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Un débat au ras des pâquerettes

Le plan en faveur des personnes âgées, qui a tout de même nécessité 13 000 morts pour que le marchand de cafés poitevin se bouge un peu le postérieur, est prétexte à une imagination démagogique comme on n’en voit, en France, que dans les moment d’une extrême gravité.

On a connu en son temps « la vignette » pour les vieux [1] chère à Ramadier et dont on n’a jamais bien su si le produit avait été un jour affecté au Fonds National de Solidarité. Depuis 1973, cette taxe ayant été versée au budget général puis au département, le flou artistique demeure.
Il serait tout de même intéressant de savoir ce qui a été financé par la vignette automobile car il est clair que si cet argent avait été déployé en direction des personnes âgées et des personnes dépendantes, on n’en serait peut-être pas là en 2003.

Aujourd’hui, dans un éclair de génie que seul un Enarque UMP a le pouvoir de faire jaillir lorsqu’il s’enferme en conclave, voilà venu le temps du jour férié pour les vieux ! et pas n’importe quel jour aux dernières nouvelles prises le 28 août 2003 à 20h00 dans la lucarne. En accord avec l’Eglise, qui ne rate jamais une occasion de la fermer quand il s’agit de porter secours à la Droite, ce sera vraisemblablement le Lundi de Pentecôte. Ce jour qui jadis servait à l’organisation (forcée) de la fête religieuse consacrée à la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, a la bonne idée de toujours tomber un lundi, ce qui n’était pas le cas du 8 mai, initialement proposé, qui a la fâcheuse tendance de parfois tomber un samedi ou un dimanche. Deux fois sur sept, l’Etat-pompe-à-fric, perdait le bénéfice de la mesure hautement consensuelle [2].

Dans consensuelle, il y a bien évidemment sensuelle, tout le monde le sait bien et les 7 Français sur 10 qui se sentent obligés de valider cette proposition ont vraiment un niveau de culture, de réflexion politique et de compréhension de la situation qui les désigne, de fait, pour se faire oindre le fondement de cette pommade chère à tous les démagogues qui en veulent à votre virginité anale.

Précisons, pour cette frange de la population, ignorante des coups tordus qui, en général, se préparent très en amont avant de trouver l’événement qui facilitera leur mise en œuvre, que la suppression d’un jour férié est une vieille revendication patronale. De plus elle avait été débattue par un groupe de travail de l’UMP en avril ! Et pour être tout a fait complet sur cette proposition « spontanée », un sondage réalisé courant juillet et à paraître dans « Notre Temps » se traduisait par 81 % d’avis favorables. Le hasard fait bien les choses !

On aura tout essayé !

Les personnes âgées, qui disons le, représentent un potentiel électoral non négligeable au plan national (Hé oui, la droite vient de perdre un nombre considérable d’électeurs potentiels, d’un seul coup !), ont toujours fait l’objet d’une attention toute particulière à l’approche des échéances… électorales. Le problème réside dans le fait que les grands discours et les propositions ne dépassent que rarement le stade de la promesse vite oubliée après le scrutin.

J’en veux pour preuve ce qui est tombé sur la blanche toison de nos aînés sitôt la mise en place dans les locaux élyséens du plus célèbre Corrézien de France. La liste n’est pas exhaustive : diminution de l’allocation personnalise d’autonomie ; diminution de plus de la moitié des financements en direction des maisons de retraite ; aucun moyen donnés et plafonnement des aides en direction associations d’aides à domicile ; coupes sombres dans les hôpitaux ; etc.

Et il ne s’agit que de la partie visible de l’iceberg, car à côté de cela, l’Etat a rogné sur toute une série d’aides directes ou indirectes, sans compter la fabuleuse arnaque sur passage à l’Euro qui a tout de même eu pour conséquence de diminuer de plus de 10 % le pouvoir d’achat de tous les français dont celui des personnes âgées. De toutes façons l’Euro est une monnaie tellement opaque – puisque dépourvue de repères - pour les personnes en grande difficulté et âgées qu’il leur est quasi impossible de suivre l’évolution des prix où même de leur retraite ! Tout est donc possible.

Donc cette fois, c’est décidé, on va voir ce que l’on va voir. Matignon prend le problème du vieillissement à bras le corps et, une fois de plus, on va faire appel à la générosité des Français en faisant vibrer la corde sensible et tenter de faire oublier que le génocide de la première quinzaine d’août 2003 incombe dans sa quasi totalité au Gouvernement Raffarin.

Mais ce que personne ne met en avant, ni les partis de gauche, ni les syndicats, ni la presse, c’est que l’argent pour mettre en œuvre un véritable plan des personnes âgées est versé chaque année par les contribuables Français dans l’escarcelle de Bercy.
En conséquence, plutôt que de renflouer les caisses du Crédit Lyonnais, celles d’Alstom, celles de France Télécom et autres Air-Liberté, dont la mauvaise gestion a été démontrée – et on peut publier les chiffres ! – il aurait été sans doute préférable que le retour de l’impôt aille en priorité aux plus démunis et que ce plan proposé dans l’urgence soit financé de longue date. Avec une volonté politique, cela aurait été possible.

Ce qui n’est pas guère plus dit c’est qu’au prétexte de « la satisfaction d’exprimer leur solidarité » (Dixit Dubernard !) l’opération profitera, avant tout au patronat. L’effort ne concernera que les salariés, - et peut être même que les salariés du privé puisque ceux du public sont payés par l’impôt – et que le bénéfice est à ce jour loin d’être évalué. Avant que cette manne n’arrive jusqu’aux "vieux", présents et à venir, nous aurons connu quelques élections et changements de cap.

Aujourd’hui dans ce beau pays de France, on est félicité et récompensé quand on met une grande entreprise publique ou privée sur la paille en boursicotant et on laisse mourir les anciens de canicule !
C’est ça une gestion en direction de la France d’en bas ? C’est ça une gestion qui place l’homme au centre de toutes les préoccupation de l’Etat ? C’est ça une gestion humaniste des affaires publiques ? Non ! c’est prendre les Français pour des débiles mentaux en leur faisant croire que l’on s’occupe d’eux et que cette générosité en direction des grandes entreprises en difficulté c’est pour leur bien. Et on leur martèle, par radio et tube cathodique interposé, que « c’est pour qu’il n’y ait pas de chômage, pour préserver la retraite de leurs enfants et petits enfants » et aussi « parce que c’est le rôle de l’Etat que de participer au sauvetage des grandes entreprises ». Le système de santé, le système hospitalier, les vieux… c’est autre chose. Dans ce cas, « il faut être conscient que l’Etat ne peut pas tout faire et répondre à toutes les demandes » ! Non, mais ! A l’UMP on a ses petites priorités.

Un discours de représentant de commerce qui tente de vendre sa camelote dans une logorrhée verbale censée cacher le seul vent qu’il a à offrir. Mais du moment que ls médias officiels jouent le jeux du pouvoir, pourquoi se priver ?

Un discours au ras des pâquerettes, celles qui pousseront sur les tombes encore fraîches des 13 000 disparus caniculaires - et plus - laissés pour compte d’une société à la dérive qui ne sait même plus conserver ses morts décemment à défaut de les enterrer en famille. Des pères, mères, oncles, tantes ou amis, rayés, d’un seul rayon de soleil, de la carte parce que l’incurie préside aux destinée de la France, parce que Sellière et le MEDEF en veulent toujours plus et surtout, parce que ce gouvernement n’est pas au service de la grande majorité des français.

Si d’autres mondes le sont, ne peut-on pas envisager, aussi, qu’une autre France soit possible ?
Il y a urgence.


Notes

[1 - La loi du 30 juin 1956, votée à la demande de
Guy Mollet, président du Conseil et de Paul
Ramadier, ministre des Finances et des Affaires économiques,
crée la « taxe différentielle sur les véhicules
à moteur » pour financer le Fonds National de
solidarité destiné à garantir un revenu minimum à
toutes les personnes âgées de plus de 65 ans.
- En 1973, le produit de la vignette n’est plus affecté ; il est
versé au budget de l’État
- En 1980, une vignette pour les motos est créée, elle disparaîtra
l’année suivante
- En 1984, le produit de la vignette est transféré aux départements
et à la collectivité territoriale de Corse
- Le projet de loi de finances pour
2001
prévoit la suppression de la vignette pour les particuliers, les associations et pour les entrepreneurs
individuels, ce qui représente 12 milliards
d’économies pour les automobilistes.
- La vignette automobile est désormais supprimée
pour les particuliers, les associations et les entrepreneurs
individuels au titre de leurs voitures et
petits utilitaires. Ce sont au total plus de 30 millions
de véhicules qui ne donneront plus lieu au
paiement de la vignette.

[2PARIS (AP) - Sept Français sur dix (70%) se déclarent prêts à travailler un jour férié pour financer un plan en faveur des personnes âgées, selon un sondage CSA pour "Le Parisien/Aujourd’hui en France" à paraître vendredi.
Face à l’hypothèse émise par le gouvernement de supprimer un jour férié afin de financer un fond pour les "seniors", 43% des personnes interrogées répondent "oui, certainement" et 27% "oui, probablement".
Seuls 28% des Français se montrent hostiles à cette proposition avec 9% de "non, probablement pas" et 19% de "non, certainement pas". Ils sont 2% à ne pas se prononcer.
Des résultats qui varient peu chez les salariés uniquement avec 66% de personnes favorables et 34% contre.
Ce sondage a été réalisé les 27 et 28 août par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de 810 personnes, âgées de 18 ans et plus (selon la méthode des quotas). Source Yahoo.


 
 
 
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