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La panne de courant mène directement à l’allumé de la Maison Blanche

L’histoire des Anglos qui ont supprimé 800 jobs à New-York, engrangé
90 millions de Dollars et qui, cette nuit, ont éteint les lumières.

Traduit par Jean-Paul Salaün

Par Greg Palast, le 15 août 2003.

Je pourrai tout vous dire au sujet des incapables qui ont éteint nos
lumières cette nuit. Je me suis déjà battu avec eux — La Niagara
Mohawk Power Company - il y a quelques années. Vous savez, avant d’être
journaliste, pour gagner ma croûte, je travaillais comme enquêteur
sur les racketteurs en costard. Dans les années 80, "NiMo" a construit
une centrale nucléaire, Nine Mile Point, une affaire brûlante au coût
terrible, une saloperie pour laquelle NiMo et ses compagnies
d’associé ont fait payer des milliards aux contribuables de
l’électricité de l’état de New York.

Pour effectuer cette arnaque au kilowatt, le consortium dirigé par
NIMO a falsifié les rapports de coûts et de calendrier puis effectué
un travail à la Harry Potter sur les livre de comptes. En 1988, j’ai
montré à un jury le mémo d’un cadre de l’un des partenaire, Long
Island Lighting, donnant une leçon à un patron de NIMO sur la façon
de mentir aux régulateurs du gouvernement. Le jury condamna LILCO à
payer 4,3 milliards de dollars et finalement les a mis hors service.
Et c’est pourquoi, si vous habitez le Nord-Est, vous lisez ça à la
chandelle cette nuit. Voici ce qui est arrivé. Après la condamnation
LILCO et que les régulateurs du gouvernement aient condamné Niagara
Mohawk et des douzaines de compagnies de service à travers l’Amérique
à des amendes et des dommages et intérêts de dizaines de milliards de
dollars pour falsification de documents et de livres de compte, les
leaders de l’industrie se sont rassemblés pour jurer de ne plus
jamais aller à l’encontre des règlements. Leur plan n’était pas de
suivre les règles mais de les ÉLIMINER. Ils ont appelé ça « 
déréglementation ».

C’était comme un comité de voleurs de banque imaginant comment
légaliser le perçage de coffre-forts.
Mais ils n’ont pas osé lancer ce plan aux É.-U. À la place, en 1990,
une petite bande retorse d’opérateurs du Texas , Huston Natural Gas,
opérant sous l’alias de Enron a demandé à la fanatique extrémiste du
libre marché, Margaret Thatcher, première ministre d’Angleterre,
d’accorder un permis à la première usine d’électricité complètement
déréglementé de l’hémisphère.

C’est ainsi qu’est apparue une maladie économique appelée « réforme de
la réglementation »
qui s’est répandue plus vite que le SARS. En
particulier, Enron a récompensé le ministre de l’énergie de Thatcher,
un Lord Wakeham, d’une liasse de dollars pour ses services de « 
consultant » et d’un siège au conseil d’administration d’Enron.
L’expérimentation anglaise prouvait la viabilité de la nouvelle
formule industrielle d’Enron : que l’enthousiasme des politiciens
pour la déréglementation est proportionnelle aux pots-de vin payés
par les compagnies d’énergie.

L’élite de l’énergie a fait ses premiers pas en Angleterre parce
qu’elle savait que les Américains n’avaleraient facilement la
couleuvre de la déréglementation. Les É.-U. étaient habitués à
disposer d’énergie à faible coût rien qu’en abaissant l’interrupteur.
C’était le legs de Franklin Roosevelt qui, en 1933, a mis en prison
l’homme qu’il croyait être le dernier des pirates de l’énergie,
Samuel Insull. Insull, brasseur d’affaires de Wall Street, fondateur
de Power Trust, six décennies avant Hiken Lay (Pédégé d’Enron. Note du
traducteur.), trafiqua les livres de comptes et arnaqua les consommateurs.
Pour décourager Insull et ses semblables, Roosevelt nous donna la
Commission fédérale de l’énergie et la loi sur les compagnies
d’utilité publique qui encadra les droits et devoirs des compagnies
d’électricité. Des règlements détaillés limitaient les coûts aux
dépenses réelles plus un profit établi par le gouvernement. La loi a
banni les « marchés d’énergie » et a exigé des compagnies que les
lumières restent allumées sous peine d’arrestation - pas de chantage
à la panne pour augmenter les tarifs.

Il est significatif, au moment où j’écris ces lignes dans le noir,
que les régulateurs aient dit exactement aux compagnies combien ils
devaient dépenser pour le maintien du système et que les lumières
restent allumés. Les bureaucrates suivaient les câbles et comme moi
épluchaient les livres de comptes pour s’assurer que les cadres de
l’énergie dépensaient bien l’argent des consommateurs pour les pièces
et la main-d’œuvre. S’ils ne le faisaient pas, ils se prenaient des
coups sur la tête à l’aide de nos gros livres de règlements. Mais ne
portions-nous pas préjudice à l’esprit entrepreneurial de ces hommes
d’affaires ? Bien sûr que nous le faisions.

Encore plus important, Roosevelt avait banni toute contribution
politique de la part des compagnies publiques - pas d’argent « doux
 », pas d’argent « dur », pas d’argent POINT.

Mais alors entra en scène George 1er. En 1992, juste avant son départ
de la Maison blanche, le président Bush l’aîné donna à l’industrie de
l’énergie un long baiser d’adieu bien baveux : la déréglementation
fédérale de l’électricité. C’était un legs qu’il voulait laisser à
son fils, la gratitude des compagnies d’énergie qui ont rempli les
coffres des Républicains de 16 millions de dollars durant la campagne
de 2000, sept fois plus qu’elles n’ont donné aux Démocrates.
Mais le cadeau de Poppy Bush de déréglementer les prix de gros
établis par les fédéraux ne permettaient aux pirates de l’énergie de
ne dépouiller qu’à moitié Joe le payeur de taxes. Pour empocher le
gros butin, ils avaient besoin que la déréglementation se fasse à
l’échelle des états. Il n’y avait que deux états, la Californie et le
Texas, assez gros et assez républicains pour enclencher l’arnaque du
marché de l’électricité.
La Californie est tombée la première. Les compagnies d’énergie ont
dépensé 39 millions en 1998 pour défaire un référendum engagé par
Ralph Nader qui aurait bloqué l’escroquerie de la déréglementation.

Elles ont dépensé un autre 37 millions de dollars en lobbying et pour
remplir les caisses électorales des législateurs pour qu’ils écrivent
un mensonge dans la loi : Dans le préambule de la loi sur la
déréglementation, la Législature a promis que la déréglementation
entraînerait une réductions des factures d’électricité de 20%. En
fait, quand les habitants de San Diego, la première ville
californienne a être « sans loi », ont regardé leurs factures, les
économies de 20% étaient devenues une surcharge de 300%.

Enron assiégea la Californie en se léchant les babines. Comme premier
contributeur exceptionnel à la campagne de George Bush, Enron était
confiante dans l’avenir. Avec une demi-douzaine de compagnies, elle
contrôlait à ce moment là 100% de l’énergie nécessaire pour que l’ "
état doré " reste allumé. Leur devise  : « votre argent ou vos
lumières »
. Enron et ses camarades ont joué avec le système comme
avec un guichet automatique qui crache ses billets.

Par exemple, dans les « enchères » fixes éhontés pour l’électricité,
tenues par l’État, Enron a soumissionné, dans un cas, pour fournir
500 mégawatts d’électricité sur une ligne de 15 mégawatts. C’est
comme verser 5 litres d’essence dans un gobelet - Les lignes auraient
brûlé s’ils avaient essayé. Faisant face à l’éventualité d’une panne
générale à cause de la soumission destructrice d’Enron, l’Etat était
près à payer n’importe quoi pour garder les lumières allumées.

Et l’Etat a payé. Selon le D. Anjali Sheffrin, économiste de
l’opérateur de système indépendant de l’Etat de Californie qui dirige
les mouvements d’énergie, entre mai et novembre 2000, trois géants de
l’énergie ont, physiquement ou « économiquement », tenu en otage
l’énergie de l’état et concocté suffisamment de fausses soumissions
pour coûter aux consommateurs californiens plus de 6,2 milliards de
factures excédentaires.
Cela a duré jusqu’au 20 décembre 2000, quand les lumières se sont
éteintes sur le Golden Gate, avant que le président Bill Clinton, un
partisan de la déréglementation, ne retrouve son âme démocratique,
impose des prix plafond en Californie et ne bannisse Enron du marché.
Mais les boucaniers de la lumière n’ont pas eu à attendre longtemps
pour planter à nouveau leurs crochets dans le coffre aux trésors.
Dans les soixante-douze heures qui ont suivi son entrée à la Maison
blanche, alors qu’il en était encore au champagne inaugural, George
Bush le second renversa le décret de Clinton et remis les pirates de
l’énergie au boulot en Californie. Enron, Reliant (alias Houston
Industries), TXU (alias Texas Utilities) et les autres qui avaient
déjà dépecé économiquement le réseau californien savaient qu’elles
pouvaient compter sur Dubya, qui ,comme gouverneur de l’état de
l’étoile solitaire, leur avait offert la plus enrichissante
déréglementation d’Amérique.

Pendant ce temps, le bogue de la déréglementation faisait son chemin
vers New-York où le gouverneur républicain George Pataki et ses
commissionnaires vendus aux entreprises d’énergie ont fait sauter le
plafond des factures et relevé mes vieux amis de la Niagara Mohawk de
leurs obligations de financer adéquatement l’entretien du réseau.

Et l’axe des menteurs Pataki-Bush a permis quelque chose qui aurait
fait grimper dans les rideaux Roosevelt, l’ancien gouverneur de New
York ; Ils ont autorisé une compagnie étrangère, la National Grid of
England, notoirement incompétente, à acheter Nimo, à mettre à la
porte 800 travailleurs et à empocher la plus grande partie de leurs
salaires - générant pour les actionnaires de Nimo une prime frisant
les 90 millions de $.
La panne de cette nuit, une surprise ? Sûrement pas, pas pour nous sur
le terrain qui avons regardé les copains de Bush appuyer sur les
boutons à travers le globe. Au Brésil, Houston Industries s’est saisi
de la propriété de la compagnie d’électricité de Rio de Janeiro. Les
Texans (aidés par leurs partenaires Français) ont mis les
travailleurs à la porte, augmenté les prix, et CLICK ! le jus est
coupé si souvent que maintenant les habitants l’appellent « Rio la
Noire ».
Alors, les cow-boys du libre marché de Niagara Mohawk ont augmenté
les prix, viré du personnel, coupé dans l’entretien et CLICK ! -
New-York rejoint le Brésil au Moyen-âge.
Les Californiens ont trouvé une solution au désastre de la
déréglementation : rappeler le seul gouverneur de la nation avec les
cojones pour s’opposer aux décideurs des prix de l’électricité. Et
contrairement Arnold Schwarzenegger, Gov. Gray Davis s’est tenu seul
devant les méchants sans faire appel à une doublure. Davis a appelé
Reliant Corp de Houston une bande de « pirates » - et maintenant, il
marche sur la planche pour avoir osé s’opposer aux brigands texans.

Alors, où est le président ? Juste avant qu’il n’atterrisse sur le
pont de l’Abraham Lincoln, la Maison Blanche était tellement concerné
par l’affrontement de nos brave troupes avec l’adversaire, qu’ils se
sont servis de la couverture de la guerre pour faire passer au
Congrès encore plus de déréglementation. Cela a un certain sens : à
quoi sert de défaire l’Irak si un régime hostile reste au pouvoir en
Californie ?

Assis dans le noir, les piles de mon ordinateur portable faiblissent
et je ne sais pas si la vérité au sujet de la déréglementation verra
jamais la lumière - jusqu’à ce que nous changions l’allumé [1] de la
Maison Blanche.


Notes

[1Note du traducteur : Greg Palast a utilisé le terme de dim bulb ( littéralement ampoule
faiblarde) pour caractériser le locataire actuel de la Maison
Blanche. C’est un jeu de mot intraduisible en français. J’ai donc
pris la liberté de faire un autre jeu de mot " électrique ".


 
P.S.

Traduit par par Jean-Paul Salaün.
Diffusé par Natacha et relayé par Vincent.

Lire l’article original.]

Greg Palast est l’auteur du bestseller du New York Times, "The Best
Democracy Money Can Buy( la meilleure démocratie que l’argent peut
acheter)" (Penguin USA) et le moins vendu, "Democracy and Regulation"
(Démocratie et réglementation), un guide de la déréglementation de
l’électricité publié par les Nations Unis (avec T. MacGregor et J.
Oppenheim). Voir les reportages gagnants de prix de Greg Palast pour
la télévision de la BBC et les articles du Guardian à
www.GregPalast.com Communiquez avec Palast à son bureau de New York
 : media@gregpalast.com .© Copyright Greg Palast 2003 For fair use
only/ pour usage équitable seulement .

 
 
Forum lié à cet article

1 commentaire
  • > La panne de courant mène directement à l’allumé de 30 août 2003 16:53, par Le Rouget de Lille

    Cet article est LUMINEUX !!!

    Bravo et merci de nous l’avoir communiqué. Cependant, il ne doit pas nous amener qu’à critiquer un système par ailleurs très performant (capable d’assurer la connexion de 500 000 nouveaux abonnés par an sur Los Angeles pendant des années)(Je ne crois pas que Hydro Québec ou EDF en soit capable). Il ne s’agit que de magouilles organisées par des pourris pret à tout... encore une fois.

 
 
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