliens.

J’ai vu quelques images de ce film et elles sont splendides. Les paysages palestiniens sont magnifiques et c’est cela qui compte. Avec la paix en plus ce serait formidable.

Faire l’éloge du mensonge semble donc, dans ce cas, excusable. Pourtant d’autres coupables de l’histoire frapperont bientôt à notre porte pour effacer leurs crimes. Les Allemands, suivant le même principe louable, nous demanderont d’occulter cette terrible époque de l’histoire humaine où ils ont créé des camps de concentration avec des fours crématoires, pour exterminer une partie de l’humanité, dont six millions et demi de Juifs, mais aussi des opposants politiques, des homosexuels, des slaves par dizaines de millions et mon oncle Pierre, résistant français dénoncé. Et la même ligue anti-diffamation, qui a raison de demander l’absolution pour les Juifs d’avoir tué le Christ, pourfendra implacablement les révisionnistes qui osent déformer l’histoire. Dans ce jeu thèse-antithèse on voit combien accepter de travestir l’histoire est un jeu dangereux, qui autorise toutes les dérives.

Mes parents sont morts du cancer et nous ne les avons pas alarmés inutilement en leur avouant la gravité de leur état. Nous avons menti par omission, pour les protéger et ne pas les plonger dans une inutile angoisse au seuil de leur mort. Il y a des cas ou le mensonge est une nécessité. Tout comme pour travestir la vérité au sujet de ceux qui ont voulu le martyre de Celui qui est mort sur la croix pour racheter nos péchés. Vu la longueur de la liste des pêchés à racheter et leur gravité, il a fallu un martyre à la hauteur, et ce qui a tué le Christ c’est la bêtise et la méchanceté, distribuées copieusement et à parts égales entre les hommes de tous horizons. Mel Gibson a suffisamment de talent pour faire un film magnifique, sans initier inutilement une polémique qui n’aurait aucun intérêt pour le septième art. Mais le fera t’il, ou répondra t’il à l’auteur de la lettre de la Ligue Anti-Diffamation qu’il le fera quand on modifiera les images des nombreux films sur l’extermination dans les camps de concentration, pour ne pas faire endosser ces crimes à leurs véritables auteurs ?

La boutade : "Tout dépend du point de vue où l’on se place par rapport à l’idée qu’on s’en fait" s’applique ici à merveille. Ou bien la morale d’une histoire de ce bon Monsieur de La Fontaine : "Suivant que vous serz puissant ou misérable...".

Dans cette affaire, le pouvoir de l’influence aura t’il raison sur la morale et la vérité historique, garant de la justice ? Il faut dire qu’en ce début de XXIème siècle la vérité est travestie à un point tel, qu’elle ne l’avait jamais été auparavant. Alors, le Christ tué par Idi Amin Dada, l’étrangleur de Boston ou Jack l’Éventreur, seraient des versions bien plus présentables à suggérer à Mel Gibson. Ces versions à petit budget pourraient même être avantageusement remplacées par une autre variante grandiose, à la Cecil B DeMille.

Toutes ces versions fantaisistes et ridicules seraient bien moins gênantes pour ceux qui ont, indubitablement, sûrement, sans aucun doute, et sans pitié aucune, tout fait, comploté et usé de leur influence sur Ponce Pilate pour clouer sur la croix notre Christ, qui réconciliait déjà les hommes de toutes provenances et leur livrait un message de paix, en réalisant cet exploit : Être en même temps Juif et Chrétien !

Algarath.


 
P.S.

On voudra bien m’excuser d’avoir utilisé le mot "Juif" plusieurs fois, et j’ai limité cet emploi au premier paragraphe. Il n’a pas été possible de l’éviter, Jésus étant juif, condamné par un tribunal juif pour avoir dérangé des marchands juifs dans un temple juif, cette histoire connue du monde entier se passant dans un pays habité par des Juifs.

 
 
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