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L’entêtement américain.

Vivant en Amérique du Nord, je peux suivre assidûment les nombreuses émissions de la presse télévisée, où les interviews sur l’Irak vont bon train. Depuis plusieurs jours, les questions des journalistes tournent autour de la nécessité ou non de rester en Irak, compte-tenu des attentats et des attaques contre les soldats et l’ONU. Les réponses sont toutes à peu près les mêmes.

En substance, la plupart des personnalités interrogées pensent qu’il faut rester à tout prix, et renforcer les moyens sur place, soit par une augmentation des effectifs américains, soit par un élargissement avec l’ONU et des alliés de circonstance. C’est apparemment la position officielle américaine. On peut d’ailleurs constater que peu de candidats se présentent au portillon pour venir aider les Américains à tirer les marrons du feu. Et le gouvernement de George Bush ne semble pas disposé à envoyer des troupes supplémentaires. Ce n’est pas en envoyant 10,000 soldats turcs et quelques milliers de soldats glanés ci et là ailleurs, que les effectifs d’occupation seront suffisants. Il faudrait un million de soldats pour avoir une chance de réussir cette stratégie de l’affrontement en Irak. On est très loin du compte, et les soldats américains déployés sur le terrain sont moralement épuisés, une bonne partie étant des appelés qui voudraient bien retrouver leur boulot au pays.

On peut admettre le fait qu’on doive rester en Irak, bien qu’on n’y ait aucune légitimité, car l’Irak appartient aux Irakiens, et aux Irakiens seulement. Mais si on laisse le pays dans l’état d’anarchie où l’ont mis les Américains, c’est la guerre civile, et l’embrasement du Moyen-Orient. Et cette partie du monde recelle 65 % des ressources pétrolières mondiales. On ne peut donc la laisser totalement déstabilisée politiquement. Il faut donc très certainement y retrouver un état d’équilibre, et donner l’assurance aux populations irakiennes que la sécurité se réinstalle, que la fourniture d’eau, d’électricité et d’essence soit assurée dans des conditions convenables. Il faut aussi faire cesser le ressentiment national contre cette occupation qui se prolonge.

Par contre personne en Amérique du Nord, à part quelques journalistes de la presse écrite, ne pense qu’il faille rapidement organiser des élections libres en Irak et laisser le contrôle réel du pays à un gouvernement démocratiquement élu, avec une aide transitoire de la communauté internationale, assurée par l’ONU pour des raisons de neutralité. C’est la position française, celle de Dominique de Villepin, et je pense que c’est la seule solution pour réussir la reconstruction de l’Irak.

Manifestement, des forces d’opposition politique entretiennent le chaos, créent l’insécurité, organisent des attentats contre les installations d’eau, d’électricité et de pétrole, afin d’exaspérer les populations et accroître leur mécontentement contre l’envahisseur, en plus bien sûr de tuer des occupants. Personne ne sait aujourd’hui qui sont ces forces : Sont-ils des résistants de l’ancien parti Baas, des soldats de l’ex-pouvoir, des islamistes infiltrés au nombre desquels les combattants du Hezbollah ? Ou une partie de la population participe t’elle à la résistance armée ? C’est un point crucial à élucider. L’administration Bush prétend que ce sont des terroristes mais que la population irakienne n’y participe pas, un peu comme si, en France occupée, les Allemands avaient prétendu qu’aucun cheminot ne participait à la Résistance. Les lecteurs qui ont bonne mémoire voudront bien se souvenir que j’avais prévu les difficultés d’occupation américaine dans mon article de mars 2003 "La foire de l’après-Saddam".

L’administration Bush a mis l’Amérique dans un bourbier inextricable en envahissant l’Irak. Le coût de la guerre et de l’occupation, tant en vies humaines qu’en milliards de dollars, se fait sentir de plus en plus. Et le sentiment de victoire militaire facile se mue progressivement en malaise et interrogations, car le gouvernement ne peut plus cacher que l’effort de reconstruction en Irak s’étalera sur plusieurs décennies.

L’administration Bush veut maintenant se défausser en impliquant ceux qui ont refusé énergiquement la guerre, mais sans vouloir partager une once de pouvoir sur place. Cet entêtement américain à imposer unilatéralement leur point de vue en Irak fera échouer les tentatives de reconstruction du pays, et la situation empirera, jusqu’à l’insoutenable. On assiste déjà en Irak à un conflit du type Palestinien. Les Palestiniens se battent depuis plus d’un demi-siècle, sans faiblir. Les Irakiens feront de même. Dans les deux cas, la logique est la même : Retrouver le contrôle légitime de son pays, en expulsant un occupant qui n’a rien à y faire.

L’Amérique est un grand peuple, qui a donné par le passé des preuves de son attachement aux principes de liberté et de démocratie. Elle est tombée aux mains d’une clique d’ambitieux, qui provoquent délibérément le chaos pour satisfaire leur appétit de puissance et d’argent. Le plus vite elle retrouvera ses esprits, le plus vite elle reprendra son rôle. Il lui faudra cependant restaurer son image ternie auprès du monde arabe et musulman, qui considère souvent l’Amérique comme le "Grand satan". Puisque les Américains parlent de reconstruction, qu’ils reconstruisent patiemment leur image et abandonnent cette attitude de mépris, qu’ils pensent justifiée par leur puissance militaire et, de façon toute relative, économique.

Algarath.


 
 
 
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