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Les équations impossibles du Proche-Orient.

On peut presque toujours trouver une solution aux problèmes politiques. Pourtant, au Proche et Moyen-Orient deux problèmes semblent insolubles, posant des équations impossibles à résoudre : L’éternel conflit israélo-palestinien et, maintenant, la question irakienne.

En Palestine occupée, deux peuples revendiquent la même terre. Des deux côtés, les opposants sont polymorphes, allant des modérés qui voudraient s’entendre, aux radicaux extrémistes qui font parler les armes et sauter les bombes. Ces derniers considèrent le problème comme un jeu à somme nulle, où il faudra un gagnant qui aura tout et un perdant qui n’aura rien. Mais le Hamas peut-il raisonnablement espérer faire quitter tout le pays aux colons juifs, et les extrémistes sionistes pensent-ils éliminer tous les Palestiniens ? Les Palestiniens veulent un État, et les Israéliens veulent la sécurité. Les Palestiniens n’auront leur état que lorsque les Israéliens auront la sécurité, et les Israéliens n’auront la sécurité que quand les Palestiniens auront leur état. Ce sont les contraintes des équations à résoudre, qui doivent être acceptées des deux côtés. Comme cela fait plus d’un demi-siècle que tout le monde le sait mais que personne n’arrive à se mettre d’accord, on se demande s’il est encore permis d’espérer.

L’Irak est un vieux problème, contrairement aux apparences. Le vrai problème, c’est celui du contrôle d’une zone géopolitique qui recèle 65 % des réserves de pétrole mondiales. Pour que ce contrôle ne soit pas aux mains des Chiites Iraniens et Irakiens, les présidents américains qui se sont succédé depuis un quart de siècle ont monté les uns, contre les autres. Reagan a financé et armé Saddam Hussein en 1980 pour faire la guerre à l’Iran. Papa Bush a aidé les Chiites irakiens à se soulever contre Saddam et n’a rien fait quand celui-ci a maté la rébellion dans le sang. Aujourd’hui, pour que les chiites irakiens et iraniens ne s’allient pas en constituant la plus grande force politique du Moyen-Orient, il est hors de question de laisser s’organiser des élections libres en Irak. Les chiites les gagneraient, avec 60 % de majorité. Et c’est pour cela que les Américains ne veulent pas quitter l’Irak.

Les enjeux en Irak sont colossaux. Si les Américains arrivent à s’imposer, ils contrôlent le pétrole irakien et influencent la politique de prix de l’OPEP. Les pays membres de l’OPEP feront tout pour l’empêcher. De la même manière, les pays arabes et musulmans de la région (souvent membres de l’OPEP) n’ont aucun intérêt à voir une démocratie s’installer en Irak, suivant la fameuse théorie des dominos de Paul Wolfowitz. Ces pays environnants (Arabie Saoudite, Jordanie, Syrie) sont des réservoirs de combattants islamistes qui infiltrent l’Irak. Il faut se rendre compte qu’à très peu de frais les voisins de l’Irak peuvent empêcher les Américains de réussir leur occupation, et ne s’en privent pas actuellement.

Compte-tenu de tout cela, on ne voit pas bien comment l’administration Bush peut réussir son pari en Irak. De la même manière, l’affrontement israélo-palestinien, à moins de donner lieu à de véritables négociations, ne débouchera sur rien. Si le pétrole ne jaillissait pas à chaque fois que quelqu’un plante un piquet dans son jardin, les bédouins vivraient encore dans le désert sous leurs tentes, et seraient délaissés par la communauté internationale, comme les Africains. Et si leur terre n’avait pas été déclarée « terre promise », les Palestiniens vivraient des jours heureux à l’ombre des palmiers.

Pétrole et terre promise obligent, au Proche-Orient les mille et une nuits promettent d’être blanches pour encore très longtemps.

Algarath.


 
P.S.
 
 
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