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Une logique à l’opposé de toute démence

Dans quelques jours nous allons fêter – oui, dans nos pays nous fêtons les drames comme les réjouissances – le deuxième anniversaire de l’effondrement de ce qui symbolisait l’arrogance ou le rayonnement de la plus grande machine à coloniser les peuples.

Il y a fort à parier que la presse unanime nous invitera au recueillement et au larmoiement, en mémoire des trois ou quatre mille morts - qui connaît le chiffre exact ? - tombés sous les coups de boutoir de deux avions fous dont l’amateurisme des pilotes ne fait aucun doute si l’on se réfère à la trajectoire parfaite qui les a fait s’encastrer en plein milieu d’une cible pas forcément facile d’accès.

Qu’importe la technique ! Qu’importe, aussi, la nationalité ou les origines de feu ceux qui ont laissé leur vie dans ce qu’il est coutume d’appeler un attentat et que d’autres définissent plus comme étant le résultat d’une lacune. Euphémisme qui désigne quelques coupables, pas forcement barbus et confortablement installés dans les bureaux climatisés de l’administration américaine.

Qu’importe, disais-je, ces innocents n’avaient pas été prévenus qu’ils allaient devenir les martyres désignés d’un pouvoir, aux ordres de quelques compagnies pétrolières et autres multinationales en attente du grand jour qui allait, enfin, les libérer du joug d’un reste de démocratie pour le moins gênant.

Nombreux sont ceux qui nous ont dit et ont brillamment démontré la complicité évidente d’une administration gangrenée au point de se laisser spectaculairement auto mutiler pour mieux terroriser le peuple et s’octroyer les pouvoirs exceptionnels nécessaires à la mise en œuvre d’une stratégie élaborée de longue date mais si longtemps contenue.

Le 12 septembre 2001, tout devenait possible - enfin - et le droit international avait vécu. Les alliés d’hier devenaient les boucs émissaires, les amis rejoignaient le camp des ennemis et les marchands d’oléoducs trépignaient dans les starting-blocks. La route du pétrole – d’autres diront « les corridors énergétiques » - qui sommeillait virtuellement dans les « computers » estampillés Bill Gates allait pouvoir enfin trouver une concrétisation tant attendue par la famille Bush et quelques faucon(e)s hébergés provisoirement au Pentagone.

Faut que ça saigne !…

Pour que l’œuvre s’accomplisse comme l’avait prédit l’oracle, il convenait de se débarrasser de quelques régimes terroristes ou « Etats voyous » forcément en possession d’un arsenal impressionnant d’armes de destruction massive. Il est évident que lorsque l’on est le fournisseur quasiment exclusif d’armes et que l’on ne tient pas sa comptabilité de manière irréprochable on peut avoir des oublis au point de croire vraiment avoir fourni des produits dont la dangerosité est telle que le devoir impose de les réclamer et même d’aller les rechercher. En vain.

Comme il est de bon ton, en pareille circonstance, d’invoquer une démarche hautement spirituelle, l’illuminé de la Maison Blanche déclara, entre temps, avoir rencontré Dieu – le vrai, le seul, l’unique. Il alla jusqu’à promettre une première guerre courte fraîche, propre et joyeuse, avant d’en entamer une seconde, un peu moins propre. Et le chaos s’installa sitôt l’annonce de la fin unilatérale des combats annoncée. La suite est connue de tous, elle nous saute à la figure chaque jour et donne raison aux millions de citoyens du monde qui ont battu le pavé pour s’opposer à cette folie.

Aznar, Blair et quelques autres, contraints depuis longtemps de ne vivre leur ambition, personnelle, nationale ou internationale, que par cette procuration que leur alloue les Etats-Unis, accoururent avec la docilité imbécile d’un Rantanplan customisé. Mieux encore, l’Anglais, en bon élève voulant dépasser le Maître, commit quelques faux grossiers… Il est des terroristes silencieux qui tuent beaucoup plus et beaucoup mieux que ne le ferait ou ne l’a fait un avion de ligne lancé contre une paroi de verre !

Mais ils ne sont pas fous, et c’est bien là le drame !

Après s’être essayés dans une somme assez considérable de péplums et de films à grand spectacle où le bel éphèbe américano-aryen triomphe du mal et des méchants basanés, après avoir terrassé, sur les kilomètres de pellicule, l’infâme communiste venant du froid, voici venu le temps des travaux pratiques.

Ainsi donc, la boucle est bouclée en suivant à la lettre un plan d’action que l’on pourrait imaginer en quatre phases :

- La préparation théorique et les buts à atteindre

- La préparation médiatico-psychologique et les divertissements à inventer

- La préparation de la terreur et l’événement à construire

- La phase concrète et la mise en œuvre du plan général sous la direction de l’élu désigné.

Ça fait peur et nous en sommes conscients. Mais est ce vraiment très éloigné de la réalité ?

Reste une question lancinante que personne ne pose avec la force que nécessiterait l’ampleur du drame :

Combien de morts en Argentine
Combien de morts au Chili ?
Combien de morts au Vietnam ?
Combien de morts en Afghanistan ?
Combien de morts en Irak ?
Combien de morts en Palestine ?
Combien de morts, là-bas… là-bas… ?

Et la France dans tout ça ?

Elle s’est singularisée par une autre forme de terrorisme qui fait essentiellement appel aux conditions climatiques quand elles sont exceptionnelles. Le résultat de 13 000 victimes mérite qu’on les ajoute aux exterminations, accidents ou génocides précédemment évoqués en précisant bien qu’elles ont été méthodiquement abattues par une gestion méticuleuse et délibérée – à la baisse s’entend ! - du financement des services de santé et de gériatrie. Rien, apparemment, n’a été laissé au hasard pour en arriver au chiffre que nous connaissons tous. Rien, pas même la surdité de ceux qui se sont succédés à Matignon et au Ministère de la Santé.
La différence avec le 11 septembre 2001 est qu’en l’occurrence, en août 2003, il n’y avait personne aux commandes, ce qui permet d’expliquer l’ampleur du désastre.

Mais la France est un pays riche, démocratique, civilisé, solidaire et qui plus est, grand donneur de leçon sur la scène internationale. Un pays où les voleurs de mobylettes et les porteurs de briquets - dernière nouveauté et particularité « côte-d’azuresque » - vont directement en prison mais où la délinquance en col blanc est récompensée.
Il n’y a donc rien à dire, officiellement, sur un drame qui relève, selon la sémantique libérale et UMP, d’une mise en place précipitée des 35h, d’un fâcheux concours de circonstances et surtout – culpabilisation oblige – d’un manque de solidarité manifeste entre les jeunes et les vieux.

Il y aura sans doute mis le temps, mais l’heure approche où le ciel va nous tomber sur la tête.

A contrario, l’on peut affirmer que le libéralisme ne s’effondrera pas tout seul, lui, et qu’il conviendrait, tout de même, de lui donner un sérieux coup de main... pour ce faire.


 
P.S.

"Il vaut mieux se méfier de celui qui apporte la civilisation".
Illustration : Murales à Orgosolo.
Auteur : Francesco Del Cassini.

 
 
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